‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 155 sur 179 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

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mûmes que les plus hardis imitateurs do l'audacieuse Italie du seizième siècle. L'Allemagne à son tour, si prude et si dédaigneuse pour la théologie anglaise et pour la spéculât! un française, traduisiii les plus faibles productions de l'une ou de l'autre dès qu'il s'y révélait de hardis assauts contre le christianisme. Les fameux Fraqiiwnls de Wolfimhutlel, dont elle s'émut pendant quarante ans et dont elle se glorifie encore quand elle oublie que c'est de V imitation, ne sont pas autre chose que la quintessence tirée par u ^rationaliste allemand des déistes anglais et des naturalistes de France.

Comment, au milieu de ces tendances critiques, de ces excitations à l'anéantissement du dogme et de ces ivresses d'un fanatisme marchant au triomphe de la raisoQ seule souveraine dans l'empire de la pensée, un homme qui vouait reviser la foi chrétienne , en faire une nouvelle édition, corrigée par ses soins, avec ia prétention d'y soumettre îles conquérants exaltés ici par le succès, irrita \h j>:rr la résistance, comment, dis-je, n'eût-il pas rencontré l'hostilité, et le dédain a peu près partout? Remarquons sur son compte le silence de Voltaire, qui savait tout ce qui se passait dans les cours du Nord et qui, dans l'article Visions de son Dictionnaire philosophique et dans sa note sur la nouvelle Jérusalem, affecte do ne pas même connaître toutes ces nouveautésde Swedenborg dont certainement la famille royale de Prusse l'avait plus d'une fois entretenu.

Nous avons dit le peu d'accueil que le nouveau prophète reçut eu Suède , où régnait une grande fermeté dans les institutions , et qu'il quitta à quatre-vingtquatre ans eu déposant une protestation contre la cou-

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damnation qu'il y pressentait. Nous avons dit l'espèce de succès qu'il obtint en Hollande, où son terrain était un peu préparé par Jacques Boehme ou mademoiselle Bourignon , et les antipathies qu'il souleva en Angleterre, où l'on allait pourtant si facilement h la rencontre des mysticités apocalyptiques.

La France, qui tTaduisit Swedenborg minéralogiste , ne lui aurait pas pardonné sa théosophie, si elle ovait lu ses publications de Londres et d'Amsterdam.

Cependant toutes ces antipathies ou ces froideurs fureçt peu de chose auprès îles critiques que lui opposa l'Allemagne, qui apprécia sévèrement et savamment ses livres, ses visions, ses perceptions à distance de temps et de lieu, ainsi que tunLe sa doctrine.

Déjà nous avons vu avec quelle ironie profonde et quelle dureté le jugea son propre traducteur, le prélat de Murhard. Un Mêle disciple essaya vainement, après la mort du maître, dans une lettre très-étendue et trèssoignée, de ramener le docte CEtinger à ses premières sympathies. [Lettre du docteur Reyer, du 15 juin 1771. V.Revuede la Nouvelle Jérusalem, t. III, p. 236.] CEtinger ne voulut se rendre sur aucun point. Or ses griefs, que l'honnête docteur Beyer résumait avec tant de loyauté, étaient nombreux. 11 reprochait à Swedenborg :

1" De ne pas suivre suffisamment le sens de la lettre dans son interprétation des saintes Écritures;

2° De rendre douteux la plupart des passages qu'il abordait;

3" De mettre les idées hypothétiques de la "correspondance entre le monde naturel et le monde spirituel à la place du mot propre ;

LA CRITIQUE

4° D'inventer, sur les textes de l'Apocalypse et sur le Cheval blanc,]n Nouveau Ciel ctla Nouvelle Jérusalem, qu'ils citent .des choses' qui révoltent l'intelligence;

5" De substituer au dogme reçu de la Trinité l'hérésie d'un enthousiaste frappé du jugement de l'Église;

G° De porter atteinte à l'autorité apostolique de saint Faul en rejetant ses écrits ;

7° De manquer du sceau des miracles, qui seul pourrait légitimer su prétendue mission;

8° De s'être trompé en prédisant l'avènement de la nouvelle Jérusalem, « qui n'est pas venue encore ; »

9° D'avoir arrangé ton Apocalypse rvcélée pour les besoins de l'I'glise imaginée )>:v: lui.

Il disaiteufln.que si l'ancien assesseur des mines était appelé à faire connaître au monde les choses extraordinaires qu'il avait vues et entendues, il n'était toutefois nullement appelé il expliquer les textes sacrés.

Du point de yue d'un croyant, c'était là la critique à la fois la plus complète pour le fond et la plus mesurée pour la forme.

Elle fut réfutée, point par point, avec la même gravité et la même douceur par le docteur Beyer ; mais sa lettre, écrite encore du vivant de Swedenborg et propre à dissiper bien des doutes, ne fui pas connue du public, et bientôt les théologiens, les poètes et les philosophes les plus éminents des pays allemands se prononcèrent tour à tour, les uns avec l'autorité que donne la science et la modération qu'elle impose , les autres avec beaucoup plus d'émotion et plus d'ampleur qu'il ne fallait.

A la tête des théologiens se montra un homme de beaucoup d'esprit et d'un savoir éminent en philologie,

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