‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 157 sur 179 · DE SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE SIÈCLE

ou réelles placées dans l'autre monde qu'où se réfute dans celui-ci, si l'on s'y réfute. C'est dans celui-ci qu'il fallait prendre corps à corps l'habile professeur. Et certes Swedenborg était son égal sous !e rapport de l'esprit; mais pour le combattre avec chance de succès, il fallait sa science, et Swedenborg ne l'avait pas. À moins d'être illuminé, on n'est pas exégète sacré sans ûtre Ma fois orientaliste et helléniste consommé. Or Ernesti, niant l'illumination, n'acceptait le débat que sur son terrain. De son coté età son point de vue, Swedenborg eut raison de ne pas s'y aventurer du moment où sa défaite y était certaine. Mais comment il s'y prit pour appeler EniesU ou l'amener dans l'autre monde, quels arguments ils y échangèrent, et quel fut le vainqueur, c'est ce que son Journal et l'ouvrage où il se met en scène avec son adversaire ne nous apprennent pas.

Nous laissons là le débat religieux et la critique des théologiens. Le système de Swedenborg relevait essentiellement de la haute spéculation, de la métaphysique la plus transcendante. Il se posait comme le produit d'une illumination supérieure à celle de la raison, et son auteur s'attribuait, sinon des facultés surhumaines, du moins une ouverture d'esprit extraordinaire, un état spécial. Cela regardait avant tout la philosophie, cl particulièrement celle d'un siècle qui semblait avoir la mission spéciale de tout soumettre à la raison. C'est bien celle que la philosophie entendit remplir à l'endroit du surnaturel réapparu tout à coup dans l'extrême Nord, et il ne se conçoit rien de plus mordant, de plus scrupuleux, que la critique dirigée contre Swedenborg par le véritable prince des rationalistes du siècle, Kant.

LA CRITIQUE

Profond analyste el dialecticien subtil, Katu était, (k plus, assez familier avec les questions du domaine religieux : il HT.iit étudié la théologie el prêché dans (] ieli|ues parnis-p- <i.: <'in.:Mpriu iniinl de monter dans celte chaire de philosophie qui bientôt domina toutes les autres. 11 ne connut d'abord les visions et les écrits de Swedenborg que par la renommée publique. Ce qu'il apprit des unes et ce qu'il lut dans les autres l'embarrassa; on le voit dans son traité spécial sur Swedenborg de 1766 comme dans ses lettres de 1768. Son traité lui a été comme imposé, dit-il. Il ne veut pas avoir l'air d'avoir écrit un livre sur une personne , c'est un principe qu'il prétend avoir eu en vue. Il craint d'ailleurs de se compromettre en discutant des visions et déclare ses pages une esquisse fugitive sur la manière de discuter des objets de cette nature, plutôt qu'une discussion véritable, h II m'a été difficile, ajoute-t-il, d'imaginer une forme ou une méthode qui ne m'exposât pas à la risée , et, pour prévenir les moqueries, j'ai commencé par me moquer de moi-même tout le premier. Et j'ai eu raison. Car l'état où je me trouvais n'avait pas le sens commun : j'avais'un secret attachement à des histoires de ce genre, et en fait de motifs raisonnables, quelque croyance à l'endroit de leur exactitude, en dépit des absurdités, des chimères et des notions incohérentes qui les condamnent. »

. Certes voilà un singulier début, et voilà un critique bien embarrassé, puisqu'il avoue un secret attachement pour des histoires qu'il va persifler. Aussi ses conclusions jurent-elles avec ses prémisses.

Celles-ci, les prémisses, sont un tissu de moqueries,

les unes très-spirituelles , les autres fort peu, toutes assaisonnées de plaisanteries au gros sel, quelquesunes tirées de ÏHudibras avec un choix d'expressions qui étonne dans nu tel écrivain , et qu'en français aucune plume n'eût risquées au temps de Kant. Mais dans ce grotesque tissu sont brodés de bien vifs ornements, et on y trouve, sur ce qu'on appelle un esprit, des esprits, le ciel ou le séjour des bienheureux, des vues si nouvelles, si ingénieuses et si profondes qu'elles décèlent bien le regard de l'aigle.

Ce qui surprend le plus dans ce mélange de choses si gaies en apparence et si graves au fond c'est qu'un instant, et sous forme d'hypothèse, Kant émet précisément la théorie que Swedenborg proclame par les faits.

« Je trouve fatigant de parler plus longtemps ainsi le prudent langage de la raison , dit-il. Et pourquoi ne rue serait-il pas permis, à mon tour, de parler le langage de la chaire académique, qui est plus tranchant (que celui de la brochure) et qui (si je le prends) dispensera l'écrivain et le lecteur de ces efforts de réflexion qui ne sont propres qu'à jeter l'un et l'autre dans une pénible incertitude'? Je dirai donc très-positivement, ou bien, il est démontré, ou bien, il sera démontré, je ne sais ni où ni quand, que, même dès cette vie, l'âme humaine est dans une communion intime et indissoluble avec les Êtres immatériels du monde des esprits. »

« Ce serait chose fort belle du moins qu'on pùt démontrer un jour cette constitution-là du monde des esprits; j'entends la démontrer autrement que par voie

LA CRITIQUE

de définition ou par voie de déduction de la notion d'esprit. Je vais donc essayer de présenter ici, par forme d'épisode, un essai de ce genre. »

Suit cet essai ébauché le plus sérieusement du monde, et que jo me ferais un devoir de reproduire, s'il était réellement sérieux. Mais ce qui montre qu'il ne l'est pas, c'est qu'il est terminé par celte considération : o ce qui m'étonne le plus, c'est que les communications de l'humanité avec le monde des esprits ne soient pas beaucoup plus générales qu'elles ne le sont réellement ! »

Ainsi, tout cela n'est de la part de l'ironique métaphysicien qu'un pur jeu d'esprit. S'il en était autrement, comment de ces belles idées et de ces esquisses tout à fait grandioses d'un commerce intime entre les deux mondes, Kant serait-il arrivé à ses mesquines conclusions? On ne le comprendrait pas, car elles sont telles qu'il ne peut les exposer qu'en retombant dans le ton de la plaisanterie. « Ce serait, dit-il, un privilège funeste que celui de vivre ainsi dans les deux mondes. On risquerait probablement le sort de Tirésias, voyant dans le monde surnaturel, aveugle dans celui-ci. 11 en résulterait qu'on n'y vaudrait rien, qu'on y mériterait sans nul doute lé compliment qui fut fait à l'astronome Tycho-Brahé par son cocher : «Vous pouvez Être, monsieur, fort entendu dans les choses du ciel; mais pour ce qui est de ce monde, vous n'y êtes qu'un fou. »

Toute cette partie du travail de Kant est écrite nonseulement d'un ton de plaisanterie qui offense, mais il s'y glisse des choses qui blessent le goût. Citons ce qui se peut lire : « Jadis on brûlait de temps à autre , y

Oigitized ûy toogle

dit-il, les adeptes du monde spirituel; il suffira désormais de les purger. »

Le philosophe redevient lui-même quand il examine les phénomènes ou faits de la faculté de perception extraordinaire de Swedenborg, et nous l'avons écoulé avec une grande curiosité, analysant les trois grands faits de cette nature; mais voici comment il reprend, en lin de compte, sa verve de gaieté et de persiflage.

« A ceux qui sont curieux de s'élever au-dessus des nuages pour voir ce qui se trouve dans l'autre monde, on peut dire avec raison qu'ils devraient bien avoir un peu plus de patience et attendre qu'ils y soient appelés. Et comme après tout notre sort dans !a vie à venir doit dépendre de la manière dont nous avons rempli notre poste dans celui-ci, je dirai avec Candide : « Ayons soin de notre bonheur, allons au jardin et travaillons. »

Il est sans doute fort sage de songer à son bonheur, mais ce n'est pas pour professer la philosophie de Candide qu'on natt Kant, Aussi Kant, mieux renseigné sur les faits et mieux avisé, écrivit-il à mademoiselle de Knobloch, deux ans après ce traité, dans un langage sérieux et digne de lui, ce que nous savons et ce qu'on peut proclamer la fine fleur de la saine critique et la pure raison. [V. ci-dessus, p. 265.]

Swedenborg rencontra un critique plus compétent et plus impétueux dans un philosophe moins éminent, Herder, qui est son adversaire le plus sérieux comme le plus éloquent. Théologien, historien, orateur ou écrivain, Herder est toujours penseur et toujours peintre; génie moins poétique que GœtUe, mais plus vaste;

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créateur do chefs-d'œuvre d'un ordre inférieur, mais où rien ne blesse jamais et dont toutes lesligues peuvent se traduire dans toutes les langues et se lire à tous les âges de la vie, dans toutes les familles.

Mais Herder est-il à classer parmi les critiques? Celui qui écrit ce que voici, est-ce bien un adversaire, et n'est-ce pas plutôt un panégyriste ? Écoutons l'auteur pour ainsi dire inspiré A'Adrastée. >s „%^v

« Swedenborg se considérait comme un organe de communications entre le monde des esprits et celui des corps, et il regardait ses communications comme un office dont le Seigneur l'avait investi , ne montrant d'ailleurs dans l'exercice dè son pontiSeat ni apparence d'orgueil, ni faiblesse d'esprit. Il ne s'en vantait pas ; mais quand on l'interpellait, il savait commander le respect même au railleur. La paix et la joie dans l'Ame, il apparut a tous ceux qui le connurent de près comme un homme qui vit dans la société des anges, c'est-à-dire comme un type de sincère piété, de bonté et de véracité. » [Œuvres complètes, Philosophie et Histoire, XII, p. U4.]

Cela n'est-il pas au moins d'un ami?

Sans nul doute, Herder est ami de l'homme, mais il est adversaire du Voyant. Il l'est sans ironie, sans amertume; il l'est en homme qui aime, lui aussi, mais de son aile, à planer dans les régions hautes et pures, et qui ne consentirait jamais à dire avec son ancien professeur de philosophie : « Allons au jardin prendre soin de notre bonheur. » Herder sait avec toutes les grandes âmes que, si le bonheur se trouve quelque part, ce n'est pas au jardin. Il le cherche aussi où Swe-

denborg l'a trouvé, mais il ne l'a pas trouvé encore ; et si son illustre contemporain croit être parvenu à peu près au terme do ses aspirations, Hcrder attribue cette chance à ses illusions plutôt qu'à ses intuitions. Toutefois il respecte les unes comme les autres ; et plus le grand historien de l'humanité a gémi avec éloquence sur les lenteurs du progrès et les délais que rencontre l'avènement du bonheur au sein de l'humanité, plus il déplore les limites si étroites de nos facultés les plus hautes. Il se montre donc indulgent plus que personne, même dans ses critiques, pour celui en qui ces facultés semblent avoir voulu prendre leur vol le plus audacieux et franchir toutes les bornes connues.

Herder formule ses critiques dans une série de propositions fortes et nettes, comme les aime son génie, ayant un peu plus l'apparence d'oracles que de jugements, et impliquant chacune une condamnation.

« D'abord, tous les esprits de Swedenborg parlent comme lui ; aussi leur langage est-il monotone, dit-il.

« Ensuite, quand il entra dans son « singulier état, » ce furent les impressions de son enfance, dans laquelle on lui disait que les anges parlaient par sa bouche, qui s'animèrent et se personnifièrent devant sa vue.

« Puis, ses visions portent l'empreinte de tous les défauts et de tous les préjugés de son individualité et de son temps; ce sont les reflets de ses mœurs et de ses opinions, les copies de ses idées favorites.

« Ajoutez qu'on y voit si bien sa nature et ses talents, qu'il s'y rencontre, sur la langue et les formes , sur les mines elles gestes, sur les penchants et les sphères

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d'activité des sens, de l'odorat surtout, sur les conséquences du sentiment moral ou du sens immoral, des observations d'une telle finesse, qu'on aimerait que Swedenborg eût été assez poète pour mettre tout cela en action ou pour le dessiner comme Dante.

« Les caractères distinctifs des esprits qu'il met dans les diverses planètes sont pris dans les propriétés des métaux qui portent les mûmes désignations que ces planètes : le vif argent prêle ses qualités aux esprits de Mercure, le plomb les siennes à ceux de Saturne, et ainsi de suite, En d'autres termes, ce n'est pas une illumination extraordinaire, c'est une étrange illusion qui guide le Voyant; c'est le minéralogiste qui inspire le spiritualiste.

h Enfin, les îiiy'sl ères que Swedenborg prétend découvrir dans le monde des esprits sont écrits dans l'esprit et le cœur de chacun. Voyez ce qui se passe en nous. Dès notre enfance les pensées se forment en images. L'imagination, sans laquelle l'intelligence n'afaculté de traduire nos pensées en images pour nousmêmes, nous In possédons aussi à l'égard des autres. Qu'est-ce, si ce n'est cela, que l'art que pratiquent les poètes, les peintres, les musiciens, les orateurs? Les penchants, les passions, la seule habitude opèrent de même sans avoir recours à l'art. Cela suffit pour nous expliquer, page par page, tout l'empire des anges et des esprits de Swedenborg. En effet, comment cet artiste parle-t-il avec ses anges? Comme on parle avec ses pensées : ses anges et ses'etprits sont ses création*.

v Sa bonne foi est entière : il n'a pas conscience de

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ses personnifications. Ses visions sont réelles, et sont non pas devant loi seulement, mais en lui. C'est là un état de maladie, d'autant plus dangereux qu'on y passe ou y tombe plus facilement. »

Chacun sent ce qu'il y a dans ces jugements d'assertions hasardée» rtd'hypnthè^s ciïnl roubles ,i cùh) d'arguments sans. réplique. Brillantes sans doute, mais d'une solidité-douteuse, elles tous tiennent sous le charme tant qu'on n'en commence pas l'analyse, et se perdent dans les nuages dès qu'on veut les prendre corps à corps. Tel est le caractère général de ce grand écrivain. Mais, d'autre part, il y a des idées qui ont leur éternelle valeur, llerdcr fit sur l'ensemble dés écrits et des doctrines de Swedenborg des études sérieuses ; et plus ses oracles furent rendus avec autorité et formulés avec noblesse, plus ils eurent d'ascendant sur les esprits. Sans nul doute ce fut là, dans les pays du Nord , l'adversaire le plus redoutable de Swedenborg. Seulement BÎHerderfutle contemporain du Voyant, son jugement ne le fut pas. Les feuilles où il figure [l'jldrasim] pji'urcut. après la inuit i.fo l'illustre Suédois.

Ce qui est, cependant, tout à fait de l'époque de celui-ci, ce sont les idées de Qerder sur son compte. Ces idées étaient, dans les années 1760 à 1770, celles des philosophes les plus eminents de toute l'Europe, et si le célèbre auteur de la Paîingénésk, Charles Bonnet, lisait les écrits philosophiques de Swedenborg comme il en lisait les ouvrages de science, il les jugeait et en jugeait l'auteur, sans nul doute, au nom de la Suisse, comme Herder au nom de l'Allemagne.

Dans l'iiurope entière c'était partout la même opî-

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nîonj car partout, et même en Angleterre, régnait alors le infime cournnt, l'aspiration au triomphe de la raison.

La critique anglaise no fit pas défaut à Swedenborg, on le voit par la lettre de Hartley (p. 300), qui le mit en demeure de se défendre et lui demanda les moyens de le faire ù son tour. On le voit surtout par les préfaces que le savant docteur de Winwick mettait à la tite des traités de Swedenborg traduits en anglais. Mais la critique anglaise, moins profonde que celle d'Allemagne, mi lieu de sonder la source des doctrines de Swedenborg et d'aborder la question de son état psychique, demeura à la surface, aux considérations personnelles, aux connaissances étendues, aux masnrs pures, à la position sociale de Swedenborg. Elle ne. s'attacha guère au débat philosophique et ne traita bien que la question d'Église au point de vue du dogme , choses que les philosophes ulli'm.mds laisserait de cùté comme secondaires.

Sauver le dogme, c'est ce que fit aussi la critique suédoise, qui procéda adminislrativement, par les consistoires, par le parlement et par le conseil du royaume, plutôt que philosophiquement ou pur des publications émanées des corps enseignants.

La Hollande, très-fUttee dans les écrits de Swedenborg, lrès-hospitahère d'ailleurs pour l'illustre écrivain et peu soucieuse de lui faire puyer sou hospitalité comme elle uuait fait payer à Descarlcs celle qu'elle lui avait donnée au siècle précédent, garda le silence, à h grande désolation d« Cuno, l'ancien capitaine de recrutement du roi de Prusse. Elle ne répondit h aucune de ces nombreuses communications faites a ses pasteurs

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et à ses professeurs, qu'un siècle plus lût elle aurait traitées de provocations révoltantes.

Mais comment se serait-elle montrée plus intolérante que la France et l'Espagne, dont les universités recevaient les mûmes écrits et les mêmes lettres, sans y répliquer davantage, se bornant sans doute à brûler ou à déposer dans leurs chancelleries ce qui leur semblait à ce point hors ligne qu'elles ne se sentaient pas toujours portées à en accuser réception?

Pour connaître réellement la critique cod temporal ne, qui peut avoir différé de celle de quelques penseurs éminents; pour apprécier celle de lamajorité des dépositaires de la science, il faudrait savoir l'accueil quia été fait par les universités que je viens de nommer aux lettres qui leur furent adrewes parSworïciilmrg; je n'entends pas l'accueil officiel, qui ne signifie rien dans les corps savants, j'entends l'accueil intime et vrai, celui qui ne se constate pas dans les procès-verbaux. Malheureusement Swedenborg avait l'habitude de jeter, sans les lire, beaucoup de lettres qui lui étaient adrc;séc=. y compris celles des universités, et il ne reste pas un seul document sur ce sujet. 11 n'y a plus de possible que les inductions ; or on sait ce que valent les inductions tirées du silence.

Quant au public, il y a des indices. Les appréciations de l'opinion éclairée étaient généralement dans un courant tontopposé aux ambitions de Swedenborg. On riait du visionnaire. Ou ne le croyait ni rationaliste , ni de grande force spéculative, Di de saine raison. Chacun sait que l'épithcte de fou échoit facilement à ceux qui frayent des routes nouvelles , et que souvent ce sont les plus proches de l'homme hors ligue qui donnent

CRITIQUE

l'exemplede sa mise hors la loi. Swedenborg eut quelque peu cette destinée. Sa famille le négligea et môme le persécuta.

Les échos les plus populaires de ce qu'on appelle l'opiuion, les poètes et les romanciers, suivant leurs caprices ou L'a dM.s qu'ils drairaient produire, tantùt exaltant Swedenborg , comme faisaient les esprits faibles, tantôt le bafouant comme les esprits forts, firent plus pour égarer le jugement que pour l'éclairer. Le pîus religieux d'entre eux, le grave et majestueux chantre du Messie, Klopslock, qui était cé dans un pays voisin de la Suède , et qui , poussé par quelques femmes curieuses, essaya de se mettre en rapport avec lui, ne se reconnaît pas dans ce qu'il en écrit. 11 ne se respecte pas lui-même dans sa mise en scène avec la personne de .Swedenborg. Qu'on en juge.

« Swedenborg vint unjouràCopenhague, dit-il. Nos dames ne me laissèrent en repos que je n'allasse le visiter; car, quant à moi , je me souciais fort peu de le voir. 11 n'était pas pour moi l'objet d'une véritable curiosité.»

J'interromps pour dire tout simplement que cela ne peut pas être vrai. Swedenborg occupait dans le Nord toutes les bouches de la renommée, et le chantre d'Abadonna, de tant d'anges et de démons, ne pouvait pas être dans cette indifférence qu'il affiche à l'égard d'un homme « qui visitait les cicux et les enfers. »

« Qui est-ce qui ne connaît pas suffisamment par l'histoire des gens que l'orgueil a égarés de celte façon?» [,1e Tends la pensée de l'auteur et non pas ses mots; car il ne dit pas ce qu'il pense, il àïlque Forgueii a négligés, ce qui n'a pas de sens. ]

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