NOUVELLE
apporter les plus grandes lumières. Du moins l'extase est pour tous un île- phénomènes les plus incontestables et le plus éclatant d'entre ceux qui promettent quelques découvertes dans la science de l'âme. Elle y prend une place extraordinaire, la première de toutes, mais une place très-légitime. Or, de tous les extatiques qui ont jamais étonné le monde par leurs facultés exceptionnelles, Swedenborg est sans contredit celui qui unit à la plus haute science la plus grande raison, comme il est aussi de tous 1rs -visionnaires celui dont les visions sont les plus nombreuses, les plus concordantes entre elles et les plus conformes à son système de doctrine, système très-complet, très-conscient de son principe, de ses conséquences, de son but et de ses résultats.
Que ce système soit contraire à ceux de foutes les écoles de philosophie et à ceux de toutes les écoles de théologie de sou temps; qu'il prenne les textes sacres dans un autre sens que toutes les communions chrétiennes, Swedenborg ne s'en cache pas, il s'en glorifie. Faire connaître le sens interne de la Bible, c'est sa mission, c'esl le motif do r&uvi'rtmT priviii'ïï'yv de *r>n ospvil. Que tout cela ne repose que sur une grande vision et sur une grande grâce, sur ce que lui seul a vu et entendu, il en convient si bien encore qu'il le dit sans cesse. Aux yeux de la critique, ce n'est là qu'une création de son esprit élevé à l'état extatique; mais n'est-ce pas un état merveilleusement digne d'attention que cette condition exceptionnelle où l'homme cesse do rencontrer des énigmes et de vivre dans le doute ou dans l'ignorance; cet état où il passe à volonté dans les
l'état
régions les plus hautes ou descend dans les plus basses pour s'y entretenir avec tous ceux qui peuvent le mieux l'instruire! Et remarquez bien que ce n'est pas l'imagination seule qui prend ce développement ou ce vol si étrange au moyen des ressources que lui fournit la mémoire; remarquez qu'au contraire l'intelligence , sous sa forme la plus sublime, celle de la raison, prend sa part à la métamorphose. Car, dans Swedenborg, jamais la raison n'abdique; toujours elle se mêle de tout et toujours elle domine, analyse, compare, discute, argumente et élève théorie sur théorie, si bien qu'en fin de compte, après toutes les visions du ciel et des enfers, on se trouve avec lui en face d'un enseignement très-vaste , très-lie dans ses diverses parties et à ce point conséquent avec ses principes, qu'on ne peut s'y soustraire qu'eiï îvji'lîinî l'hanm île. er-ux-ci.
Ces principes, qui sont au nombre de deux, sa grande vision et son illumination, sont faciles à rejeté)' au premier aspect; en apparence, ils sont même faciles à combattre. Et pourtant il n'en est rien. Au nom de quoi les combattre? De l'impossibilité? Mais c'est un mot tombé. — De l'improbabilité? Autre mot de même valeur. Il vous dit que ce sont des faits. Vous les niez; il les affirme. 11 se dit témoin oculaire et unique : Vous, qu'étes-vous? — Philosophe? — Soit; mais il s'agit de faits et non pas de raisonnements. Il faut donc pour juge, non pas un philosophe, mais un historien; c'està-dire, il faut de ces deux choses une au moins : avoir vu ou entendu comme Swedenborg, ou prouver par des faits qu'il n'a ni vu ni entendu. C'est là ce qui est difficile. Car rien n'étant «têtu neomme un fait, rien ne
d'extase.
peut, si ce n'est un autre fait, le convaincre de [aux. Cela ne force pas la conviction , je le sais bien ; mais cela frappe toute réfutation au cœur.
Pour nous en convaincre, résumons ici ce vaste ensemble de nouveautés sur Dieu et l'homme, sur les anges et les esprits, sur le monde naturel et le monde spirituel, tout ce qu'on appelle la doctrine de Swedenborg, résumons-le en tenant compte des sources où il la puise.
Tout y est tiré en apparence des textes sacrés, mais en réalité des lumières extraordinaires que, dans sa pensée, Dieu donne à son intelligence ; et tout est confirmé par les visions dont il jouit, parles communications qu'il reçoit dans la société des anges et dans celle des esprits, où il est admis par voie de privilège, lui seul entre tous les hommes qui ont habité la terre depuis la création.
A l'entendre, il n'y a dans tout cela, si rares ou si uniques que soient les faits, rien de miraculeux, rien qui ne soit très-naturel et ne puisse être donné à tout autre, si Dieu lui veut faire la même grâce ; au contraire, tout homme porte en sa nature ou en son organisme humain les mêmes dispositions et les mêmes capacités; il n'y manque que l'ouverture d'esprit, du sens intime. Mais, celte ouverture accordée, tout se voit sous un autre jour. En effet, tout dans la doctrine du Voyant et sur tout point est nouveauté, tout y est critique et négation de ce qui est cru. et enseigné dans toute autre; i;t (■•; qui nivî-lc un cnhictir, c'est quela métaphysique religieuse de Swedenborg est d'une rare audace et d'une grande simplicité, si riche qu'elle soit.
Et d'abord, pour elle point de difficulté , plus d'ob-
396 LES SOLUTIONS i
scurité même; sur Ions les problèmes, des solutions et des solutions suprêmes. Tout y est révélation venue do Dieu, illumination de son homme intérieur par une grâce spéciale : tout ce qu'il enseigne a été vu et entendu par lui ; chaque chose en son lieu et à sa place. Sa science est faite et écrite de visu et auditu. Elle no discute pas, elle expose des faits : ce que la révélation a fourni, et ce que la vision a confirmé ; si Lien qu'il n'y a plus pour elle des questions, qu'il n'y a que des faits.
Et encore que ce soient des perceptions et non pas des visions, Swedenborg ne îcs accepte qu'à titre de confirmation ou de développement de ce qui lui est fourni par sa source vérituble et réellement unique, le sens intérieur ou spirituel des srùutes Kcritures, pour la révélation duquel il a reçu une mission spéciale et pour la découverte duquel Dieu a ouvert son intelligence, connue il le fillail bien. Il ujouto funnullement qu'il n'a jamais reçu aucune révélation propre, nouvelle, indé-
h e.ette ilhuiiinalii.il ci s s son esprit pour rinteliigf-neu du sens interne des saintes Kcritures. ht pourtant il présente tout l'enseignement qu'elles offrent sous uu jour si nouveau que sa religion chrétienne ue ressemble à aucune autre. Hais, chose curieuse, son illumination d'en haut a pour but de plaire il la raison. On dirait que tout son système d'interprétation lui est inspiré, d'une part, par la lecture de la lettre de Fénelon à l'évêque d'Arras, sur la lecture des saintes Écritures en langue vulgaire [et nous recommandons ce document à tous ceux qui veulent se rendre raison des origines de la conception fondamentale de Swedea-
LA SCIENCE nUTHOCVÉE.
Ihii;;;; d'autre part, pur les f'hj estions de* lihro= penseurs sur les obscurités et les impossibilités des textes sacrés. On (lirait que de là vient essentiellement ce système où tout prend un autre sens, où tout s'explique naturellement, mtiouue'demciit : pjr la grande science, perdue et oblitérée pour Ici autres, de la correspondance des choses naturelles et des choses surnaturelles. Cette eorrcâpondanee eat à ce point intime qu'il n'y a pas deux ordres de choses ; qu'il n'y en a qu'un sous deux formes; pas deux mondes, mais un seul sous deux formes ; qtiela terre reproduit le ciel, ouviceversd; que l'homme représente Dieu, ou que Dieu , les anges et les esprits ne sont que l'homme sous des expressions plus parfaites ; que le ciel lui-même n'est que le grand /tomme; si bien que les différentes parties du ciel ne «mil que Sa réjit'lilli.m en yraud des Jill'érentea parties du corps humain, et que dans la caractéristique de celles-ci on a la caractéristique de celles-là.
On peut demander avec quelque doute, quelque surprise du moins, si l'idée de Dieu ou la théorie de la divinité que professe Swedenborg a pu différer sérieusement, en plein di.\-huitièine siècle, de celle de tout le monde , de ce qui était reçu dans le pur enseignement de la religion et de la philosophie.
Mais d'abord le pur enseignement sur cette théorie est rare dans tous les siècles, et s'il ne le fut pas dans le dernier, il ne se rencontre toutefois dans l'histoire aucune époque où il fût moins généralement accepté. Ensuite, si l'humanité éclairée tout entière fut un peu d'accord pour ce qui est des généralités, la sagesse et la honlé, l'éternité et l'immutabilité de Dieu, elle ne le