‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 160 sur 179 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

La criliqlic du dmm:r -Li-i-lo ji;?i'c |Uf h nùlre ci) face lie la doctrine

li'i'cs i'ïrr[ilioTiiicls. — in^ui^c du rationnel Et du surnnlurel. — Le compromh ou la conciliation.

Les tendaner? philosophiques du dernier siècle, et Ton pourrait dire aussi les tendances populaires, peuvent se résumer en trois mois : lutte de la raison contre

10 surnaturel, critique du surnaturel, négation du surnaturel. Il était donc tout simple que lorsqu'au sein mémo de ces travaux et de ces triomphes de la raison, apparut un homme qui fut comme le surnature! incarné, le siècle ne l'acceptât pas sans le discuter. Ce qui étonne hien plus, c'est que, faisant métier de le juger en vrai rationaliste cl mûme en vrai naturaliste,

11 ne se soit pas pris plus habilement ni même appliqué plus sérieusement à la tâche.

En effet, la critique qu'il en fit fut à la fois trop étroite et trop frivole. Trop étroite, car, ne pouvant le faire entrer dans aucune des catégories de la psychologie normale, il ie mit précisément danscette vieille classe

LA CRITIOCK

de -visionnaires vulgaires pour laquelle Swedenborg professait tous ses dédains. De tous les philosophes du siècle, pour ne plus parler des poètes, des théologiens et des diplomates, aucun n'alla jusqu'au bout dans le travail de sa critique. Kant, qui vaut bien tous les autres, le discute d'une manière si spirituelle et si grave d'une part, mais si frivole d'une autre, qu'à la fin il ne sait que conclure de ce qu'il a débité lui-môme. C'est bien de sa faute. Il écrit d'abord sur des oui-dire, ce qui est inexplicable, car il n'a qu'à iravcr.-er la mer Baltique pour se mettre en état de juger par lui-même. Au lieu de cela, il s'adresse par écrit à Swedenborg, charge ensuite' un négociant anglais qui va à Stockholm et à Gothenbourg d'y vérifier le tout, c'est-à-dire, d'y contrôler des bruitsplus ou moin s. pub lies. Cela fait, au lieu de discuter ces bruits devant le public, Kant les consigne dans une lettre particulière à une femme du monde et dont la pensée est un sujet de contestation. En effet, dans cette lettre, sinon confidentielle, du moins particulière, où il recueille, sans pouvoir les discuter, les bruits qu'on lui mande, il clùt toute sa critique en ces termes : Que peut-on objecter contre la crédibilité de pareils faits?

Sans doute, son procédé est parfait de bon sens et de raison , s'il ne veut faire faire qu'une enquête sans s'en mêler lui-même, et garder le résultat pour mademoiselle de Knobloch seule ; mais vraiment ce n'est pas là tout ce qu'il fallait faire. Il s'en faut de beaucoup.

D'abord Kant n'établit pas que ces récits sont des faits; ensuite il ne saisit pas même des résultats de son enquête le public qu'il avait d'abord appelé à l'examen des bruits semés dans tout le Nord ; enfin, après avoir

lancé dans la presse le sarcasme avant Via formation, il ne faitpoint part à l'opinion des changements survenus dans sa pensée après l'enquête,

Le baron lïrimm, qui n'est pas métaphysicien, proclame authentiques les récits qu'il a recueillis de son coté, il les dit tout ce qu'il y a de plus authentique au monde, et se hâte de s'écrier : Mais le moyen d'y

Ainsi l'un de ces deux critiques borne toute son ambition à renseigner la future baronne de Klingsporn, et l'autre à amuser la cour de Golha. Si l'un ou l'autre traduisait le débat devant le public, il provoquait soit le démenti de l'opinion éclairée de la part de tous ceux qui avaient intérêt à ce que la vérité fut connue, soit le mot de l'énigme de la part de ceux qui le possédaient, soit le silence de la confusion de la part des menteurs, ce qui est uu témoignage en faveur de la vérité sou? la forme la plus décisive.

Mais ic dix-huitième siècle vivait dans de singulières illusions. 11 voulait tout comprendre, tout expliquer, ne sachant pas qu'on constate des faits, des effets et des causes, mais qu'on n'explique rien , que par conséquent on ne comprend rien. Est-ce donc rien comprendre que d'ignorer ce que nous ignorons toujours, lors même que nous savons le reste, c'est-à-dire, l'origine et le modo de tout? Dans celte illusion qu'on prenait pour l'esprit de critique en persoune, on avait nécessairement l'ambition déjuger le surnaturel. On oubliait que le surnaturel, par cela seul qu'il est ce qu'il est, ne peut pas se juger d'après les règles empruntées au domaine du naturel et au système do ses

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effets et de ses causes. Aussi le siècle dernier ne jugeait ji.is : il condamnait.

Notre, critique, devenue plus vaste, devenue la science de notre ignorance et distinguant mieux les domaines, assigne à la science positive l'immense ensemble du naturel , à la science spéculative ou à la foi acceptée et justifiée par la raison, le domaine infini du surnaturel. Marche dans l'un qui veut, à pas comptés, la sonde plongée dans les flots, le bâton enfoncé dans la terre et le télescope braqué sur le ciel ; piano dans l'autre qui peut , le pied appuyé , il est vrai, sur les nuages, l'œil perdu dans les incommensurables horizons du temps et de l'espace, mais du moins l'intelligence, qui est lumière, guidée par toutes lesautres intelligences et éclairée par la source de toute lumière.

Dans cette situation que la Providence nous a faite, que la critique moderne accepte au nom de la raison comme au nom delà foi, le surnaturel n'embarrasse plus que ceux qui n'en veulent point et ceux qui en veulent trop. Ceux au contraire qui n'en demandent que ce qui nous en est venu ou nous en vient encore légitimement, n'en ont jamais ni peur ni manque. Pour eux, que li: monde spirituel vienne une révéler ses mystères tout entiers et ses plus enivrantes splendeurs en telles proportions que ce soit, ils les accepteront avec joie, à la seule condition de les regarder bien en face.

Accueilli a\rc île- rli.-pcisit.iiin? plu? vatiminelW, Swedenborg rencontrait moins de difficultés et offrait plus de leçons, si ce n'est à la métaphysique, du moins à l'anthropologie. Or il est dans la psychologie anormale une catégorie très-connue sur laquelle sa vie venait

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