LES PRIVILÈGES
écrit lour jugement sur Swedenborg celui qui s'est le plus éloigné du vrai. J'ai dit que ce qui l'explique un peu c'est l'état extatique. liai* pour que l'extase nous rende complètement raison de lui , il nous faut donner à ce mot une acception toute nouvelle , infiniment plus compréhensive que celle qu'on lui donne d'ordinaire; car il doit désigner à la fois une situation de l'Ame où elle soit en une sorte d'affranchissement de ses limites ordinaires, vive dans un monde qui n'est pas celui où l'enchaîne le corps, et jouisse de facultés plus vastes et plu; indépendantes on croie en jouir; le tout avec une foi absolue à la réalité de ce qu'elle crée et rans tom!>cr le moins du mondr duns le r.'ic normal, le rêve connu de tout le monde; sans perdre aucun de ses moyens ordinaires, ni ta science, ni sa puissance de raisonnement , ni la conscience de soi. D'ordinaire on cnifi'.d par extatique un homme qui abdique la logique en faveur de la métaphysique la plus aveniureuse, quitte le monde mil devenu trop étroit pour son ambition et plonge avec ardeur sa Uîic égarée dans ces régions nébuleuses que son imagination, devenue saintement la folle du logis, peuple à son choix d'anges qui puissent flatter son amour-propre ou de démons dont triomphe sa vanité. II y a quelque chose de mieux que tout cela dans les extases do Swedenborg, toujours philosophe, doginutiite ou polémiste, et observateur toujours sûr de lui, parfois peintre de mœurs et de caractères admirable. Pour lui, le terme a donc besoin d'une acception un peu élargie, et c'est à ce litre, c'est comme phénomène, de p t yr In ilogio, sinon unique dans l'histoire de l'humanité, du moins supérieur à tout
DigiliziM D/CDOglc
autre de môme nature, qu'il offre de singuliers attraits à la large et généreuse critique de nuire siècle, pour lequel une chose le met hors lij-'iie : c'est qu'il n'a rien de commun avec les sciences occultes. 11 les courait, les pi'iitiqufi un lcsaimu innius que perso li ::>:; il a très-mauvaise opinion des visionnaires et des enthousiastes, et il s'en séparebien nettement. — Nousparlonsde ses visions, mais ce qu'il s'attribue , ce ne sont pas des visions, Ce sont des perception s, et non pas desperceptions de clairvoyance mystique ou somnamhulique, mais des perceptions de l'état de veille, d'une possession claire et nette de sa raison. « Il y a deux genres extraordinaires de visions, dit-il. J'y ai été mis seulement pour savoir comment ils sont. Le premier, c'est d'être emmené du corps... Je n'y ai été mis que deux fois et seulement pour savoir ce qu'il en est... Le second, c'est d'être transporté par l'esprit en un autre lieu. Quant à ce genre, il m'a été montré uni' une vive expérience ce qu'il en est, mais deux ou trois fois seulement. Voilà deux genres extraordinaires de visions. Mais tout ce qui est relaté dans cette première partie des Arcanes célestes, ce sont desperceptionsordinaires.Ce nesont pas là des visions, ce sont des choses que j'ai vues en parfait état de veille du corps, et maintenant depuis plusieurs années. » (Arc, cœleslia, 1883.)
Aussi le plus audacieux d'entre les théosophes qui l'avaient précédé, Jacques Uoehme, ce métaphysicien au grand cœur, ce Titan qui n'aimait qu'à s'élever et qui ne prenait, dit-il, le vertige qu'à l'idée de descendre, Boehme lui-même, n'était, aux yeux de Swedenborg, qu'un « bon homme. » « 11 pouvait être de
quelque utilité à n-rtaines intelligences, mais un danger pour îes autres. » — Quant à lui-même, à l'entendre, il n'était pas possible qu'il Conduisit à l'erreur, car son enseignement avait toutes ces garanties-ei :
)" La parole de \hc.i\ iuiu< lus saiiili's IvTitiuvs;
2° Son illumination spéciale et directe de la part de Dieu, ou l'ouverture donnée à son intelligence pour pouvoir saisir daus le sens littéral le sens intérieur ;
3° La dictée des anges ;
4° Les entretiens avec ouï et avec les esprits les plus éminents;
S" Les instructions que Dieu lui avait données dans deux apparitions personnelles;
fi" Jjt! privilège qui lui éfui' pïopr», de se transporter dons toutes les sphères du monde spirituel, où et quand il !e désirait, soit pour son instruction, soit pour celle d'autrui;
7° Enfin la faculté de perception générale dans le ciel etsurla terre, abstraction faite de l'espace et du temps.
Cela va plus loin que tout ce qui s'était vu jusque-là.
Moïse s'était entretenu avec Jéhovah , il est vrai , mais il n'avait pas vu le Seigneur : il le dit souvent, et il ajoute, comme principe, que nul ne peut voir le Seigneur et vivre.
Les prophètes avaient reçu les ordres de Dieu, ses instructions, son inspiration et ses révélations; mais aucun d'eux n'avait obtenu la faculté de parcourir les rigiu:is céleste; à volonté.
Mahomet y avait été élevé, disait-il; mais ce qu'il en rapporte dans le Coran n'est pas comparable à ce qu'en rapporte Swedenborg eu cent endroits.