LA PROPAGANDE
autre. Toutefois, le succès est quelque chose, et il est juste de dire, en terminant notre appréciation d'une vie aussi exceptionnelle, que Swedenborg, qui ne fit rien pour organiser un parti, une école ou une secle, eut peu d'années après sa mort une nombreuse communauté, des partisans enthousiastes, de véritables lidèles, et en un mot l'Église dont il avait prédit l'avènement.
De son vivant, il ne voulut être ni chef de secte comme Jane Leade, ni évÊque comme le .comte de Zinsendorf ; il se garda mémo, tout en se prédisant de nombreux disciples, de vouloir leur donner, soit des lois, soit des institutions quelconques. Ce devait être là leur affaire. Et de fait dès qu'ils se virent nantis de sa succession, sipetit que fùtleur nombre, ilsnes'on firent pas faute.
Ils commencèrent leur œuvre de fidèles disciples par le plus pressé, par la constatation des faits distinctifs de la vie de leur maître. Dès 1772, le lieutenant général Tuxen, un des plus distingués d'entre eux, s'enquit de tout ce qui le concernait auprès du personnage le plus considérable de Stockholm, l'ancien premier ministre, le comte Uœpken; et les cinq lettres que lui répondit ce dernier, du 11 mai 1772 au G juin 1781, sont, avec celle que Tuxen écrivit lui-même sur ce sujet, les premiers comme les plus beaux documents sur l'illustre Voyant. Rien n'était mieux approprié aux desseins d'une propagande éclairée. Car si l'ancien président du conseil de Suède aimait singulièrement la doctrine de la Nouvelle Jérusalem et la personne de Swedenborg, qu'il avait connu pendant quarante ans, il n'eu gardait pas moins d'indépendance dans ses appréciations. Ainsi il disait volontiers qu'il avait long-
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temps considéré les Arcanes célestes comme le produit d'une imagination échauffée. Mais il ajoutait « qu'il avait connu dans le monde beaucoup d'hommes éminents; qu'il en avait dû, dans sa position, juger les vices el les vertu;, les faiblesses et les forces, et qu'il n'en avait trouvé aucun d'un caractère plus constamment vertueux et content que Swedenborg, qui était un véritable philosophe , doué du plus heureux génie et brillant du même éclat dans toutes les études qu'il embrassait, homme du jugement le plus sain et qui s'exprimait bien sur toute question. »
Un pareil témoignage, rendu après quarante ans de relations et un eommmerce journalier dans les derniers temps, ne permettait le doute à personne. C'était là un panégyrique sans le fade langage d'un panégyriste, car le comte déclarait bel et bien : «Quant aux révélations de Swedenborg, elles n'ont eu jusqu'ici aucune utilité, au contraire.... Au surplus, dès que je tombe sur une idée extravagante, qui semble trahir un esprit en désordre, je ne juge pas... Nous Usons Platon avec admiration. Eh bien, il ne s'y trouve rien qui, dit par un autre, ne pût être taxé d'exagéré, d'inconcevable ou d'absurde ('?). n
A ces documents si précieux se joint, ai-je dit, la lettre de Tuxen, qui n'est pas un enthousiaste non plus. Il croyait, doutait, questionnait et s'enquéraitdetouten homme qui aimait le théosophe et qui voulait le faire connaître, mais ne voulait ni être dans l'erreur ni y mettre ses lecteurs. Sa lettre parut d'abord dans un journal anglais, tkeNew Jérusalem s Magazine, 1790; mais, écrite avec infiniment de mesure et de fermeté à lo