LA POLITIQUE
parlant du despotisme, des mots qu' envierait Montesquieu. Si son style est, d'ordinaire, lout simple et par là un peu pâle, il est toujours vif et pari'ui.- livspiquant sur certaines matières. Le voyageur s'altache pou au jeu des ridicules ; ori.ui\, uni; quand ils le choquent trop, il le dit. Rien de plus incisif que sa remarque sur Turin. « Tous ceux, dit-il, qui y possèdent une campagne {prœdia), meuie les marchands, sont appelés comtes, » Ses notes sur les institutions sont rares, mais il s'y élève aisément ans plus hautes considérations. En général, sa grave pensée jette sur la politique les plus vives lumières que la rrlieion puisse répandre. La vue d'Amsterdam, celle de ses richesses, de la multilude île sis lièles. de eetie sftlui ure de marchands et de marchandises de louleslcs contrées de l'Europe, de toutes les parties du monde ; la vue de toute celte prospérité qu'a donnée à un petit peuple un grand amour
naturelles de l'homme, lui arrache ces belles paroles : « Quand j'ai considéré tout cela, il m'a semblé que la cause première el principale de cette prospérité, c'est que la Bollamlr rsi i/nr. ràiit.hhqui: . terme, de gouvernement qui pluit ii Dieu plus que celle d'un gouvernement absolu, comme on le voit aussi par l'histoire romaine. Dans une république on n'accorde culte et vénération à aucun homme. Le plus grand et le plus petit s'y estiment égaux â des rois, à des supérieurs, ce qui se voit dans la tenue et la nature de chacun en Hollande. C'est Dieu seul qu'on y adore. Et Dieu seul adoré, nul homme ne l'étant à =;i place, prend tout son plaisir à ce pays. »
Voilà de la science sociale .m point de vue purement n lideux, et certes elle cit. belle; en voici au point rie vue purement politique, et caries elle est piquante :
■ Ensuite, il y a en Hollande la plus grande liberté. Point de sujets [servi). Tous y sont directement gouvernés par la main du maître suprême, celle de Dieu ; ce qui fait que leur naturelle grandeur d'âme ne se déprime ni par le respect humain, ni par la crainte. Au contraire, ils conservent une Ame ferme et saine dans un corps sain, et l'esprit libre, le regard haut, ils se coniienl eun et leurs biens à Dieu, qui prétend seul les gouverner.
» Il en est autrement sou? les gouvernements absolus, où l'homme est façonné par l'adulation et la dissimulation, apprend à avoir sur les lèvres autre chose que ce qu'il tient enfermé dans le^cœur; où l'esprit, par I -LCli li il'lt'Jl)' . •*■■ i • ■ i - -ml [fini ■ l I ii I- .^U' .
mémo eu s' adressant à Dieu, il dit autre chose et pense autre chose, présentant à liieu ses adulations et ses faussetés, ce qui ne peut que lui déplaire. Telle me semble la cause de celte prospérité qui sourit ans Hollandais en toutes choses et plus qu'à toutes les autres nations. »
li n'y n rien de plus grand que cela dans Montesquieu, s'il y a quelque chose d'aussi grand. Swedenborg termine au nom de la religion ce qu'il a commencé en son nom. Et, sauf h forme, à peine y a-t-il dans Bossuct quelque chose de plus haut que ceci :
» Toutefois qu'au lieu du Dieu suprême ils adorent Hammon et n'aiment que l'or, c'est là un fait qui ne parait pas se concilier avec la durée de leur prospérité.
Mais peut-être que, parmi les mille et les dix mille, il en est dix qui dédainu'iit le ih'i liment et font participer les autres aux biens si abondant? de la vie et à la fortune dont ils sont si dignes de jouir. »
Ou voit que Swedenborg, qui faisait de si beaux rapports à la diète sur les questions de timmees, n'eût pas fait tort à la réputation dont il jouissait auprès du premier ministre et auprès des Étals, s'il leur on avait présenté sur les institutions. Ajoutons maintenant que Swedenborg, après le voyajic. sur lequel nous venons de consulter ses notes, songea bien réellement à la composition et à ia publication d'un ouvrage, mais non pas à celle d'un ouvrage littéraire, si l'on prenait ce mot dans son acception spéciale. Nous avons dit que celui qu'en partant il avait réellement en vue d'écrire pendant ces quatre ans n'était pas achevé. Contrairement k ses habitudes, il avait peu écrit et n'avait livré à, l'impression que trois traités sur les fièvres, Borne, 1738.
Il lui fallut mime deux minées de séjour en Suède pour rédiger définitivement ses nouvelles explorations et ses études, et il n'alla les taire imprimer à Amsterdam qu'en 1740 et 1741 , sous le titre à'Économie du règne animal, deux volumes in-4°.
C'est un ouvrage de physiologie d'où l'animal est exclu; l'homme raisonnable eu est l'objet essentiel. On y est loin du système nnttircl de foi) illustre compatriote Linné. Ou sait en quels termes zoologiqucs et dans quel milieu figure iri. eomme bimane, l'auiii'lique créature faite à l'image de son divin auteur. Swedenborg, mieux inspiré, s'élève plus haut et s'il traite en son économie du règne animal de l'homme, c'est que pour