‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 23 sur 179 · IM ATTACHEMENT · texte numérisé non relu

IM ATTACHEMENT

aussi considérable; mais si Swedenborg se Irompe, si son jugement sur les deux scènes ne s'applique qu'au librelto et n'est pas un jugement bien sur, il atteste au moins tout l'intérêt que le juge , en vue de ses études sur l'homme, portail alors â-des arts aussi frivoles.

Je crois même que ce n'est pas la visite faite à la France ou à l'Italie qui a modifié le goût du savant voyageur.

En effet, le choix qu'il fait de ces contrées quand il sent le besoin de se déplacer et les premières observations qu'i! jette sur le papier en arrivant dans ces pays, prouvent que déjà le dix-huitii'me siècle a pasié pur sa pensée.

Au milieu de toutes les distractions que pouvaient lui offrir la France et l'Italie, le plus sincère des hommes nous apprend lui-même que ces distractions furent plus vives et d'une nature plus intime, en Italie au moins, que ne le laisse entrevoir son journal. Car, toujours luimême et chaste jusque dans l'aveu de ses fautes , il ne les étale ni avec le faste philosophique de Rousseau, ni avec le luxe poétique de Ciœtlie. Il ne dévoile les siennes, du moins la plus étonnante de toutes, que sous le manteau de la cheminée, qu'à l'ami discret qui l'interroge.

En effet, parvenu ù l'âge où Rousseau s'attachait vivement à madame d'Hnudctot, et Saint-Martin avec une exaltation mystique à madame fie Ikeidhi, Swedenborg connut un instant « dans la nouvelle Eabvlunc » (ce n'est pas l'aris, c'est Ruine; ce* aH'cttious qu'il devait décrire un jour avec tant d'abandon, mais transfigurées-cil amour conjugal dans ses tableaux de la 2Voi<- ■edk Jérusalem, Sou ami le général Tuxcn, dont nous aurons à citer de plus curieuses communications, nous

apprend à ce sujet que, dans la célèbre entrevue d'Hel-

siilfroi'i', Su iniifuliorjï. qnr l.i pénéiMi ciMijîriiiil ilii n'uvriii-

pas honoré suffisamment en l'invitant avec quelques dames, lui dit : « J'ai toujours eu du penchant pour la société des daines. » Le génér-iil nous dit dansas lettre : « Cet aveu m'autorisa à lui demander en plaisantant, s'il avait jamais été marié ou s'il avait eu quelque envie de se marier. 1! me répondit que non, mais ajouta que, danssajeunesse, il avait élé sur le point de se marier, le roi Charles XII ayant recommandé au célèbre I'olhammer de donner sa tille à Swedenborg. — Sur ma demande, quel obstacle y était intervenu, il répondit : Elle ne voulut pas de moi , ayant déjà donné sa parole il un autre qu'elle préférait. — Je lui demandai alors très-vivement pardon sur ce qu'il pouvait y avoir eu d'indiscret dans mes questions. — Demandez tout ce que vous voudrez, répliqua-t-il , je répondrai à tout loiihjntiémcid à la vérité. »

« Je lui demandai donc si, dans sa jeunesse , il avait pu demeurer inaccessible à toutes les lentations de la part de l'autre sexe? — Pas tout à fait, dit-il. Dans ma jeunesse j'ai eu une maîtresse. »

Si ces derniers mots devaient choquer des préoccupations trop enthousiastes de la perpétuelle virginité de Swedenborg, ils pourraient, avec une douce violence, se traduire différemment, et par ces autres : «J'avais une personne aimée en Italie. »

Mais cette traduction ne serait réellement qu'une trahison. On parle do tentations subies, et Swedenborg, toujours vrai, s'empresse île répondre qu'il n'en a pas su se préserver entièrement. 11 s'agit donc, non pas

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d'affections pures, mais d'affcc lions blâmables, et qu'il se reproche comme des frm'.e; de ji L i;!ji-£Si.'. S'il avait dù parler d'un amour lt'mi.ime, d'une fiancée, par exemple, il se serait exprimé l.out autrement. Mais si le rail l'accuse, cerics son aveu, qu'il pouvait éviter sans manquer à la vérité, le nuance et change la tache en une ombre qui passe. Il eut loutef'uis. uiif chose qui ne se comprend pas. Swedenborg répond à line question de soldat sur sa jeunesse. Or quand le voyageur mit les pieds en Italie il avait cinquante ans. C'est bien l'âge où souvent, dan» le.-sliommcs les plus sérieux, l'amour, s'il vient à reparaître, se montre avec uue étonnante vivacité, témoin les deux philosophes ciiés; mais comment un mathématicien peut-il qualifier cet âge de jeunesse, et cela neuf ans après le fuit dont il s'agit? Car Swedenborg en 1747, causant avec le général, avait cinquante-neuf ans. Faut-il supposer qu'il aurait visité l'Italie antérieurement au voyage de 1738? Mais c'est en vain qu'on s'aviserait de ce biais ; Swedenborg ni personne n'a jamais parlé de ce voyage, et il ne se trouve pas dans s;i jeunesse d'année où il figurât bien.

Quoiqu'il en soit de celte énigme, qui a ses pareilles dans la vie de Saint-Martin, nous le savons, les notes de Swedenborg indiquent au point de vue politique uue nuidiliralkm non moins profond..:. Le noble membre de l'ordre équestre de Suède et le fidèle sujet de son roi, parle des diverses formes de gouvernement comme un homme de 1793. En effet Swedenborg, qui ne cherche pas ses mots et ne recule jamais devant ceux qui expriment le mieux sa pensée, trouve, en parlant du monftchisme , des tours dignes de Voltaire et en

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