LA CLUSE
dire le résumé des conséquences morales et le prélude des spéculation? religieux auxquelles aboutirent toutes ses éludes de science. Et rïou n'est ni plus vrai, ni plus conforme a ce que nous avons dît. Car Swedenborg est un, et les trois phases qu'on distingue dans sa vie ne sont que trois degrés d'un seul et même développement. L'élément religieux qui a prévalu dans l'enfance et qui a paru disparai Ire d'abord sous l'élément littéraire, puis sous l'élément scientifique, est reste à ce point vital et actif qu'il s'est au contraire assimilé les deux autres, et a fini par t'en approprier toutes les t'urees vives. Il est sorti triomphant de k lutte dans laquelle il avait paru succomber. La crise s'est faite et la victoire s'est décidée surtout au sein de ces études phi sioloLiiques auxquelles Swedenborg venait de se livrer d'une manière si ample et si approfondie pour sa grosse question, les rapports du corps et de l'âme. C'est en sondant les mystères de l'âme, science dont il avait besoin pour expliquer l'homme, comme il avait besoin de celle de Dieu pour expliquer le monde, qu'il a été amené ou ramené tout entier dans le monde spirituel.
Si bien que rien ne s'explique mieux que cette grande et dernière phase de sa vie ; rien ne sort mieux de la seconde que la troisième. Si bien encore que, la vision qui en marque le début, loin d'être une cause, est réellement un effet. Elle es! l'effet ou le premier phénomène extraordinaire que produit au dehors la métamorphose interne qui vient de s'accomplir.
D'ordinaire, cette- vision tombe des nues, surlatéte d'un liomme qui s'occupe de minéralogie et d'anatomie; et Dieu, véritable Deux ex ttmehinà, vient don-
lier, à la stupéfaction clé son prophète lui-même, une mission à qui ne s'occupe pas de lui. Mais rien do plus inexact." L'ouvrage Ihi Culte du JJicu est là pour protester. Un mot sur ce traité.
L'iLinuiir de Dieu est le grand objet de Ions les mystiques, connue de luiia les chrétiens. On sait à quelles ardeurs , à quelles effusions de sensibilité et même à quelles excentricités poétique; les premiers se livrent duns tons les siècles et dans toutes les religions, quand ils traitent ce sujet.
Le. travail de Swedenborg, ffs;m tièdement didactique, no ressemble en rien aux œuvres dus mystiques et n'a rien de leur manière. Il ne se distingue ni par une grande profondeur, ni par une grande nouveauté dans les idées, mais il esl curieux pour le biographe en ce qu'il offre le seul document qui explique les jours de transition ou de préparation à la nouvelle phase dans laquelle va entrer son auteur. C'est d'une part le fruit ou le résumé moral delà phase scientifique, e'e=l d 'autre-part le début ou l'aurore de la phase religieuse qui se fait jour dans son âme. On y reconnaît d'ailleurs avec plaisir le génie de l'homme de science ; et il nous faut y signaler une belle anticipation sur le nombre des planètes. Swedenborg y dit nettement qu'il faut en compter sept outre les lune;. J'ai dit, dans la Yie de Saint-Martin, combien la foi d'un ami de ce théosophe fut dérangéede l'accroissement du nombre de ces étoiles errantes. Swedenborg est loin d être embarrassé de ce qui , en fait de planètes , dépasse le nombre sacré. S'il est croyant, il l'est en vrai savant.
Un fait qu'on n'a pas assez remarqué proteste tout
aussi haut que l'l'; volume.- contre l'opinion, que hi métamorphose de Swedenborg, toute miraculeuse, se tit sans transition. C'est ceci. Swedenborg, qui a son logement en ville, s'est réservé dan* l'auberge où il va diuer une chambre où il puisse se Ikrer à ses méditations sans ilre dérangé. Rien n'indique mieux que ce sont les habitudes de retraite e! de méditation qui ont amené la crise, la vision et le changement de carrière.
Maïs si In vie de Swedenborg bien comprime explique elle-même la nouvelle phase, ou, si l'on veut, la profonde métamorphose qui s'y dessine après une étrange vision, qui est pour lui une apparition personnelle do Dieu , voyuns maiulenant si cette vision et la mission qu'elle lui confère, ainsi que l'élat d'esprit où il se trouve désormais, s'expliquent à leur tour par quelque l'ait contemporain.
Ëst-il a observer, ailleurs que chez lui, un élat d'esprit analogue, une mission ou des privilèges semblables? A l'entendre lui-mémo sur ce qu'il est et ce qu'il fait à la suite de sa vision, tout serait nouveau. En est-il ainsi?
« 11 m'arriva souvent dans la suite, dit-il, d'avoir les yeux de mon esprit ouverts, de voir eu plein jour ce qui se passait dans l'autre monde, et de converser avec des anges et des esprits comme je parle avec les hommes. »
C'est beaucoup, et pourtant il n'y a la rien d'absolument nouveau , rien dont les éléments ne se trouvent ailleurs aussi dans ce siècle : séparation des-choses du monde, consécration exclusive à Dieu,, commerce avec les anges ou avec les saints, révélations, visions.
t;e qui est rare, c'est eelte conversation faite avec ics
anges comme avec les limitmcs. Mais cela ;m>?i ~v retrouve ailleurs et même il fie trouve mieux que cela. Madame (ïuyon nous donne de longs dialogues entre Dieu et elle. L'apparition visible de Dieu étant contraire à la foi est d'autres fois remplace par celle de Jésus- Christ, celle de la Vierge ou celle de saint Augustin, vfitu avec une grande magnificence, mais l'honneur est le même : on vient au nom de Dieu.
Et qu'on se garde bien de croire ces faits renfermés dans les cellules des monastères ou dans l'oratoire des dévots.
En remontant seulement d'une quarantaine d'années au delà de Swedenborg, nous trouvons à la tûte des visionnaircslc créateur de lu cri tiquemoderne, le sceptique le plus méthodique et en apparence le plus déterminé, Descartes eu personne. Vision, cuiiséiTatiûu à laVierse, pèlerinage à Notre-Dame de Lorctto , et exécution de ce saint vœu, rien n'y manque. « Le 10 novembre 1C19, dans sa viugt-quatrieme année, pendant les quartiers d'hiver, seul dans la chambre où il se retirait pour ses méditations philosophiques comme faisait Swedenborg, • dans son auberge, il crut entendre une voix du ciel qui lui promettait de lui enseigner le vrai chemin de la science. (C'est en philosophie !a même promesse qui est faite en religion à l'illustre Suédois, qui découvrira le vrai sens des textes sacrés, ) Dans une de ses extases, il entendit une expliisiûii. lies étincelle.-; brillèrent par toute la chambre. (C'est pins qu'à l'auberge de Londres, le Suédois ne volt de lumière que dans un angle de la sienne.) Il invoque le Sauveur et la Vierge; il fait à celle-ci !e vœu d'un pèlerinage à sa maison de Lorette,
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II A LE Bit ANCHE.
□liant a pied depuis Veaise. Et cela se lit avec accompagnement d'une visite à Home pour te jubilé.
La vision n'a pas tenu parole quanta Descartes, mais elle s'est accomplie dans son disciple, du moins quant à la théorie. « L'essence spirituelle de Dieu , dit Malebranche, contient tous les esprits et toutes les Limes. Notre âme voit et connaît Dieu d'une façon immédiate et sans images ; tandis qu'elle ne voit les choses immatérielles qu'en Dieu, dans leurs images ou dans les idées de Dieu. » Or, si cela est, la promesse faite au maître de lui enseigner le chemin de la vérité, n'est-elle pas accomplie? Celle de lui faire voir le monde spirituel y est même comprise : si, selon Malebranche, l'essence spirituelle de Dieu contient tous les esprits, nous connaissons le monde spirituel tout entier, puisque nous connaissons Dieu. A la vérité, nous ne voyons pas la substance propre de Dieu ; mais « nous voyons son essence on tant que plénitude dos ûtres. » C'est bien assez.
La raison de Descartes, éclairée par une science si réelle et aidée d'une critique si pure, présente pour nous un phénomène d'illusion bien plus caractéristique. Se berçant à son tour de la douce perspective qui avait enivré taut de philosophes pendant quatre à cinq siècles, il cherchait avec un physicien l'art de composer cet élixir de vie qui a le pouvoir de faire durer l'existence humaine autant que celle du chêne, de quatre à cinq cents ans.
Toutefois , si nous passons de ces deux philosophes à deux theosophes, français ou plutôt françaises aussi, nous nous trouverons beaucoup plus près encore du Voyant. L'une, mademoiselle Antoinette Bourignon,