VOYAGE AUX PLANÈTES
gouvernement lui offrait pour reconnaître ses services. Désormais il ne s'occupa plus que de sa mission, de ses pérégrinations dans le monde céleste, des rédactions qui les constataient ou en expliquaient le sens, de ses ouvrages, en-un mot. 11 écrivait ceux-ci avec une grande rapidité, et allait lui-même faire imprimer ses manuscrits a. Amsterdam ou à Londres, à mesure qu'il les terminait. Voyageant avec plaisir, causant volontiers avec tous ceux qu'il rencontrait, aimant le monde et y plaisant singulièrement, il n'abordait pourtant les sujets de ses grandes préoccupations qu'avec beaucoup de réserve et de gravité, et qu'avec ceux qui s'y intéressaient ou s'eu enquéraient avec respect.
Dès l'année 1748, il eut, dit-il, ie bonheur défaire, dans l'ensemble de notre système solaire, les voyages les plus remarquables, et de recevoir, dans les différentes visites qu'il y lit, ou que les habitants des planètes lui firent, les plus riches communications, F.ww.t autant qu'avide de connaissances, il tint un journal de ces excursions pleines d'enseignement, et y rattacha toujours ses études aux textes sacrés, de telle sorte qu'on a pu les publier à la fois sous le titre de Diarium et sous celui d' Adversaria. Ces curieux écrits, qu'on a édités après sa mort, sont instructifs à plus d'un point de vue. On y apprend que, pour mieux s'instruire lui-même, il répéta sans cesse ses voyages. Du 23 janvier au 11 novembre, il explora six fois Mercure, vingttrois fois Jupiter, sis fois Mars, trois fois Saturne, deux fois Vénus, une seule fois la Lune. H ne se contint pas dans ces limites. Vingt-quatre fois , dans cet espace de temps, il visita des terres situées dans le. ciel austral.
110 ENTRETIENS AVEC LES IiÉFOtiTS.
Noire terre occupe également une place con si il érable dans le Diarium.
L'auteur nous apprend, de plus, le sort qui est échu à ceux de ses amis ou parents qui sont morts avant lui et qu'il a visités après leur mort, ainsi que la condition où se trouvaient un grand nombre de personnages illustres avec lesquels il a été mis en rapport. Ce sont des papes, des rois, des empereurs, des cardinaux, des princes, des saints ou des saintes, des philosophes, des orateurs, des ambassadeurs, des ministres, des gentilshommes et des savants de tous les pays '.
Les entretiens qu'il eut avec eux jettent du jour sur leur vie et piquent la curiosité.
Pour ce qui est des soixante explorations faites dans les astres, elles seraient accueillies bien différemment, si notre Voyant, au lieu de se borner aux sept planètes qu'alors connaissait chaque écolier, il avait visité les soixante qui existaient en réalité, ou seulement prévu la découverte prochaine de la moitié de ce nombre.
On l'a chicané sur ce silence; c'est à tort. Jamais la révélation elle-même n'a révélé l'existence d'un fait de physique ou de cosmologie, son objet étant autre. 11 n'est donc pas étonnant que Swedenborg, eu sa qualité de simple interprète de la révélation, n'ait pas été mis à même d'anticiper sur la marche naturelle des études astronomiques. Toutefois chacun sent quel cachet d'autorité, pour ne pas dire d'authenticité, des anticipations de cette nature eussent imprimé aux récits de ses voyages dans le ciel.
Ce qu'il a tu et entendu en ces explorations uniques dans l'histoire de l'humanité, il commence dès l'année suivante à le livrer au public dans ses Arcanes.
Ce livre pronve-t-il que l'auteur a bien observé? Ses amis l'estiment beaucoup.
Au jugement d'un des plus savants d'entre eux, du docteur Hcyer, il approfondit, de 1745 à 1749, les choses spirituelles, comme jusque-là il avait fait pour les choses naturelles , et si les premiers écrits qu'il publia dans ces années, à titre de fruit de ses nouvelles études, portent encore l'empreinte d'une certaine faiblesse, il n'en est pas ainsi des Arcanes , ouvrage d'un maître formé.
Les Arcanes, ou Mystères des deux, présentent un travail de longue haleine. La première partie en parut à Londres en 1749, en latin et in-4°. Les sept autres se succédèrent les années suivantes; la dernière est do 1736. On y remarque un progrès sensible sur les premières parties, qui appartiennent un peu, quoi qu'on dise, à cette époque de transition qu'on appelle les années de préparation, tandis que les dernières, toutes celles qui sont postérieures à l'année 1749, offrent des idées plus précises et plus mures. Mais il faut considérer néanmoins que, dès 1749, l'auteur avait bien conçu le plan de l'ensemble, et qu'il persévère absolument, pendant les sept années que dure sa publication , dans ce système d'eiégèse allégorique, que dès lors tous les savants avaient quitté et qu'aucun n'a plus adopté depuis.
Aussi les Arcanes célestes marquent un grand pas dans cette phase où Swedenborg se meut et vit désormais, vie de visions, de révélations, d'entretiens avec les esprits, cette vie d'un intime commerce avec