‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 70 sur 179 · K1HT · texte numérisé non relu

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Le philosophe de Krcnigsbcrg ne pouvait ni ignorer ni Faire semblant d'ignorer un fait aussi étrange et qui circulait dans toutes les cours du Nord, dans tous les cereles de la belle société. Déjà nous l'avons fuit remarquer, Kant n'était pas homme de génie seulement, il était homme d'esprit, cl dans ces mêmes Rêves d'un visionnaire éclairas par des rèces de métaphysique, il discuta l'aventure de la. reine comme l'incendie de Stockholm et la quittance de madame de Marteville, qui dous ont déjà occupés.

L'homme d'esprit s>j mouira d'abord dans ces pages.

« Vers la fin de 1761, dit-il, M. Swedenborg fut appelé auprès d'une princesse que sa haute intelligence et sa connaissance du monde mettent presque au-dessus de la possibilité d'être trompée.

Kant a raison de dire cela, la reine Louise-Ulrique, princesse de Prusse et digue sœur de Frédéric le Grand, méritait cet éloge. Elle avait tout l'esprit d'autorité et de commandement de son frère, et sinon une grande instruction, du moins le goîit des lettres. Seulement elle ;>lled.;dt trop t:i>< h.ibitudf ^ dv rnlii|iic r.l <l'e.\ani»u qui touchaient tant soit peu à l'esprit fort. Kant continue :

m La raison qui la porta a faire appeler Swedenborg, c'étaient les bruits iréiiûwltnicnl répandus sur ses prétendues visions. Après quelques questions inspirées par le dessein de s'amuser de ses imaginations plutôt que par le désir de savoir des nouvelles de l'autre monde, elle le congédia en lui donnant une mission secrète du ressort de son commerce avec les esprits. i>

Yoilài'homme d'esprit, l'homme qui ri t. Voici l'homme de génie , l'homme qui se garde de c oudamner.

VU CRITIQUE PERBLEÏE. 177

h Quelques jours après M. Swedenborg reparut avec la réponse, qui élail telle que la princesse, de son propre aveu, en fut dans la plus grande stupéfaction, disant qu'elle était véritable et que cependant aucun homme vivant n'avait pu la lui communiquer. »

L'homme de génie ne s'écria pas avec Grimm, qui n'était qu'un homme d'esprit: mais le moyen d'y croire! Y croyait-il ? Non. S'en remettait-il au hasard de quelque solution future? Non. J'ignore uiPme ce qu'il en pensait, mais voici ce qu'il fit. Dans tout le Nord les femmes se préoccupaient vivement du récit. Mademoiselle Charlotte de Knobloch, la spirituelle amie de Kwrt.-TOulait en avoir sou avis. Le grand critique fit une enquête et écrivit, deux mis plus tardai mademoiselle de Knobloch ce q ui suit :

,; |. icrui- < fU. nouvelle d m officiel d^noU, mou ami et mou ancien élève, qui avait lui-même, avec beaucoup hôtes, à la table de M. Dietrichstein, l'am-. bassadeur d'Autriche à Copenhague, cn'.endu lire la lettre où le baron de Li.ilv.en, minisire de Mecklembourg à Stockholm, lut apprenait qu'il avait assisté, avec le ministre de Uolluiide auprès de la reine de Suéde, à la singulière histoire que vous connaissez, mademoiselle. L'authenticité d'uue u-Ue nouvelle me rendit très -perplexe. Car on peut difficilement admettre qu'un ambassadeur mande à un autre, pour en faire usage publiquement, sur la reine d'une cour près de laquelle il est accrédité et sur un fait auquel il dit avoir trié présent, une nouvelle qui ne serait pas vraie, l'our ne pas rejeter aveuglément , par un autre préjugé, le préjugé sur les apparition* cl les visions, je trouvai raisunnable de

audit officier de Copenhague et le chargeai dé tontes sortes d'investigations. 11 me répondit, Qu'il jrvaiLile.

nouveau parlé au comte de Lietrichstein, que la chose était vraie et que ie professeur Solili'ge! l'avait assuré qu'il n'y avait pas à eu douter. Il rao conseilla en même temps, partant lui-même peur l'armée sous les ordres du comte de Saint-Germain, d'écrire pour les détails à M. de Swedenborg en personne. J'-écmis -à cet homme singulier, et ma lettre lui l'ut remise par un négociant anglais de Stockholm. On écrivit à Kœnigsberg, que ma lettre avait été bien reçue par M. Swedenborg et qu'il avait promis d'y répondre. Mais cette réponse ne vint -pas . »

J'ai déjk signalé cette habitude dans la vie de l'illustre Voyant, et je dois dire que, dans mon opinion, il n'eût pas fait d'exception pour Kanl, si même il avait pu prévoir dès cette époque la haute illustration à laquelle arriverait un jour son correspondant. On sait quelle suite il donna aux lettres de Wolf, à l'époque de la plus haute renommée du grand disciple de Leibnitz. Mais c'est un tort de la part d'un homme supérieur que de ne pas rechercher ses égaux dans l'empire de la pensée. Quel qu'il soit, l'homme est fait pour des rapports, elles rapporta naturels du penseur éminent sont à cultiver avec soin. Swedenborg a-t-il failli à ce devoir? Dans Tordis des science; j-iliy.-iirjin.-r, il recherchait les métallurgistes, les économistes et les naturalistes; mais on dirait que, dans l'ordre des études morales, par principe, il s'éloignait ou passait à coté des métaphysiciens, des tliéosophes et des mystiques. C'étaient à ses yeux

des poStes. 11 comprenait même !es théologiens dans cette catégorie ; seulement il leur adressait ses ouvrages pour les en faire sortir. Mais certes, à notre avis, il ne se présentait pas pour Swedenborg d'occasion meilleure de faire connaître la vérité au monde entier, qu'une réponse au pins impartial oVs philosophes,

« Dans l'intervalle, continue K;mt n'eut pas cette réponse, je lis connaissance avec un Anglais distingué [Kantdit fin] qui se trouvait à Ku'iiigsberg l'été dernier, et que je chargeai, au nom de notre amitié, de prendre, à Stockholm même où il allait, des informations exactes sur le don merveilleux de M. de Swedenborg. D'après son premier rapport, ladite histoire, au témoignage des personnes les plus considérables de cette ville, s'est passée exactement telle que je vous l'ai racontée, A cette époque il n'nvail pus encore vu M. de Swedenborg; mais il espérait lui parler, quelque peine qu'il eût à se persuader de la vérité do lotit ce que les gens les plus raisonnables de la ville racontaient de sa communication avec le monde des esprits. Bientôt ses lettres furent d'un autre ton. C'est que, depuis, il a parlé .à M. de Swedenborg; il l'a mémo visité chez lui et il est dans mie stupéfaction extrême au sujet, de toute cette affaire. Swedenborg est un homme raisonnable, complairait et ouvert. Il est suvaut, et mon ami m'a promis de m'envoyer, sous peu, quelques-uns de ses écrits. 11 diL à mon ami, sans aucune réserve, que Dieu lui a donné la singulière qualité d'entretenir les trépassés à son gré ; il en appelle à des preuves tout à fait notoires. Interpellé au sujet de ma lettre, il dit l'avoir bien accueillie. Il y aurait répninlii, n'était sou dessein

de faire connaît! !- au poUic toute celte singulière affaire. 11 irait donc à Londres au mois de mai de cette année, et y publierait sou livre, où se trouverait la ré- Rien de plus pur, de plus philosophique que cette conduite de Kant. Ces doutes, ces enquêtes, cette ferme et simple résignation à ce qui sera trouvé authentique, conforme ou non à ce qui s'est toujours vu et toujours dit, sont dignes du plus grand des métaphysiciens.

Maïs qu'est-ce qui sera authentique? Ce que nous venons de voir est le récit du Voyant et de ses confidents ; c'est celui de quelques-uns de ces diplomates si heureus, a défaut de nouvelles de ce monde, d'en mander de l'autre. C'est enfin aussi celui des gens les plus considérables de Stockholm : mais où est le récit de la reine et celui de ses confidents?

Il se trouve un peu partout, et par conséquent un peu différent des autres, varié à l'infini, niais confirmatif en dernière analyse. De même que Swedenborg fit ses confidences au généraLde ..Tuxcn et a d'autres, la reine fit les siennes au comte Ilœpken, premier ministre, qui les consigna dans uno note déposée a la Société exégétique de Stockholm ; a Thiébault, membre de l'Académie royale de Berlin, qui les consigna dans le second volume (page 254), de ses Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Paris, 1804, 2 vol. m-8°).

Le minislre cojntc Ilœpken nous fait un peu connaître la réponse donnée par le prince pour la reine sn sœur : .ses salutations d'abord , puis ses excuses pour n'avoir pas répondu à la dernière lettre de la princesse, celle où elle le piiailde lui donner ses conseils;-— 6*est

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