CHAPITRE XV
Lei noureaui ouvrages du Swedenborg quia la halls politique. — Lo quatrième rojngs 1 Amsterdam. — La doctrine do la vie pour la iiotn-cilu Ji!ru.îali!:t], -- J.i dndrLnr iln l'Lcrilurt siinlt. ■ - Li i i !- - Irlnc de l'amour divin cl du !a sagfisc dliine. — La suite du juge, meni dernier ou la condamnaliun des nations de la Réforme. — Swedenborg icil ù Amsterdam Pierre 111 mis a mort en Russie.
La part si remarquable que Swedenborg prit aux délibérations des États de 1761 ; la reprise de ses anciennes habitudes de société; l'absence de toute publication de sa part pendant les années dont nous venons do rendre compte, — tout cela annonce, sinon une sorte de trûvc dans ce qui était l'œuvre de sa mission, du moins qiii lqiu^ eiaioj.-ïkins faites aux devoirs et aux convenances de sa haute position. Et rien n'était plus propre àrehausscr encore son influence et à étendre l'éclat de son nom que la rareté de ses apparitions dans le monde et le choix des régions oi'i il s'y montrait.
Les délibérations de la Mile terminées, Swedenborg reprit en 1762 ses travaux habituels, et bientôt ses rédactions furent à ce point avancées, qu'il put, selon
l'unité de dieu.
sa coutume, qui lier Stockholm et se rendre à l'étranger pour les faire imprimer. Cette fois il alla avec son portefeuille charge de manuscrits, non pas à Londres, mais à Amsterdam. L'Angleterre avait reçu de riches distributions en 1758. La Hollande devait en avoir de tout aussi riches en 1762 : il y fit paraître six ouvrages la même année. Et cela nous prouve que, même pendant la halte apparente que nous venons d'indiquer, sa plume ne chôma pas plus que sa pensée.
Quel fut l'objet de ces nouveaux traités ?
Swedenborg tenait à établir, sinon toute sa dogmatique, du moins son idée favorite, / 'un ité de Dieu, c'està-dire la non-trinile ; idée qu'il aborde, expose et développe sans cesse, dans toutes ses grandes pages, et qu'il ne croit jamais avoir rendue assez claire.
Pour bien caractériser le dogme de la « nouvelle Église, » et y amener les savants comme les simples; pour prouver aux premiers qu'il ne prétendait parler à la raison qu'au nom de la science, et aux seconds, qu'il n'enseignait la foi qu'au nom des lestes évangéliques, il commenta de nouveau des passages de l'Apocalypse, ce livre si cher aux pays du Nord, objet rie tant de théories ou de rêveries sur l'avenir de l'Église, livre sur lequel le mystique Sperber avait déjà si largement assis ses prophéties descriptives de la nouvelle Jérusalem. Swedenborg, très-méthodique dans ses instructions, exposa d'abord plus complètement ce qu'il avait ébauché dans le traité du Cheval blanc, sa rioclrine sur le Logos, ce Roi des rois, ce Seigneur des seigneurs, qui, monté sur un cheval blanc, apparat éclairant le monde, et était suivi d'une armée céleste éclairée par lui , armée
SWELEMIORU
de cavaliers montés sur des chevaux blancs aussi.
Tel fut l'objet du traité de la Doctrine sur le Seigneur. Mais ce n'en fut pas i'objet unique. En effet , Swedenborg y présenta surtout le point de vue qui l'intéressait le plus direeleme-nt et qui constituait son couvre ou sa mission individuelle, la fondation de celte nouvelle Jérusalem que les mystiques et les Ihéoaophes des pays du Nord prédisaient tous depuis plusieurs générations, et dont le jugement de 17!>7 rendait, suivant lui, l'avéncment aussi certain que nécessaire.
J'ai rappelé ce que Jane Leade , Pordage et d'autres enseignaient à ce sujet au nom de l'Apocalypse et sur les traces ou indépendamment de Jules Sperber, de Jacques Boehme et de Gichtel. Grâce à la science et au système d'interprétation de Swedenborg, le texte de l'Apocalypse se prêtait au dessein du Voyant d'une manière plus merveilleuse encore. On va le voir.
En elfe!, le Seigneur est ainsi décrit par saint Jean ;
a Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, cl puis la ville, la sainte Jérusalem, descendant d'auprès de Dieu, par le ciel, parée comme une fiancée, ornée pour son époux ; et j'entendis celui qui était sur le trône
De ce grand et beau texte, écrit par saint Jean avec sa plus poétique ampleur, Swedenborg déduit à la fois la doctrine du Seigneur et la théorie qui le concerne luimémo personnellement , la légitimité de la nouvelle Eglise venant succéder aux anciennes.
11 enseigne, quant au Seigneur et sur la trinité , cette nouvelle doctrine qui est sa grande affaire comme dograutiste, cl qui, suivant lui, doit mettre fin à toutes les
objections des uYisU'sanjdais, à wllesJesairtitnnituiresde toutes les nations — il enseigne, dis-je — qu'il y a, non pas une Irïnité de personne?, mais uneli iiiitôcnunepersnnne, qui est le Seigneur Jésus-Christ, en qui demeure la plénitude de h divinité. D'où lui Tient ce dogme?
Swedenborg s'était trouvé en Angleterre et en France au milieu des plu- vive; émotion; causées par les publications des libres penseurs des deux pays. Il résidait fréquemment en Hollande, où paraissaient les traductions françaises des écrite du déisme et du naturalisme anglais dont la rigueur de nos lois ou le caprice de nos ministres ne permettait pas l'impression, mais souffrait fort bien la circulation en France. Dans toutes ces productions, c'était le dogme de la trinité qui excitait le plus la verre du sarcasme incrédule ou du raisonnement sérieux des sceptiques. Par sa nouvelle théorie, le savant suédois voulait répondre aux plaisanteries comme à l'argumentation; et l'on dirait bien qu'il avait plus particulièrement en vue celles que la frivolité du jenin; lluntesquii'ii n'avai! pas dédaigné de semer dans les I.etlrr:- Pmmhm. à l'époque même où le libertinage de la Hégcnce avait pris la place de « la dévotion du grand règne. » Kous n'apprécierons pas ici la doctrine que Swedenborg vint offrir en place du symbole athanasien, qui est devenu celui de l'Église; mais quant à la Doctrine sur le Seigneur, il faut rendre justice à la pureté de ses motifs. Quelque jugement qu'on porte d'ailleurs sur la convenance qu'il pouvait y avoir afonder, sur un texte de l'Apocalypse, la théorie de l'avènement d'une nouvelle Église, on doit rendre justice aussi aux moyens tout pacifiques qu'il employa