‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 81 sur 179 · I.E STÏI.K 51ATR1M0MAL · texte numérisé non relu

I.E STÏI.K 51ATR1M0MAL

d'ailleurs la plus juste, l'alliance de la volonté et de l'intelligence par exemple, noua surprend dos qu'elle est rendue dans co style matrimonial tant aimé aux siècles des profondes affections et des saintes unions. Quant à Swedenborg, il ne craint pas de montrer comment l'amour (la volonté) prépare la maison ou le lit nuptial pour sa future épouse, la sagesse. Pour lui celle-ci n'est pas autre chose que la Sophie céleste de Boehme , de Pordage, de Jane Leade et de Saint-Martin, quelque distance qui sépare lu tliûtisophi; tuL-dois de ces illustres métaphysiciens dont la mysticité est si antipathique à son éducation et à lubiUidi's ratiuimli^tcs.

Son lucide esprit et sa connaissance de l'âme font d'ailleurs, jaillir de ce langage figuré des leçons admirables de simplicité et qui ne se rencontrent que chez les moralistes sérieux. «L'amour ou la volonté est purifiée dans l'intelligence, si elles sont élevées ensemble. — Elle est souillée dans l'intelligence et par l'intelligence, si elles ne sont pas bien élevées l'une avec l'autre. — Dès que la volonté ou l'amour de la volonté est ainsi atteint, il devient naturel, sensuel. »

On pourrait demander entre l'amour et la volonté une séparation plus conforme à la psychologie moderne; mais peut-être qu'il y a autant de profondeur dans la fusion voulue par Swedenborg que dans la distinction plus récente, et cette réserve faite, on trouve la leçon si belle qu'on est surpris de la rencontrer si peu.

En général il y a dans ce traité, comme dans tous les écrits de Swedenborg, à coté des vues les plus lumineuses, des idiotismes d'une théosophie originale, mais presque toujours , ce qu'au premier abord on est tenté

d'accueillir avec un léger sourire sur les lèvres, se change, à l'examen un peu approfondi, en une observation piquante sur la vie intime. Aussi les aspirations éthiques de cette àme si noble et si pure dont toutes les émotions sont de l'ordre spirituel, très-vives et pourtant très -constante s et très-paisibles, vont-elles trèshaut, et surprennent néanmoins par l'extrême simplicité avec laquelle elles se formulent.

Les émotions de Swedenborg, ses préoccupations de ce qui se passe, de ce qu'il voit et entend dans le monde spirituel pendant ces voyages pour lesquels nul ne doit lui chicaner le passeport, sont ardentes ; mais il n'y a jamais de trouble dans son âme, pas plus que d'apprêt on de parade. L'activité est sa vie, l'agitation lui est inconnue. Pendant qu'il fait imprimer ses six traités à Amsterdam, logé chez de braves gens auxquels il ne donne que d'édifiants exemples sans nul embarras, il reçoit des visites, va dans la société et la surprend par ses étonnantes facultés qui ne le surprennent pas, lui, le moins du monde.

En effet, si nous en croyons une tradition recueillie par un écrivain notable, un des faits les plus propres à constater ses facultés les plus extraordinaires, se serait passé à Amsterdam pendant cette année (1762).

Un jeune prince d'origine allemande, du flolstcin, Pierre III, occupait alors ce trône de Russie autour duquel se succédaient depuis plusieurs générations des drames si émouvants. Ami et admirateur enthousiaste de Frédéric le Grand, Pierre venait de rendre au roi la Prusse occupée par les Russes, de mettre à sa disposition un corps do 15,000 hommes, et de retirer la loi

cruelle qui punissait de mort quiconque disait un mot contre l'Église grecque. Puis il allait, à la tûte de son armée, entreprendre contre le Dauemarck une guerre auli nationale en faveur du Schlesswig, lorsqu'une de ces conspirations qu'ourdit facilement une bande de mécontents lui arracha la couronne le 14 juillet 1762. Au moment môme où un groupe de ces assassins titres qu'une souveraine belle et sans principes trouve toujours pleins du plus coupable dévouement, arracha la vie à l'infortuné dont la conduite était d'ailleurs aussi déréglée que celle de sa femme , Swedenborg, au milieu d'une société nombreuse, vil ;i Amsterdam la scène de violence qui se passait au château de Ropcha. U changea tout à coup de physionomie, dit un témoin oculaire, et on vit que son âme n'était pas présente, qu'il se passait en lui quelque chose d'extraordinaire.

Dès qu'il fut revenu à lui, on lui demanda ce qui venait d'arriver. 11 éluda d'abord les questions, mais, sur de.? instaueoF rritén'fr, il dit enfin : «En ce moment, en cette heure-ci, Pierre III est mis a mort en sa prison. (11 décrivit son genre de mort.) On n'a qu'à noter le jour, pour consulter l'avis qui sera donné dans les journaux qui annonceront sa mort. Et, en elfet, les journaux ont ensuite annoncé celte mort pour le même jour (Yung-Stilling, Taschenbuch von 1809). »

Mais quel est le témoin oculaire qu'on nous cite? On néglige de nous le nommer, et tout ce qu'on apprend à son sujet, le voici:

« Un ami éprouvé des Pays-Bas » écrivit le fait à Yung-Stilling, lequel nous dit, Qu'il faut être privé du sens historique pour en mettre en doute l'authenticité.

Mais si Stilling, j'ai le droit de le dire puisque je l'ai connu par lui-même, par ses amis et par ses lettres, fut à la fois le plus honnête, le plus véridique et le plus saint des hommes , il fut aussi, eu dépit de ses airs de Bo critique et d'ingénieux investigateur des circonstances, airs qu'il se donnait volontiers, le plus croyant des mortels.

L'anecdote rapportée par Yung Stilling me surprend d'autant plus que je ne la trouve indiquée dans aucun écrivain réellement contemporain, et que le célèbre mystique de Carlsruhc n'admet pas l'état de perception de Swedenborg à titre de faculté surnaturelle ou permanente. 11 attribue, au contraire, à la clairvoyance somnambulique la connaissance que le théosophe suédois aurait eue de la mort de Pierre III. Mais de son côté le Voyant de Suî'dt! ne ivroimaîssait pas cette clairvoyance ; il n'en était pas encore question en 1 672. Ce qui distinguait Swedenborg, à l'entendre lui-même sur son état, c'était l'ouwtui'e de sa vue intérieure, à ce point universelle qu'il lui était accordé d'aller dans (a région des anges et des esprits partout où l'attirait son désir, afin de pouvoir expliquer au monde qui l'avait ignoré jusque-là, le sens spirituel des testes sacrés. Si Swedenborg ne parle pas spécialement de sa faculté de perception à distance comme d'un privilège , ce n'est pas qu'il l'ignore, c'est seulement qu'il n'en fait pas grand cas. Il raconte, par exemple, la vue de l'incendie de Stockholm comme une chose toute simple. Mais il ne parle jamais de celle de la mort de Pierre.

Ce n'est pas qu'a ses yeux, c'eût été une chose plus étrange dans sa vie que bien d'autres, mais son silence

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