‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 95 sur 179 · LES PENSEURS NÉGLIGÉS · texte numérisé non relu

LES PENSEURS NÉGLIGÉS

autres. Rien de plus triste que la polémique ; on peut s'en détourner avec dégoût; mais ne le faisons jamais avec dédain. Dans tous les siècles, la polémique , c'est la vie du jour. C'en est la feu et le tourment. Allez donc àce soleil, le chapeau sur la téte ; mais, pour l'éviter, ne fuyez pas dans une caverne. L'art de la vie le meilleur est celui de vivre avec ses ennemis. On peut trouver la paix et le loisir de publier beaucoup de bonnes choses eu faisant abstraction de ce que pensent ei disent tous les autres ; Swedenborg en est la preuve ; mais en s'en privant, on s'affaiblit. On est plus mulliuur-jux encore : nn s'engoue de soi-même ; on abonde en son sens. Jamais on ne se passe impunément du plus grand de tous les leviers de la pensée, de l'eicitation née de la contradiction. Ajoutons que, si ce sont nos ennemis qui nous aident le plus dans notre perfectionnement moral, cè sont aussi nos adversaires qui nous avancent le plus dans notre éducation spéculative. En vertu de son illumination intérieure, Swedenborg se dispensait de lire et s'interdisait systématiquement 1 étude des plus grands écrivains que lui recommandaient ses amis ; aussi est-il évident que là est la raison de la plus regrettable lacune que nous offre le plus curieux des documents sur sa personne. Hais, plutôt que de regretter ce qui peut y faire défaut, achevons-en l'étude en y remarquant ce qui, à nos yeux, en caractérise le mieux l'importance , c'està-dire les indications qu'il fournit sur la véritable situalion de son esprit, cette intelligence si extraordinaire, et par conséquent sur le prix réel qu'il attache luïmËine à ses visions. Rien ne montre mieux celui qu'il faut y attacher,

LES HÉVËLATIONS.

D'abord, n'y cherchons pas ce qui ne peut pas s'y trouver : des révélations.

De toutes les erreurs sur son compte celle qu'il repousse avec le plus d'énergie, c'est l'ambition qu'on lui prêtait de vouloir offrir des révélations proprement dites, Deuï révélations existent, l'ancienne et la nouvelle. Swedenborg n'est pas chargé d'en offrir une troisième, a Toute sa mission se borne à expliquer les deux premières, dont le sens intime, spirituel ou céleste, est demeuré caché jusqu'à lui. Ce qu'il voit ou entend en vertu de la grâce qui lui a ouvert les yeux de son esprit comme les deux et les enfers, le met en état de remplir sa mission, mais n'a jamais le caractère de la révélation : ce sont des paroles ou des perceptions qui éclairent et confirment ce qui est dans les textes sacrés, mais ne révèlent rien qui n'y soit pas. Aucune de ses visions ni de ses extases , il ne les assimile è. celles des prophètes ou des apôtres ; et ce qu'on appelle son inspiration est chose tout autre, à ce point limitée, qu'il n'a pas le droit d'écrire de son fonds une seule page de doctrine; qu'il doit tout déduire des textes donnés.» Le Journal, d'ordinaire , ne dit pas si ce qu'il contient est le résultat d'une illumination intérieure ou d'une réflexion propre à l'auteur, d'une vision, d'un entretien avec les esprits, ou d'une conférence avec les anges, ce qui est très-dilférent. Quelquefois il dit tout simplement, ilm'a été montré, ou bien il a paru{visum est), ou il a été aperçu , sans préciser si c'est par une dispensation, un moyen extraordinaire ou par les seuls moyens de son intelligence. Ce vague s'attache même à des paroles qu'il veutrendre un peu plus précises, comme celles-ci :

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