‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 94 sur 179 · LES CLASSES · texte numérisé non relu

LES CLASSES

Toutefois, je dois signaler la richesse de ces études morales qui s'étendent sur toutes les questions capitales et toutes les classes de la société auxquelles s'intéressait le savant et le gentilhomme. D'ordinaire, il procède à ces observations morales par catégories et par classes de gens a éclairer sur leurs fautes et leurs travers. 11 reprend les philosophes lancés dans de fausses voies, ou les prêtres égarés par l'intolérance; il tâche d'ouvrir les yeux aux ambitieux et d'alarmer les coquettes ou celles qui sont au-dessous des coquettes; il relève les torts des critiques, stigmatise les hypocrites et flétrit les hommes livrés ait désordre des sens. Et il ne craint pas de revenir souvent sur ces catégories. Mais ce qu'il aime encore mieux, c'est de procéder par ordre de matières et de peindre les divers genres de vices, la volupté, Y adultère, Y avarice, l'ambition , les vaines fantaisies , en un mot toutes les erreurs de conduite et toutes les erreurs de pensée. Ici non plus il ne craint de revenir sur les mêmes questions taut que tout n'y est pas vu et dit; et s'il y a quelque chose à regretter dans les pagesqui y sonteonsacrées, ce ne sont pas tant ces répétitions que les vivacités d'expression ou de couleur que le moraliste aime à jeter sur certains sujets, et en particulier sur l'amour coupable, sur la coquetterie et les penchants lascifs, sur l'adultère enfin, cette plaie si béante et si saignante des mœurs du temps, et dans le Nord plus qu'ailleurs.

En philosophie , ce qu'il aime avant tout, ce sont les questions de religion et celles de psychologie. Les premières, il les rattache toujours à ses études des textes sacrés, mais toujours avec une entière indépendance, prenant pour guide et pour flambeau de sa pensée sa

lumière intérieure plutôt que la lettre qu'il a sous les yeux. Les secondes, les questions de philosophie, il les prend volontiers au point de vue de la psychologie. Celle de ces questions qu'il traite le mieux, c'est celle qui embrasse toutes les autres, c'est le vaste sujet des idées. Il le reprend sans cesse en sous-œuvre, et il ne le quitte jamais sans y répandre quelque nouveau jour, mais il prend toujours ce mot dans les acceptions qui lui conviennent sans les définir jamais. En général, en matière de philosophie religieuse, ou regrette chez lui l'ignorance apparente des textes de Malebranche, de Bossuet et de Fénelon, et je crois réellement que Swedenborg a peu consulté ces textes. Pour ce qui est de ceux de Descartes, de Locke et de Leibnitz, on les voit partout apparaître, en ce sens que partout il les imite, les redresse et les complète, mais plus encore sur les hautes questions du gouvernement de l'univers et de la théodicée que sur celle des idées, des sentiments et des passions. Aristote et Cicéron, Leibnitz et Wolf , qu'il voit dans l'autre monde, ou qui viennent le voir dans celuici, prêtent eux-mêmes l' autorité de leurs nouvelles convictions à la réfutation de leurs anciennes erreurs en théodicée, comme les saints et les saintes qui viennent le visiter prêtent la leur à la réfutation de leurs anciens torts en ascétisme.

S'il est une lacune qui se fasse trop sentir dans le Journal de l'illustre Suédois , c'est peut-être celle des . luttes, des émotions et des nouveautés du jour. Le contemporain de Voltaire, de Montesquieu et de Rousseau, de Hume et de Kant, ne répond pas plus au scepticisme philosophique des uns qu'au scepticisme religieux des

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