CHAPITRE XVII
La distribution deî imprimes d'Àmsterdim. — L'Isolement. — Le iéjour îi StotWiolm en 17G5. — L'état politique de !a Suéde. — Le mvaBcd-Ai^letcrre. — La conversion du docteur Bever. - U scène d'initiation de Gotlicnbourg. — L'Apocaljpse riyelce.
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Swedenborg avait soixante et quinze ans quand il publiait ainsi coup sur coup ses six ouvrages à Amsterdam. Leur impression commencée en i?62, leur mise en vente, et peut-être serait-il plus exact de dire leur envoi aux personnes auxquelles illcs donnait, lui prirent une bonne partie de l'année 1763, sinon l'année entière. Il les adressa aux théologiens et aux savants de Hollande et d'Angleterre, à quelques élus de Suède et d'Allemagne, à quelques-uns de France peut-être. Que devint-il quand tout fut fait ? Continua-t-il à demeurer dans cette chère Amsterdam dont il aimait les institutions plus que les mœurs, les mœurs plus que le climat, le climatplus que la cuisine? Cette dernière, si admirablement faite aujourd'hui , souriait alors si peu à son goûtqu'ils'ynourrissaitpourrordinaired'amandes,
de raisins secs et de chocolat, mets qu'il achetait et sa préparait lui-même. Retourna-t-il à Londres, où il avait plus d'amis connus de nous et trouvait des institutions aussi libérales relevées par des mœurs qu'il estimait plus, sans parler de la cuisiue, qu'il n'aimait pas davantage, parait-il? Du moins il s'y nourrissait principalement de biscuit, de sucre et de café, ce qui explique aux yeux d'un naturaliste allemand tout son état de visionnaire et d'extatique. Swedenborg ne nous apprend pas où il alla, et quand, pourtrancher la question, oncherche à lire dans son cœur et à demander à ses affections où elles ont puleporter, on est saisi d'une involontaire tristesse. Dans cette vie si limpide et en apparenee si heureuse, où le génie, la science, le rang , la fortune et les amis répandent tous leurs dons et leurs attraitsavec cette abondance tempérée qui est la condition du bonheur, on sent une lacune, une absence de jouissances intimes, un défaut de relations de famille, qui a dil travailler l'âme de cet homme aimable et aimant, lors môme qu'il ne s'en serait ni plaint ni peut-être aperçu. Non-seulement l'aide et la compngne naturelle de l'homme, cette moitié de notre âme qui est faite pour la compléter, la femme, en un mot, est absente dans ces années si nombreuses, jeunes et vieilles ; non-seulement la mère et l'épouse ne s'y voient pas ; mais !e reste de la famille même y fait défaut : les sœurs et les nièces , les beaux-frères et les neveux. Or il avait tout cela. Saint-Martin rapporte, dans son a Portrait » qu'à Strasbourg il fut lié étroitement avec un neveu de Swedenborg, qu'il appelle tour à tour le baron et le chevalier de Silfcrhielm et qui lui suggéra l'idée de« L'homme de désir. »— Eh bien,