‹ Emmanuel de Swedenborg sa vie ses ecrits et sa doctrine par m. MatterChapitre 99 sur 179 · LA QUESTION · texte numérisé non relu

LA QUESTION

il ira sans s'en émouvoir prier le roi de te détourner. Et cela sera fait. Il ne sera pas touché à un de ses cheveux ; sa nacelle, un instant balancée sur l'oade menaçante de la mer orageuse, le conduira si doucement au bon port qu'il aurait eu tort de s'émouvoir. Mais sa pensée, scb écrits, toute sa vie et toute sa doctrine porteront la trop molle et trop terne empreinte de la trop constante placidité de sa destinée.

Qu'il soit allé en Suède ou en Angleterre, sur la fin de 1763, ou resté eu Hollande, nous le retrouvons à Amsterdam en 1764, imprimant un nouvel ouvrage, un traité do haute spéculation Sur la divine Providence.

Dans la seconde moitié du dernier siècle , la question de la providence , très- doucement résolue par Leibnitz dans le sens de l'optimisme, continuait à préoccuper ' ■vivement la métaphysique. C'était une de celles où Wolf, qui aimait tant à renier son maître et à se croire l'égal du grand penseur qui l'avait dirigé avec tant de complaisance, se posait le plus en redresseur. La question tenta Swedenborg. Il la prit à son point de vue et trouva d'autant moins de difficultés dans ses grands problèmes qu'il l'avait déjà traitée. Car qu'est-ce autre chose que Ja Providence divine, si ce n'est « la divine sagesse et le divin amour? » 11 a d'ailleurs la « sagesse angélique » pour guide, car c'est encore à cette source qu'il s'inspire. Et il faut le dire, rien ne sonne mieux que le grand axiome qu'il prend pour fondement de toute sa théorie : Toutes les choses de l'Univers sont des récipients du divin amour et de la divine sagesse. Puis , si c'est là le plus beau des principes , celui du moins qui sourit le plus aux âmes tendres et soucieuses d'être conduites par

l.E LA PROVIDENCE.

l'amour suprême,c'en est aussi assurément le plus clair, celui qui convient le mieux aux intelligences de tous les degrés et celui qui jaillit le plus éloquemment des textes sacrés. Or pour Swedenborg le gouvernement de Dieu n'est que la' conservation de l'union dans les choses du divin vrai et du divin bien ; il est à ce point l'amour et la sagesse qu'il fait servir même le mal et le faux à l'union du bien et du vrai.

Dans le développement de ces idées on trouve le pur écho de tout ce que la saine philosophie de l'époque, la physico- théologie anglaise surtout, démontrait le mieux sur l'araour et la sagesse suprêmes dans l'étude de la création et dans l'analyse de ses merveilles. On y rencontre entre autres la commune idée , « que la sustentation (le maintien) des choses qui existent est une création perpétuelle ; » mais ces lieux communs n'excluent pas l'originalité. Prenons , par exemple, une des questions les plus délicates en cette matière, le départ à faire entre la Providence et les forces de la nature, et écoutons la fine distinction du théosophe : « Dans tout ce qui a été créé il a été mis, il est vraî, une force, dit-il; mais la force ne fait rien d'elle-même. Elle agit d'après celui qui a mis la force. » — Sa plus grande originalité n'est pourtant pas là; elle est en ceci: c'est qu'il veut, en général, qu'on considère toute chose naturellementji'abord, puis rationnellement, et enfin spirituellement. « Si tu considères les usages de toutes les choses qui ont été créées, tu verras que dans leur ordre ils vont jusqu'à l'homme, et de l'homme à Dieu, de qui ils viennent; que, de l'union du Créateur avec l'homme, dépend l'euchaînement de toutes choses et la conservation de

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