CHAPITRE XtL
JT^VVi% y»I^05QPHl.
Pltjs pèr^ Emmerkli. connaissait le
bon et savanl recteur >. et plus il
s'àttacliait à cet excellent homme ^
qai ^ de son coté ^ sentait tout le mé*
rite ' de son nouvel ami > Pour la
quâtoième fois'donc^ notre Emmerixsh
tombait en bonnes mains ; car nous*
ne voulons pas oublier Nicolas, ni
9Ï. Bomwald chez qui il logeait et
mangeait , et qui arait pour lui des
- soins de père i ainsi, on pourrait
dire qu'il était vraiment heureux ;
mais nous mentiriotis si nous disions
que le jeûne homme était aussi
^5% EJf.iI,EllICH;
content de tout ce qu'il yoyait; il s'en fallait de beaucoup , et il aurait été tenté de croire sesprotecteur» d'une espèce di£Férentp de tous les autres hommes. Nous sarons déjà comme tous les objets de luxe loi paraissaient petits et mesquins^ il allait toujours comparant l'ancienne Rome et rancienne Grèce y cherchant des kaiils^ des aqueducs^ des ampiii- ..théâtres y des prytanées , ejt ne cessait de dire combien il trouvait tout dégénéré ; la manièrje forte et ^sure 'ayèc laquée , il ^'eiipi^mi^ij; amusait «les t^rqif viailUrdS'^ i^uil^iissaient au, temps et à l'expérience: à 'lui ap-* prendre ce que le. inonde a perdu ou gagné en civilisation et en beaux arts: en attendant, Ëmmerich trouvait que pour les .m^oeurs aussi , il n'y avilit i^ulle comparaison à . faire .
avec les Romains^ même au moment
COUES n% MORi^LE. 253
àe feur décadence : il était scasda- Usé d'eûtejDKlre toujours répéter le mol^ 4^genti \eX de. voir que tout absoiumeiit 4tatt foudé sur l'argent ei sur les^moyens d'en gagner^ ou de le dépenser : il lui paraissait que c'était le seul mobile de toutes 1^ actions j le seul point de raliement entre les hommes^ enfin que l'ar*^ gent tenait lieu de vertu ^ couvrait tout les . vices ^ et donnait le moyen d'échapper aux lois et à la justice.
. Çç soir là il était ^ contre son or-»
dinaire^ fdirt en train de causer; il n'était point accoutumé au vin ^ deux ou txois verres l'animèrent^, et . îl| avança et soutint ses opinions avec une vivacité y une énergie y et en même -.temps une naïvejté extrême^ Encore tout neuf au monde ^^ et aux préjugés y qui par ThaBitudé sont devenus des Usages ^ il ne regardait.
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que la vérité pure et simple. Son.
grand champ de bataille était la dignité de l'homme^ et la liberté; il lui paraissait que les conventions sociales avaient dégradé Thomme et en avaient fait un esclave.
Père Emmerich le regardait et Fé* coûtait avec délicesy il aimait à -voir cette belle physionomie imimée tour à tour par mille sentimens divers ^ ce regard qui exprimait tantôt Hudignation y tantôt la sensibilité ; il aimait à entendre ses propres opinions énoncées ëtsec bette noble franchise dW cœur innocent et pur qui n'a rien à cacher. Sans doute dans ses réflexions sur tout ce qu'il voyait y il lui arrivait îsouvent de se tvomper; mais comme c'était par ignorance et non par esprit de parti , ou par. un faux système , il convenait à l'instant de son erreur
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et ne chercbait point k la soutenir.
Il n'avait encore sur rien aucun sys* téme arrêté , et tout en blâmant les institutions sociales^ en général^ il ne se doutait pas du mal individuel. Bornwald Fécoutaît avec étonnement ; plusieurs des principe philosopliiques du jeune bomme^ dérangeaient un peu les idées mercantiles y dont il n'était pas exempt^ quoique parfeitement bonnête. Le recteur le poussait du coude et lui disait à voix basse^ ce jeune homme sera u» génie , j'en réponds^ à moins cependant qu'il né s'arrête où il est^ oe qui arrive souvent à ces jeunes prodiges ^ alors loin d'augpaenter ils vont en déclinant , et bientôt sont au-dessous de ceux qui promettaient moins > mais je ne croîs' pals que cela arrive à celui-ci.
Au moment de se séparer, père
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Emmericli , qui voyait approcher le temps de son départ , prit à part le bonv.recteor , je vous laisse , lui ditil avec attendrissemeat y un dépôt bien précieux^ et je tous le laisse en toute confiance^ puis-je mieux TOUS prouver ma sincère \estime et.
monattachement ; je vous abandonne tous mes droits de père^ rendez mon £mmerich un honnête homme comme yous^ je ne tous en demande pas davantage. Qu'il apprenne à connaître les homméi et le monde^ sans perdre s'il est possible ^ sa bonté et son ^énergie naturelles ; pour apprendre à distinguer les hommes vraiment dignes de son, estime et de son amitié^ il faut qu'il apprenne aussi à connaître les méchans j jusqu'à présent je l'ai élevé dans l'idée que tous les hommes étaient frères^ et je désire qu'il la
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c<mÈerye ; cependant il faut , qu'il sache que ses frères n'en Usent pas quelquefois très-fraternellement les uns euTCi^ les autres; je ne serai point fâché qu'il apprenne à Jes connaître à ses dépends; pour tu toutes fois que ses mœurs n'en souffrent pas ; je yeux hien qu'il fasse quelques écarts de jeunesse , mais* non pas qu'il soit entraîné au mal; quelques- folies peuvent le conduire à la sagecrse y mais jamais le vice. Il m'est assez égal qu'il soit un savant ; mais je vevjfs, qu'il soit un honnête homme ;^ je ' ne désire pas qu'on l'admire^ mai^ qu'on l'estime et qu'on l'aime, eff qu'il soit cité, pour sa droiture et sa bonté , plutôt que pour ses talens ; il est naturel-^ -^lement bon et sensible y trop peutêtre pour le monde où il doit vivre, mais vous lui apprendrez à bien
diriger s.^ sensibilité, Vpus ave* p« YOU8 appercevoir combit^h il a Tes* prit ob^erYateur^ ^ le regard pénétrant^ ces deux quêtes peuvent loi être, fort utiles, mais il . faudra rectifier les erreurs de sa yiyacité et de son ignorance. Je tous en dis mille fois trop, cher recteur, TOUS savez cela tout aussi bieu que moi > mais si c'est inutile pour .votre élève, il y a- du moins cet avantage > que vous appi^iae^ à me coma^tre.. ' .
Le bon recteur lui serra la main, avec cette affection qui voulait tout dire j en effet il retrouvait dans cet excelleïit homme , tous $cs principes à lui-même , ei^cépté eepèndaut qu'il pensait qu'il abandonnait' trop la science ; on fera de votre 6l8, lui ditil, un honnête bomme comme vous, et un savant comme moi , soit dit sans
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vanité / mais quand on a blanchi dans la poussière de Fécole, il faul bien qu'on saclie quelque chose, et jamais je n'aurai i^otnmunîqué ma science avec plua de plaisir qu'à cet aimable et bon jeune homme ^ qui a de si' belles' et de si heureuses dispo** sitions.
Emmerich causait à l'autre bout de la chambre, av^c Bornwald,le& deux vieillards les joignirent, jyere "'Emmerich voulait parler à son fils adoptif , son émotion l'en empêcha, il ne put que balbutier quelques mots ^ et lui presser la main ; l'idée de le quitter , l'incertitude de ie revoir , les dangers qu'il allait courir peut-être sur la scène orageuse du nionde,le mystère de sa naissance, tout contribuait à serrer le cœur de cet excellent père. Ils moiçijprent dans la voiture de Born^wrfa , et il ne
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put-prononcer un seul mot pendant la route j mais son silence était éloquent; il regardait son Emmerich avec des jeux mouillés de larmes , il pressait la main de son ami avec celle du jeune homme ^ il élevait ses regards vers le ciel ^fîmmericli partageait son émotion , mais dans la jeunesse elle eôt toujoùrs'mêlée d'espérance et de confiance ^ au lieu que la vieillesse doute et ci^aint.
A leur arrivée au logis ^ madame Bornwald^ qui aimait Emmerich et se plaisait aie faire causer, lui demanda s'il était content de son nouveau maître? Parfaitement , madame, luirépondit-il; au travers de quelques singularités scien^tifîques, on voit un cœur excellent ; j'ai d'abord été un peu étonné de sa manière de parler, de ses. sentences" latines , de ce qu'il m'appelait: 4 on en m'adressant la
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patele ; mais je m'y suis bientôt accoutumé^ et je ferai mon possible pour mériter son amitié; dans mou examen y j'ai fait aussi quelques bévues qu'il n'a pas trop releyées.
Chacun ses ridicules ; et je dois me trouver heureux quand on ne se moque pas des miens.
Madame Bornwald^ naturellement gaie et rieuse^ ne pouvait s'empêcher de rire quelquefois des naïvetés du jeune villageois ^ide son ignorance de»
usages^ et de ses accès àm colère j il avait ces petites mortifications sur le cœur , et il saisit cette pcçasion de le lui faire sentir ; elle le comprit à l'instanl^ ; il s'ensuivit une explication amicale , qui mit ^mmerich à son aise ^ et lui apprit qu'il y a deux espèces de rire y le rire sardo-* nique et méchant qui va rarement jusqù'ài'éclat; et le rire d'une douce
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plaisanterie et d'une franche gaité ^ qui ne doit jamais blesser.
Le lendemain père Emmerich partit pour une petite excursion ; il ne .voulait pas êtr^ aussi près de son vieux ami le cpmte y sans aller le voir ^probablement pour la dernière fois. Il en fut reçu avec une extrême tendresse i le comte le gronda sérieusement de ne lui avoir pas amené son jeune bomme^ et loi ..promit de s'intéresser à lui dans toutes lesroccasions y et de l'obliger de tout son crédit s'il voulait servir sa patrie.
J'y ai compté ^ mon cber comte^ répondit pèi^ Emmerich , je connais votre coeur et je suis tvanquille. ; je ne sais si nous nous reverrons encore ici bas y mais quel que soit celui de nous deux qui survive h, l'autre y il n'oubliera jamais son attii y et si c'est
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vous^ M, le comte, mon jeune Emmerich vous rappelera un homme qui vous cliéridsa^it plus que s'il eût cte votre ëgal« .
Au bout de quelques jours, les deux vieillards se séparèrent avec Fattendrissement de la plus pure amitié; père Emmerick i:evint à Berlin. Il y arriva le jour de la Saint -Médard, dix -sept ans après ceïuî où le jeune Emmerich entra dans sa maison.
Peu de jours après ^ il prit le con^é le plus tendre de ce cher enfant , et des deux vrais amis aux soins .de qui il le laissait, et fut rejoindre sa Marie et sa fille.
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