CHAPITRE PREMIER
- # rf j
liS HBROà 'UV XiXTflK;
I xr y aY2(it. en Allemagne tin Ibomme qui ne connaissait ni sa patrie y ni son âge^ ni ses «pareiis. L'honnête et bon paysan qui Fayait recueilli , .'-ââmait ^çoDime s'il eût été son fils^ et ^ 'lui : atiait dolmé le - nom d^m-* ëriclu
Nous pourrions cependant ap-
P rendre à nos lecteurs çhronologistês / dans quelle année' Emmerich vint au monde ; nous jpourrions même, au môyeïï dW léger calcul, découvrir le mois de sa naissance ; il nous paraît sûr (jue ce fût dans le plus beau .tpoiç àe^ Tauçée^^le mois des fleurs et* dé l'iàmôur *, le charmant mois de mai , que notrfs Ejnmerioîi^rGçutla^ }^}fi^
•^ Le^^ jGUiv-d^^ l^ ^ûpït 7 Miéc^inl., le 6 de jiîjh ,*i'îllus4ïissime et magni^ fique âp^èn ^^^ùjzïnf endaht du district où 1§ iSçèu'C/^ç Jfasàe ^ monseigneur Scbw«é^é(rus y' partit à xinq Jbevres du piâtiiideiai modeste, aure d^Hèlr lerzeiEr^ où A naira^t cfi»t da .v^ifle : sa visite, et uh.excèèleni dîn^r^fiôur ^llér dfoii.jutï. jahtre ..ifijUage^ Isdre encore ima.\'iâtèjKi;gdiicoca>i^à bo 4îner,
COU&S DC HOKALEk 3
he temps était , comme il est ordi^iairement à la Saint- Médard^ un peu couTert , mais délicieux y l'air du matin répandait , avec la douce fraîcheur , l'exhalaison dear plus suaves parfums; les prés étaient émaiUés de mille fleurs , les champs présentaient le tapis le plus verd et le plus épais ; les haies « les arbres , les oiseaux , etc. ^ etc. ; enfin chacun sait i ou doit sa'voir ce que c'est qu'une ^matinée' du > eômmencement de jyiîi, et^npus évi*lerons^ s'il se peul;^ cette hoéureuse occasion de faire vii^/ ^^edcuption y tct d'endormir ndâ lecteurs. Cependant le su|7intendant étant monté dans sa voiture ^ en baissa les stores/ croisa lentement ses bras sur sa large poitrine , laissa retomber sa tête en arrière, ferma doucement les^yeu^K^ et bientôt eut retrouvé le daûx et
4 !EMM£aiCH^
balsamique sommeil que son départ ayait interrompu à son grand regret.
Songea-t-il au dîner passé ou au vdiner futur ? c'est ce que • nous ne pouvons dire ; mais à son air de béatitude ^ au lé^er mouYement da ses lèvres , nous pouvons affirmer qu'il songeait h Vun des deuTC.
-Son domestique , assis sur le siège , $'était tenu d'abord aussi droit qu'il avait pu ; mais ^ après avoir jeté un régâÉud 5Û^ &fglâ/:ë. )de devant^ et ohserjse . rattTtiîjlç]* dé son maître, il cnt^* :det *Isfi>p 'oevoir de l'imiter autjrât^I^ut^ ^%g\ac^ le lui permetitait/ îi**éteji&ît'*d6nc ses jambes^ croisa : sa redingotte par - dessus , rabattit son bonnej: sur ses yeux , pencha sa tête , et ^ bientp^t heureux, comme un surintendant , il songea sans doute Âussi qu'il desser-r yait la dîner^
Un jeune paysan d'Hellerzen cori-* duisait en postillon^ d -un pas égal et mesuré", tout à fait propre à bercer les deux donneurs , quatre cHevaux que sôii màhré avait fournis | il ne dormait pas lui ^ |>our deuit excellentes raisons : l'une , qu'il était accoutumé à se lever matin ; Fautre ^ qiï'il était amoureux. En montant eîi Voitvite , Monseigneur lui avait récommandé d'aller fort doucement, un bon pour boire lui était promis, si l'on était content de lui.
II obéissait deac , et son fouet en bandoulière , sa pipe à la bouche «^ il admirait les beautés de la nature, et songeait à son Annette; il se.
rappelait aussi qu'elle avait envie d'un ruban rouge pour border siçit jupon bleu , et tout de suite il se mit à calculer si l'argent que lui raxtdrait cette course, suffirait pour
l'emplette de ce ruban. Jlrai vite l'acheter au premier village^ pensait-il y pendant que )es chevaux
se reposeront Maïs , si je n'avais
pas assez? — Oh oui, }'aurai' assez ^ dit « il , en redressant la tête ; je mène si bien Monseigneur , qu'il ne s'aperçoit pas du mouvement de la voiture ; il me' paiera tous^ les cahots que je lui épargne , et tout sera pour le ruban d'Annette* Ainsi y en calculant, rêvant et dormant^ ils arrivèrent à un bois qu'il DsJlait traverser; il éf^it si épais et si fourré, qu'à peine Nicolas pouvait-il voir en l'air les bouffées de fumée qui sortaient de sa pipe , et point du tout les ornières , pour les* éviter; il y eut quelques cahots, qui firent craindre à Nicolas que le ruban d'Anne t te ne diminuât d'autant. 11 tourna la tête avec inquiétude,, tout
J^tullait en dedans et en- dehors dtt carrosse , et le sommeil des deux
■ donneurs paraissait à réprenve. lï commençait à se rassurer ^ lorsque tout à coup le^ chevaux, eflfrayés de quelque chose de Manc qui se trou- Tait au miCeu dû chemin , firent un écart, et puis s'arrêtèrent tout court, sans qu^iî fut possible de lés faire
X avancer ; jarrets tendtis, la tête bais*»
sée , ils étaient immobiles^.
Hola,ho, hohoV pss,pss, ait, atÉ , allez , allez ; vt^is qu« diable ont-ils donc ? Allons^ pied blanc, marche
donc, mon garçon..... Hé , hé
jamais ils n'ont fait ainsi. Ni les douces paroles de Nicolas, ni le bruit redoublé de son fouet n'eurent le moindre effet, tout fut inutile; il vit alors Tobjet blanc*, et prît le • parti de descendre pour Fôter de la vue des chevaux. Mais quelle fut
sa surprise en approchant^ de troti|-^ Ter un beau petit enfant^ étendu dans "une corbeille^ et dormant aussi tranquillement sur la terre ^ que le surintendant^ dans son carrosse ^ et le la-jquais sur le siège.
JNricoks fut d'abord très -surpris ^ ensuite très-^embarrassé de sa troxL«vaille ; il regardait l'eniant avec une tendre pitié. « Que ferai-je de toi , » pauvre petit? Ma foi , je vais le )) demander à ces Messieurs « ils sauï> ront mieux que moi ce qu'il faut » faire. »
Il s'approche du siège ^ où le domestique dormait si profondément , que ce ne fut qu'après la seconde secousse que Nicolas donna à ses jambes ^ qu'il fit un léger mouvement. « Que veut Moa- » sieur?. . . . Que veux-tu , drôle, » dit -il p en ouvrant tout à fait les
COTTRS DE MORÀtE. 9
ïT ymix y et voyant î<ficolas près de ». lui ?»
Nicolas lui dit ce qu'il venait de trouver ^ et lai. demanda ce qu'il fallait faire de ce pauvre enfant ! -^ Par dieu , le mettre de^côté y au pied d'un arbre ^ et continuer ton che«* minr.
Au pied ' d'un arbre ! dit Nidolas furieux; vous n^étos pas bien ré-* veillé^ sans doute ; vous ne comprenez donc pas ce qvie j'ai trouvé?
c'est un. enfant^ ajouta-t-il en élevant la voix. . .
Paix ^ ^ne parle pas si haut > tu ré-* veilleras Monseigneur: oui , j'entends bien un enfant; au pied d'uu arbre ^ te dis*je , il sera beaucoup mieux là qu'au milieu du- cbemin. Allons ^ pars.
Je ne partirai pas > crt vous dievrie2 avoir honte ^ vous j^ servez un
lO EHMERICff,
doyen , d'êlre aussi dur pour yotrc semblable.
' — Mon semblable , afa , ah , ah
Une petite chose qui Tient de naître^ ^i n'a pas une îdée^pas un sentiment,
— Une petite choâe comme nouf a.von^été vouS' et moi, et Monseigmeur aussi. Allez lur demander ce . Cfu'il v6ut faire de ceténfant ! Je suis . bon diable , moi ; je tous promets ^ue je ne lui dirai pas TOtremauvaise' pensée.
Le ^mesttque secoua la tête , se leva! en jurant, alla à la portièrOy regarda au trarers de la glace , et vit ■on maître exactement dans la même ^ttitude que lorsqu'il l'avdit regarde la première fois; il recula, et dit à picolas , Monseigneur dort , et pour rien au monde je ue l'éTeillerai ; il n'y Ëiit pas bon , mon ami , Monseigneur <6td7aac humeur aâîreuse, quaùd'oa
C01?^S DE MORALE. Il
ïc réveillé ; il t'enverra à tous les diables , toi , ei ton enfant > je t*en invertis.
• —A tons les diaMes; je to'en croîs rien; et y puisque vous ne voulez pas le réveiÏÏer:, ce sera moi ; ouvre* seulement cette portière , car je n-y entends rien.
— A ton aî*e, mon ami, pourvtf qu'on ne me voie pas. Il ouvrit, et se eaefaa bien vite derrière la voiture. ; •Nicolas n'osa pas tirer les jambes du maître , comme il avait tiré celles du serviteur ; mais il cria d'autant i tr Monsieur, Monseigneur', rét'eil- » lez -vous ; » et il cria ' si haut y que le prélat ^e révèîiraen 5ui»saut.
Il n'y a point de héros pour soïr Talet-de-ehambre , dit>-on; il est sur qu'ils eonnaiâsetit les ^faibles de leurs maîtres, et le valet n'avait pas înenti, (jlamà il aTàiit' dit à î^icolas que
12 EM MERICH,
Monseigneur avait le réveil dé^ testable. Après avoir soulevé : sa grosse tête^ et dit avec raccent:.de l'effroi , en se frottant : les yeux ^ qu'est-ce donc ? qu'y a-t-il donc ?
Mais^ lorsqu'il ne vit rien que le postillon f debout près de la porytière, «a peur se changea subitement en fureur. Nicolas ne se rebuta point^ et ^ tout au travers des inj ures y des apostrophes ^^ des ordres de fermer la portière , et de remonter sur sa béte ^ il n'en raconta pas moins sa petite histoire , et répéta si . souvent le mol de pauvre enfant, qu'enfin M onseigneur l'en tendit.
— Qu'est-cie q\Me c'est que ton eh- £atnt; que yeuxrtu que j'en fasse?
— Ce n'est. pas tnon enfant , Monseigneur; si ce l'était^, il ne s^ait pas étendu sur 1^ roi^te. , ; i . ^
-*- A qui est^il'dpnc? et qu'estTce
^e cet enfant me &it? Jeté tirouref hkta hardi.
— Si Monseigneur TOtilaii bien m^écouter. Il recommença l'histoire de ûa irouTaiUe, et lia fini^ en disant:
je Tais poser le pafuvre petit dans la voiture ; Monseigneur pensera ^ chemin faisant , à ce qufil en veut faire ^ et peut-être il l'adoptera. Âhl si seulement Annette était ma fenmie^ cotnme je le lui porterais vite ; mais je mange le pain des autres, je suis un pauvre domestique ! Allons y je vais le mettre là dedans. '
— Garde-t-en bien, dit le prélat avee un geste menaçant ; gardent-est bien ; c'est un fruit du libertinage | il ne convient nii à mon état, ni à mon^ car^tère ,. de l'autoriser* Allons^ mon ami, je t'ai parlé tro£ rudement; c'est Ik mon défaut cpiand je me réveille, chîtcçuoi a; Jie,^ienv-.î
t^ É M M ERIC H,
Tiens , voilà pour boire ; ôte cet enfant des pieds des chevaux, nîets-^ le avec soin sous xxa arbre , et eOHtinue ta route.
Le laquais , à Pabri de la portière , ^t<>u£fa un éclat de rire /et fit un signe de tête qui voulait dire : «Tel )i valet , tel maître )«* mab Nîcolaff; était trop indigné pour rien voir ; il ae pritpoint l'argent qu'on lui offrait, et recula en disant vivement : « Non % par dieu y je ne ïè laisserai pas sous^ » un arbre ; c'est vous , Monsei-^ » gneur , qvie je laisserai an milieu' 1% du bois. Je vais à l'instant dé teler.
n mes chevaux^ et les emmener avec f» ce pauvre petit , qui trouvera, » j'espère , des âmes plus chrésjf tiennes que la- vôtre. Pardon, sî lh je vous parle ainsi , moi qui ne ^ suis qu'un pauvre paysan ; mais , n M. le doyen , vous qui nous
COUBCS CTE irOAAlEiK ï5
n prêchez en chaire hi charité ^ lia ^K commisération^ Famour da pro^ n chain ; yoa$ qur remontrez nos »f pasteurs lorsqu'ils ^ manquent à n leurs deroirsy n'aTez-yous pat n honte de manquer à ce point auï » TÔtres , et d'abandonner ainsi une* n pauyre créature du bon Diéu« n Quand il serait yr£» que ses parens n se fussent mal conduits ^ est-ce la » faute de ce petit ini|kcent? faut-il » le laisser périr? Non^ ma foi ^ je ^ ne le laisserai pas, je ne suis pas* 9)^ ministre y moif mais j'ai uoe con-^ M science ^ et je yais chercher uof y^ protecteur à cet enfant. Voua n emmène d'ici qui voudra , et j'aîf M peur que ce ne soit le diahJe. »
Monseignemr Schwégérus n'était pas précisément ce qu'on peut ap-> peler un méchant homme ; il était colère ^ quand oa troublait war
sommeil , ou qu'on apprêtait mal HoA dîner j il. aimait mieux dépenser soin argent en bonne chère qu'en, œuvres de charité ; mais , au demeurant^ c'était un assez bon diable ; la preuve, en est , que l'éloquence simple , forte et naïve du bon Nicolas^ le toueha au lieu dfi le fâcher. Nous ne voulona point approfondir si la crainte d'être, laissé avec savoituré dételée au miliea d'un bois^ n^:^evLt pas autant de part que la conscience j mais il est sûr qu'il tendit la main au jeune paysan^ en lui dis^t: icNe te fâche pas , mon 39 garçon ^ ne te fâche pas y et aide«* n moi À descendre ; je veux voir:
yf moi-même de quoi il est ques- » tion. ».
Alors le laquais s'avança , entre lui et Nicolas ; ils mirent avec un peu de peine le gros prélat sur ses deux jambes^ et Nicolas lui présenta^
COITB.S DE liORÀLIS. ^7
i^vat air touché ^ la corbeille où ^sail le poupon.
Le jota* naissait^ et Monseigneur put Toir distinctement un enfant^ beau comme un petit ange ^ et qui paraissait avoir tout au plus trois sen^aiùes. *
Le surintendant le regardaquelque temps en silence , d'abord avec une nuance de compassion^ qui fit bientôt place à la colère^ fl commença un di$cours véhément en deux parties j la première , sur Tinconduite fies parens; la seconder, sur leuF dureté d'avoir exposé cet enftnt. Est-ce it un étranger , dit-il en finissant , à en prendre soin , quand sa propre mère ......
Ah ! Monsieur^ s'écria Fhonnêtô Nicolas ^ il ne faut pas juger sur les apparences ; Dieu sait ce qu'il en a c<Àté à cette pauvre ' mère ^ pou»
l8 lEUHEEÏCH^
laisser ainsi son enfant. CfombieA ne* Ta-'treUe pas recommandé à la bonté, ^u ciel y et des passant charitables ; c^est Dieu, Monseigneur, qui vousr fi conduit ici pour sauver cette innocente créature.
Pendant l'exhortation de Nicolas y bien plus touchante que le discours du prélat, ce dernier réfléchissait sur ce qu'il y avait à faire : sans doute il fallait faire quelque chose, il sentait que c'est un de Ces événemcns malheureux où il faut absolument payer de sa bourse. Conduire l'eilfant ches lui , »'en charger j. eut été le plus court parti. Nous dey ons dire en coik science , que dans cette circonstance* il l'eût peut-être pris , s'il avait été le msatre chez lui; mais hélas ! il avait une fenmie , surintendante dans sa maison , s'il en fut jamais , plus méchante ^ plus despotique que Sara,
COTjKS 1>£ XORAXE. tg^
2tebecca , et toates les méchantes, femmes passées ^présentes et à Venir ;;
, toutes les années elle faisait présent k «on mari d'un petit poupon ; mais ^ s'il s'était avisé de lui en amener a son .
tour un dont elle n'eut pas été la mère , le doyen aurait com'u risqué d^avoir au moins deux mauvais^ dîners^ et l'enfant^ celui d'être jeté par la fenêtre. Il faut donc lui par*donner^ s'il n'en eut pas la pensée^ et même s'il éprouTait quelque Bonté à convenir avec Nicolas^ qu'il n'en était pas le maître ; mais il était
' riche , et pouvait au moins disposer de sa bourse. 11. la tira lentement ^ chercha parmi des louis d^'or les deux%plus rognés, les^ tourna, les regarda avec un air plus attendri ^ qu'il n'avait regardé la co|rbeille ; soupira en se séparant de ces deux amis ^ et les glissa dans lés langes de l'enfantu.
!20 feMBtEItlCir^
Alors, irè^-satisfàît de iuî-mêinc et de sa belle aot^on , il se toutnà Ter» Nieolas : « Mo» garçon , lui dil!- » il , je suis content de ton s^èle ; tù f> as raison ^ il faut avoir pitié de ses M semMabtes , si nouS' roulons que » Dieu ait pitié de nous. Je tiens ^ de mettre une assez jolie somme n dans les langes de ce petit aban-^ ^ donné; ceux qui s'en cbargeront, >y trouveront là de* quoi pourvoir %^ au moins^ à ses premiers besoins.
n Si Ses parens sont cbré tiens , ils le n réclameront sans doute un jour.
»' J'ai &it ce que j'ai dû, et je ne puis
M faire davantage; Bleu conduira ici w quelque bonne ame qui fera le » reste. Mets cette corbeille t là de » ce côté ; qu'elle soit bien en vue ^ y^ et partons; je suis plus léger de » quelques louis; c'est un malheur, ^ et je n'y ai nul regreU » Nicolas
COURS DE if0a4LB. tSl
répondait rien^ parce qu'E était tout stupé&dt : la corbeille stur les 1 bras ^ il regardait Fenfant .^ et puis le surintendant^ et ne pouvait croire ce qu'il entendait. ^~ Monseigneur , dit-il enfin ^ je n'ai pas bien compris*; n c^est dans la voiture qu'il faut mettre cette petite ame , Monseigneur veut remmener chez lui ; quel plaisir d'élevetr une si gextfille créature.
Le surintendant ;était fort embar«* rasséj enfin il prit son parti ^ et dit d'un ton assez ferme , non ^ cela ne^e peut pas , j'ai déjà un grand nombre d'enfans à moi , cpi remplissent ma mai^n : il est dit dans les SaintesEcri- ^ tînmes : 4< Ne donnez pas ^e pain de )^ vos enfans à des chiens;» c'esl>-à*< dire à des étrâmgers. — Mais ne dit-* elle pas aussi , reprit Nicolas: a Que » les pauvres ramassent les miettet H qui tcmibent delà table des riclies.>>.
Dans une maison où il y a beaucoup d'eiifans j il y aussi beaucoup . de choses qui se perdent ; un yieux petit ha}>it de Fun^ un vieux chapeau «de l'autre ^ un norceau de pain de reste ^Yoilà les miettes de l'écriture ^ €t voila (;e pauvre petit babillé et nourri.
— Rien ne se perd chez moi j dit le iloyen avec humeur, ma femme est itrop sojgneuse; et toi^ tu es trop x^isonnéur* >
— Psa-dçn ., Monseigneur , mon intention n'est pas de vous offenser , je vous dis, dans la simplicité de m«n cœur et de ma conscience , ce que je ferais à votre place; TEcriture dit aussi : fK Ce que vous ferez à jH un infortuné en mon Bom, c'est 1^ comme si vous m^e le faisiez à moi« II même.» Pensez-y, M. le doyen.
^ -r £b \mx j'ai &it , et beaucoup
COtJ&S P£ IIORAIE. H^
£adt; cet enfant apportera une bonne petite somme à ceux qui le trou^ veront^dUe lesieng^eraà en prendre soinJ
— * Oh ! mon Dieu , We» plutôt 'à le dépouiller^ à le tuer^ ce pauvre innocent ! tous ne croiriez pas , Monseigneur ^combien il y a de aiécliaxis au inonde, s — îl faut se fiezvà la bonne providence^ mon ami ^^ dyb . enyerra cerv Vainement (quelqu'un d'honnête çur ce chemin,
; — Mais c'est, nous qu'elle ayait ^HYoyës:^ Monsieur ^.poturqûoi laisser è id'àu^esle 4$oin du \mn qu'on peut fyii^el Prenez-le ehee tous, Monset* gneur , je tous en prie, ^ •
— ^ Je te dis que je ne le peuic pas; \à tournée ' de mes églises est de ^i^ sâdpaines; je serais trop, .inquiet de fiàfpi arriérait 4 oepmiTre petii^
Û4 'EMrfEMCK,
pendant mon absence. Au reste.^ lu ^ me .parais fort instruit^ Nicolas^ qui t'en a tant appris ^ dit-il y pour àé^ tourner le propos ?
— C'est notre bon pasteur', Monseigneur; ahlsi seulement il était plus riche ce pauvre cher homiïie , comme je lui porterais l'enfant^ et conmie il le recevrait bien ; tuais ^ peine saplace lui donne-^t-elle de quoi -yiyre. Et la vôtre, M. le surinten-^ dant^'j....
— La mienne , la mienne n'est
pas oe qu'on croît; et, quand je t'ai dit que j'avais donné à cet enfant au-delà de mes moyens, je t'ai dit vrai : si j'en donnais autant k tous ïe%^
pauvres, je serais bientôt ruiné.
, ]!^icolas impatienté frappa du pied; sa naïve éloquence avait échoué j, i^r^ne trouviait plus i ion à dire .que te jqu'il av^t déjà ^t sans wccèa^
COURS I>Ë MORALE. * àS
Si seulement notre pasteur , ou le père Emmerick étaient là, dit-il , ils sauraient mieux que moi tous dé« cider a prendre cet enfant.
— Le père Emmerieh , ce mauvais sujet, cet athée , cet hrâtime abominable ! Je me flatte que V4yus n'avez Bul comnierce avec lui.
~- Q'est-ca que c'est qu'un atbée ^ M', le pasteur? Pardon, si je vous fais une question.
— C'est un homme qui ne croit pas en Dieu^ qui ne va jamais a l'église.
— Oh bien , le père Emimerich n'en. est pas un, je vous assure,- il ne cesse de nous parler du bon Dieuj de nous, dire que nous devons l'aimer de tout notre coeur , et faire tout le bien qui peut lui plaire; il ïious dit qu'il est partout , que le monde entier est sou temple, et que les
bomies œuvres sont le plus béait culte qaW puisse lui rendre; que fians cela il ne sert de rien d'aller h l'église , et que ^ si on en sort aussi i^n^ehmt qu'on y est entre , ee n'est que de l'iay poerisie •; ilaj oute que si on a une bonne consoîence ^ on fait fort bien d'y aller. Voila ce qu'il nous dit le bon père.; mais c'«st yrai qu'il aime mieux faire une bonne action , que d'entendre un prccbe,-^ Tenez, c'est lui qui md> rendu mnsi compa* tiss^smt^ et qui est cause que je ne veux pas abandonner ce petit. Ainsi ^ Ihlofksaigneur , vous resterez là , sir i^ous le voulez ^ jusqu'au jour du jugeaient j puisque vous refusez de servir de fère à cet en&nt^ je vais lui en chercber un., ou du m^eios le mettre en sûreté. U posa avec pré^ caution la corbeille par terre ^ et déte}a «n des chevaux. Je t'en laisse
COURS DE HORAIRE. HiJ
«rois y dit-il au domestique , à toi permis de 1^ conduire^ et d'aller toujours en aTaut; je you!S rattrape* rai bientôt. Il reprit le panier y dont il passa l'anse à son bras , sauta sur le <;beTâl dételé , et reprit la route .d'Hellerzen , nu|]igré les cris et les anenaees du pvélat%
!28~ BMtfERIC&,