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LE SURSAUT

Dans la vie journalière nombre de petites excitations sensitives et sensorielles peuvent, à condition d’être inattendues, provoquer un sursaut rapide et souvent généralisé; ce sont surtout des bruits, soudains et forts, éclatements, chute, de brusques contacts cutanés, piqûres, brûlures, aspersion d’eau froide; toutes ces causes sont minimes en elles-mêmes, mais leur soudaineté frappe le sujet. Cette réaction est souvent attribuée à la peur ou à la surprise. BIZE estime qu’elle appartient, comme le clignement et ie réflexe pilo-moteur aux réactions ressortissant de l’affectivité, et parmi celles-ci au groupe des réflexes sensorio-émotifs, suivant les termes d'ANDRÉ-THOMAS. Ce phénomène, ajoute-t-il, a trait à la défense ou tout au moins à l'avertissement et les réactions qui le constituent laissent transparaître un finalisme dans certaines attitudes d’auto-protection.

ROSETT a donné de ce sursaut une description extrêmement précise sous le nom de réaction épileptoïde normale (car il cherche, à tort ou à raison, à mettre. en évidence la succession de phases analogues à celles de la crise épileptique) : « Le sujet tourna le dos vers l’observateur et on lui demanda de relâcher les muscles le plus complètement possible. Alors, on lui fit une . chiquenaude sur l'oreille, à l’instant même le sujet prit une attitude de rigidité tonique (plus prononcée chez la femme et chez l'enfant que chez l’homme adulte, et dans certaines circonstances) … le dos se redressa, la tête se renversa, les cuisses et les jambes s’étendirent, les épaules se levèrent, les membres supérieurs se mirent en pronation, les doigts se fermèrent sur la paume avec la phalangette, phalangine étendues, ou ébauchèrent l'attitude du poing fermé, le pouce s’opposa à la paume... L'état momentané de rigidité tonique fut suivi dans à peu près la moitié des cas, par des mouvements cloniques. Ils s’observaient dans les mains et dans les doigts et ressemblaient à ceux de la choréo-athétose. Le stade de résolution fut d’une durée assez longue pour avoir pu être constaté chez plusieurs sujets.

Il durait une minute pendant laquelle, le sujet était évidemment confus et faisait souvent quelques mouvements coordonnés, mais sans but ».

MÉRIEL dans son étude sur la rigidité décérébrée considère ce phénomène comme une décérébration fonctionnelle : FREE- MANN a tenté de déterminer à quel niveau anatomique de décérébration correspondait chacune des phrases décrites; la raideur s’expliquerait par la libération des centres ponto-bulbaires, les mouvements cloniques par la libération du mésocéphale et l’état d’obnubilation par le retour lent du contrôle de l'écorce; FREE- MANN estime qu’une première phase a échappé à l'observation de ROSETT, pendant laquelle les genoux ont tendance à fléchir, l'individu à tomber flasque; c’est l’expression de l’abolition brusque de tout tonus correspondant à une décérébration bulbo-spinale.

Très voisin du sursaut semble le « réflexe spino-émotif » décrit par CAPONE en 1930 et que présenteraient certains sujets émotifs : la recherche du réflexe rotulien produit chez eux une modification de l’expression de la face, accompagnée d’un profond soupir et d’un sursaut du tronc et suivi parfois d’un certain abandon du corps.

T1 faut rappeler à ce propos que DUPRÉ a montré qu’il existait chez les émotifs une vivacité des réflexes correspondant à un trouble purement fonctionnel.

Une étude expérimentale du sursaut acoustico-moteur a été faite par STRAUSS grâce à des documents cinématographiques : l’auteur différencie également deux phases dans la réaction du sujet; en outre, son étude qui est minutieuse et porte sur un très grand nombre d'individus lui a permis de préciser les conditions physiologiques et psychiques du sursaut.

Notons que l’auteur qui avait étudié antérieurement les variations toniques, post-émotionnelles de la cataplexie cherchaiït s’il n’existait pas une hypotonie analogue chez le sujet normal soumis à une brusque excitation sensorielle, capable de provoquer la peur et la surprise.

Expérience : les réactions du sujet étaient cinématographiées alors que, non prévenu, il entendait un coup de feu tiré tout

près de lui. Les résultats différaient suivant les individus; les réactions possibles en allant des plus faibles aux plus accentuées, se décomposaient ainsi :

Occlusion des paupières, contraction des téguments abdominaux, élévation et abduction des épaules, flexion des jambes, flexion de la tête en avant, flexion du coude, pronation de l’avant-bras et inclinaison du tronc en avant, élévation de l’avant-bras.

Ces mouvements se produisaient en deux périodes successives bien visibles chez certains sujets :

— Réaction primaire : ce sont des mouvements symétriques, succédant immédiatement au bruit et se produisant en deux phases de durée égale à une seconde; dans la première phase, les membres s’éloignent du corps, dans la seconde, se produit un retour à la position primitive.

— La réaction secondaire, plus tardive, consiste en mouvements asymétriques, élévation d’un bras, rotation de la tête, qui ressemblent à des mouvements intentionnels de fuite, de protection et de guet.

L'étude de ces faits, répétée chez un grand nombre de personnes n’a pas montré de relation simple entre l'intensité des réactions et la constitution des individus observés.

La direction d’où partait le coup de feu, en avant, en arrière ou à côté du sujet n’influençait pas la réponse motrice.

Un homme endormi ne présentait aucune réaction. Chez le nourrisson se produisait le réflexe de Moro.

L'étude faite chez les sujets atteints d’affections organiques montra certaines modifications que nous verrons dans la pathologie des réactions toniques affectives. L'état affectif des malades fut étudié en se référant à leur propre témoignage : la plupart reconnaissent avoir été effrayés par le bruit, les autres au contraire affirment n'avoir rien ressenti, ajoutant même : « je n'étais pas effrayé, c'était un réflexe au bruit ». Un certain

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