CONCLUSIONS
I. — L'influence de l'émotion sur le système endocrino-sympathique a fait l’objet de nombreux travaux. L’émotion peut cependant agir sur l’appareil de la vie de relation. Bien connus sont les travaux concernant les modifications expressives émotionnelles. L'étude des modifications toniques générales paraît avoir intéressé moins les psychologues. Nous nous attachons à cette étude à partir de certaines manifestations cliniques.
II. — Les variations toniques générales post-émotionnelles existent cependant chez les animaux, chez les nouveau-nés et
chez l'adulte.
Nous exposons les réactions toniques chez l’adulte et en particulier :
1°) Le sursaut, qui correspond à une réaction infantile primaire;
2°) Le rire séparé classiquement des émotions qualifiées par son caractère d'expression primitive;
3°) Les émotions qualifiées, peur, tristesse, joie, colère.
III. — Parmi les tableaux cliniques, nous avons choisi pour cette étude les modifications tonico-émotionnelles paroxystiques et les avons ensuite comparées afin d'éclaircir les caractères généraux qui pourraient être à la base de ces réactions.
a) Parmi les phénomènes hypotoniques, le tableau le plus classique est celui de la narcolepsie-cataplexie; l'émotion est habituellement reconnue comme cause déclenchante des accès. La pycnolepsie, le Lachschlag d'OPPENHEIM, qui doivent être
intégrés dans le cadre de l’épiepsie, rejoignent ici certaines formes d’épilepsie cataplexique.
b) Les hypertonies affectives, isolées par LEVIN, ne rentrent pas dans un cadre nosologique déterminé et ont été observées dans des affections d’étiologie différentes et dues à des lésions de niveau varié. Le syndrome a été äécrit chez les animaux, en rapport avec un appoint toxique, chez l’homme, au cours d’affections musculaires (myotonies), pyramidales — rarement —, extra-pyramidales et dans les lésions diffuses du système nerveux (encéphalopathies). Trait commun dans des circonstances pathologiques aussi diverses : réaction hypertonique à certaines excitations réflexes ou émotionnelles.
c) Les crises convulsives épileptiques sont dans l’ensemble, peu influencées par les émotions, il existe cependant des cas évidents qui rentrent le plus souvent dans le cadre de l’épilepsie-réfiexe, telles certaines observations d’épilepsie musicogénique ou d’épilepsie auditive. Dans la plupart des observations le rôle de l’élément surprise, nous a paru intéressant à étudier et à valoriser.
d) Le syndrome d’automatose décrit par ZINGERLÉ peut aussi être déclenché par des facteurs émotionnels. Certains auteurs
établissent des rapprochements entre ces’crises et les crises hystériques.
IV. L'étude comparative des troubles pathologiques tonico-émotionnels montre :
a) Dans certaines affections, l'indépendance habituelle du trouble tonique et de l’émotion; dans d’autres au contraire, l’origine émotionnelle des troubles toniques est caractéristique. Il se trouve que le premier groupe correspond schématiquement aux maladies considérées classiquement comme organiques,
tandis que le second répond plutôt aux affections dites fonctionnelles. |
b) Les accès hypertoniques (hypertonie affective et épilepsie post-émotionnelle) sont, sauf exception, du type des réflexes sensorio-affectifs, ou dans la psychologie classique, du type des émotions-chocs. Les accès hypotoniques appartiennent plutôt au groupe des réflexes psycho-affectifs et à l’émotion-sentiment.
V. — La participation de ia conscience aux phénomènes émotionnels a*été également discutée à propos des recherches expérimentales sur l'émotion. Aucune localisation de ce phénomène n’est possible; chez un sujet avec un système nerveux complètement développé, l'intégration apparaît comme un phénomène global qui peut être troublé par la iésion d’un chaînon déterminé, mais on ne peut confondre la localisation d’une lésion et celle d’une fonction.
VI. — Un certain parallélisme entre les phénomènes normaux et pathologiques permet de rapprocher :
— parmi les phénomènes hypertoniques, l’hypertonie affective et le sursaut : mêmes causes, mêmes cirecnstances étiologiques, même aspect clinique;
— parmi les phénomènes hypotoniques, la cataplexie et l’inhibition des émotions et du rire.
Les accès convulsifs de l’épilepsie n’ont pas de correspondant physiologique; les manifestations comitiales répondent à des phénomènes d’inhibition ou d’excitation localisés, ou pour la grande crise à des phénomènes de libération des mécanismes inférieurs.
La dépendance du tonus et de l'émotion, évidente chez l’enfant, est masquée chez l’adulte normal, par les facteurs inhibiteurs, mais peut reparaître à la faveur d’une lésion patholo-
.gique.
Vu, le Doyen : . Vu, le Président de thèse :
BINET BENARD Vu et Permis d’Imprimer,
le Recteur de l’Académie de Paris G. ROUSSY