‹ Emotion et Troubles Toniques ParoxystiquesChapitre 44 sur 46 · MA FN · texte numérisé non relu

MA FN

nels causant la peur ou la rage: les réponses conditionnées récemment apprises étaient alors oubliées, abolies par l’émotion; au contraire, soumis à la décharge directe dans l’hypothalamus les animaux présentaient les réflexes conditionnés normalement, sitôt que le courant était coupé, comme si rien re s'était passé. L'auteur croit pouvoir en déduire que l’apparence motrice de la rage peut se produire sans expérience émotion-

nelle; l’hypothalamus jouerait un rôle de relais moteur et non de centre émotionnel.

Un certain nombre d’autres théories ont été proposées, en particulier par les auteurs italiens; parmi les théories sous-corticales, celle de BuSCAÏNO fait des noyaux diencéphaliques « les principaux centres de l’expression émotive, le primum movens de l'émotion et l’origine du tonus affectif »; les phénomènes somatiques de l’émotion sont des phénomènes réflexes, indépendants du cortex; toutefois, l'émotion, comme fait de conscience est toujours un fait cortical, dont la tonalité affective est donnée par les ganglions de la base. L'hypothèse d'HASCOVEK, plus hardie et qui n’a pas eu un grand succès, place dans ces noyaux le centre de la conscience. La critique de ces théories (rôle inhibiteur de cortex sur les émotions...) et les arguments en faveur des théories corticales ont été présentés par SALMON : pour lui le cortex serait le centre exclusif du sentiment et de l’instinct: - des imanifestations émotives auraient été observées par excita-

tions.électriques du cortex (?) ; en clinique, des lésions diffuses du cortex peuvent. produire l’abolition de l'émotion et du sentiment; BIANCHI aurait constaté dans les lésions du lobe préfrontal la perte d'émotions liées aux sentiments altruistes, tandis que l'atteinte de la zone somato-esthésique de FLECHSIG s’exprime par la perte de l’émotion liée à l'instinct fondamental, c’est-à-dire la peur, la colère. D’autre part, le lobe nré-frontal et le lobe pariétal, dans sa partie supérieure en particulier, sont des centres psychiques et kinesthésiques, ce qui concorde parfaitement avec la notion de centres affectifs. SALMON place non seulement le cortex à l’origine de l'énergie affective, mais lui reconnaît un rôle important dans l'expression émotive grâce à la présence de centres vaso-moteurs. La genèse corticale de l'énergie affective et de l'émotion n’annule pas la valeur donnée

aux noyaux diencéphaliques qui ont une influence notable sur la fonction psycho-affective, sur la régulation hypnique qui est en étroite connexion avec le tonus affectif; leur importance dans la vie émotionnelle est due à leur nature végétative : leurs propriétés sympathiques et adrénalinogènes les rendent très sensibles à tous les stimuli émotifs d’origine corticale, ils peuvent intensifier le tonus affectif. Leurs multiples rapports avec le cortex et les glandes endocrines, hypophyse, surrénale, etc. expliquent la fréquence avec laquelle l'émotion se traduit par un syndrome diencéphalique ou polyendocrinien. Les noyaux diencéphaliques sans être générateurs d'énergie affective, renforcent donc le tonus affectif d’origine corticale.

Dans une telle théorie, l'émotion naîtrait du cortex et les formations nerveuses sous-jacentes n’auraient qu’un rôle adjuvant. Beaucoup plus proche des faits semble la conception de PELLACANI qui tente de définir le rapport des formations nerveuses entre elles : les centres de la commotion nerveuse, dit-il, ne sont pas uniques ou fixes, mais il y a participation plus ou moins diffuse et intense de tous les centres de coordination inférieurs, sympathiques et parasympathiques, mimiques et musculaires; ces centres, de plus en plus complexes assurent la coordination des réflexes expressifs émotionnels et donnent comme résultante une commotion des centres supérieurs, récapitulation ou coordination corticale, dont l’aspect psychique conscient est l'émotion. Tous les centres nerveux, de la moelle au cortex sont susceptibles de réactions émotives, mais pour qu’il y ait véritable émotion au sens humain du mot, l’intervention corticale est nécessaire non seulement pour enregistrer les phénomènes des formations nerveuses inférieures, mais aussi pour être le siège de la commotion nerveuse, départ de la réaction émotive. Telle est du moins, la conception de PELLACANI, mais rien ne permet d'affirmer de facon certaine le rôle ainsi dévolu au cortex. Il est probable que le cortex joue un rôle dans la prise de conscience pleine d’un état émotionnel et de son intégration dans la vie affective. Il serait étonnant qu'il n’en soit pas ainsi chez un sujet avec un système nerveux compiètement développé. Peut-être dans l'échelle animale n’en est-il pas de même. Chez l’homme, la dissociation en cortex et sous-cortex paraît un peu

arbitraire pour l’explication d’une fonction aussi complexe. L’'intégration fonctionnelle apparaît comme un phénomène plus global, pouvant être troublé par la lésion d’un chaînon déterminé. Il ne faut pas confondre, comme l’ont montré JACKSON et MONA- KOW, la localisation d’une lésion et la localisation d’une fonction.

Le parallèle entre les variations tonico-émotionnelles normales et pathologiques a été établi par plusieurs auteurs (ROTH- FELD, LEVIN); certains phénomènes anormaux semblent une simple exagération des phénomènes physiologiques.

Si l’on envisage d’abord les hypertonies, on constate certaines analogies entre l’hypertonie affective et le Sursaut : mêmes causes provocatrices (excitation sensitive ou sensorielle brusque, accompagnée de surprise et d’effroi, mais le processus psychique reste très fruste et peu nuancé), même aspect clinique (exagération généralisée du tonus sur un fond constant d’hypertonie dans la plupart des cas, affections neurologiques dans l’hypertonie affective, hypertonie normale chez l’enfant qui prégnte une réaction de sursaut particulièrement nette), mêmes circonstances étiologiques (les deux phénomènes apparaissent d'autant plus caractéristiques qu'aucune inhibition ne les freine) : chez l’enfant, cette inhibition n’est pas encore suffisamment développée, la réaction hypertonique est globale et incoercible; chez l’adulte, le syndrome d’hypertonie affective apparaît à la faveur d’une lésion, de niveau anetomiquement très variable, mais qui atteint l’intégrité du système d’inhibition.

L'accès cataplectique a été comparé avec l’hypotonie physiologique du rire et des émotions (jambes coupées par l’émotion, bras tombant de surprise, etc..). Mais dans la cataplexie les troubles du tonus d’attitude sont plus accentués et accompagnés d’une incapacité motrice totale; ils n’ont pas l'aspect automatique et brutal d’un réflexe répondant à un stimulus extérieur, mais sont conditionnés par un processus psychique souvent très nuancé, par une émotion-sentiment. Chez l'individu adulte et normal, les variations toniques sont habituellement contenues, voire dissimulées; cependant l’expression socialisée des émotions emprunte ses éléments à l'attitude et à la mimique

spontanées : expression de l'étonnement, du deuil et de la tristesse, etc. Le couple tonus-émotion dissocié par une inhibition volontaire est alors reconstitué par la vie sociale. Dans la cataplexie, les manifestations hypotoniques, émotionnelles se produisent à la faveur d’une lésion probablement infundibulaire.

Comparons maintenant, les différents types de manifestations convulsives. La crise d’épilepsie ne paraît pas répondre à une manifestation d'ordre physiologique, elle a ses caractéristiques, ses dissociations. Variable d'aspect suivant les individus et parfois chez un même individu, elle paraît répondre à des phénomènes d’excitation ou d’inhibition localisés, ou dans d’autres cas, à des mécanismes de libération de niveau bas situé, par sidération des niveaux supérieurs. La grande crise convulsive classique semble correspondre par sa monotonie à une libération de mécanismes primitifs. Dans cette sidération des niveaux supérieurs, les processus émotionnels ne jouent la plupart du temps qu’un rôle peu important.

Au point de vue génétique, on doit opposer à ce type de crises, celles qu’on appelle les crises de nerfs. Leur aspect est variable, leurs causes de déclenchement apparentes sont immédiates et actuelles, leur aspect extérieur prend une valeur expressive. Elles nous apparaissent comme l'exploitation affective d’une situation actuelle.

La crise hystérique — la grande crise dans sa forme typique — ne semble pas avoir des causes aussi immédiates; elle est probablement constituée de mécanismes inférieurs possédant une valeur symbolique. Elle serait en rapport d’après KRETSCH- MER, avec des troubles instinctivo-affectifs dont la recherche doit être poussée jusqu’à l’enfance.

I1 semble donc que les liens du tonus et de l'émotion sont évidents chez l'enfant et dans certains cas pathologiques. Chez l'enfant toute réaction émotionnelle se manifeste aussitôt par des modifications toniques et musculaires incoercibles. A mésure que l’évolution ontogénique se produit, l’inhibition diminue la dépendance tonico-émotionnelle, mais celle-ci reparaît à la faveur d’une atteinte pathologique. Au point de vue clinique, les réactions dépendent du type et du niveau de la lésion, de la

soudaineté ou de la lenteur de l’aggression, de la situation dans laquelle elle se produit. Nous ne croyons pas cependant que toute modification tonique soit l’équivalent d’une étape primitive libérée. Les rapports tonus-émotion changent de valeur aux différentes périodes. Réaction globale de contact avec le monde et réaction contre les manifestations nociceptives au début, dia-. logue avec le monde plus tard, elle se dégage de l’automatisme primitif pour acquérir une valeur symbolique et représenter un mode d'expression des conflits.

Au début de la vie, les réactions sont assez univoques, réactions activo-défensives uniformes. L'évolution règle et freine ces réactions primitives, l’expérience crée de nouveaux rapports du moi avec le monde, le moi vit de jour en jour une vie nouvelle; mais c’est l’évolution qui valorise ces nouvelles sources d’expérience et non pas l’apparition miraculeuse de nouveaux systèmes. Liés depuis la naissance, les rapports tonus-émotion se modifient dans le temps, sans que pour cela, on puisse établir des rapports de causalité généraux de l’un à l’autre.

qi

Page 1