RAT, ES
et DELBECKE, et vers la même époque, MARINESCO et RADOVICI ont observé ces phénomènes chez une série de malades. La contracture tonique des muscles oculo-moteurs — la contracture peut parfois se localiser à d’autres régions — se traduit par une déviation forcée paroxystique des-globes oculaires; la nature organique des crises oculogyres est reconnue, elles s’accompagnent souvent de modifications réflexes ou végétatives (abolition ou diminution des réflexes vestibulaires, exagération de la vagotonie, efficacité des substances pharmaco-dynamiques). MARINESCO et RApoviCI établissent ainsi la liste des agents favorisant les accès : forte émotion, fatigue physique (fatigue des
yeux, lecture), fatigue intellectuelle, contagion mentale, imita-
tion des accès (des voisins de lit Parkinsoniens ont des crises simultanées), suggestion (faire fixer un point quelconque en l'air). Les mêmes auteurs ont pu inhiber les crises par suggestion, une injection d’eau distillée, une piqûre simple ou même les préparatifs -de la piqûre ayant la même action thérapeutique qu’une piqûre d’hyoscine. VAN BOGAERT note au contraire que chez ses malades, il n’a pu obtenir l'arrêt des crises par suggestion, ni isolement. Certains malades subissent l’action d’excitations sensitives ou sensorielle : dans l’observation 2 de VAN BOGAERT; lever, lavage de la figure à l’eau froide, éclairement brusque et intense des yeux.
L’épilepsie du moignon est constituée par des manifestations motrices qui apparaissent chez les amputés en même temps que des hallucinations douloureuses du moïgnon. ANDRÉ-THOMAS pense pouvoir la ranger parmi les phénomènes de répercussivité. En effet, les accès de trépidation, que constituent des mouvements rapides de faible amplitude, de flexion et d'extension, sont déclenchés par divers types d’excitation. Une malade observée par cet auteur eut ses premières crises trois jours après l’amputation; elles se reproduisaient sous l’influence de « tout contact, toute pression, tout effleurage du moignon, par des excitations à distance, piqûre, chatouillement, par les émotions, le bruit, l’énervement, etc..; des douleurs violentes avec illusion des amputés étaient ressenties constamment par la malade ». L'amélioration de ce cas, tout au moins en ce qui concerne l’épilepsie du moignon fut obtenue après section du scia-
RE
tique. Dans de tels cas, « la lésion initiale ne siège pas au niveau des centres, dit ANDRÉ-THOMAS, mais l'atteinte des nerfs : modifie les cellules nerveuses correspondante aussi bien au point de vue anatomique que physiologique et biologique ». L’excitabilité des centres serait entretenue par des irritations venant du moignon et d’autre part, un terrain et des conditions spéciles (hyperémotivité, hypersensibilité) favorisent de tels phénomènes.
La facon d'envisager ces divers troubles a changé; la chorée par exemple, comme nous l’avons rappelé, n’est plus considérée comme une névrose, c’est-à-dire comme une manifestation non lésionnelle; la conception actuelle admettant une atteinte anatomique permet d'expliquer de facon plus satisfaisante le mouvement choréique; mais elle ne suffit pas à justifier les modifications des mouvements par des afférences extérieures, depuis les afférences tactiles jusqu'aux afférences émotionnelles. Le problème est identique dans les crises oculogyres du Parkinsonien. Tenter d'expliquer cette variabilité des troubles par ce qu’on appelle les réactions personnelles du sujet correspond à une attitude peu scientifique en elle-même, mais il faut chercher à saisir les causes de ces réactions particu- lières à un individu donné. Des difficultés nombreuses se présentent; si nous savons que la désintégration dépasse les signes purement négatifs et libère certaines fonctions, un grand nombre de phénomènes nous échappent par la méconnaissance de l'intégration elle-même. Il est curieux de voir que la désintégration a surtout été étudiée par les neurologistes, tandis que l'intégration l’a plutôt été par certains psychologues qui l’ont envisagée sous l’angle des différentes fonctions, motrice, émotionnelle, etc; ainsi a été délaissée l'intégration dans son ensemble fonctionnel hiérarchisé en différents niveaux. Certains psychologues de l’école américaine ont, en fragmentant le problème, donné des descriptions excellentes, mais de fonctions trop isolées.
Or, il semble indiqué, au contraire, d'aborder globalement le problème. Des notions nouvelles ont été introduites récemment qui montrent que le tonus est un phénomène général.
NE ce
La distribution du tonus dans les différents segments du corps forme un tout, un ensemble dont les diverses parties ne sont pas indépendantes; toute modification survenue dans une
partie du corps, cou, membre ou segment de membre entraîne
solidairement un changement dans l’état tonique des autres parties. C’est ce qui semble résulter des travaux de GOLDSTEIN et RIESE sur les modifications du tonus induit. Ces auteurs partant des réflexes de MAGNUS et de KLEYN (toniques cervicaux et labyrinthiques) observés seulement chez l’animal et dans certaines lésions cérébrales chez l’homme ont cherché si chez l’homme normal la distribution du tonus dans les membres variait avec l’attitude de la tête et des autres membres. Ils ont ainsi constaté que chez un sujet couché, les yeux fermés, la tête tombant en arrière, les bras levés parallèlement à 45° et abandonnés à eux-mêmes tendent à dévier en bas et en dehors; si l’on fait tourner la tête du sujet, les mouvements se modifient et les membres dévient seulement du côté où est tournée la tête. L’abduction, l’adduction, la flexion passives d’une articulation des membres inférieurs déterminent des mouvements identiques des bras étendus, même la mobilisation passive des orteils entraînerait des mouvements des bras; la position des membres influe également sur celle de la tête. Ces mouvements d’abord lents et courtement saccadés deviennent ensuite plus rapides et glissants. Leur production nécessite une légère contraction des membres et non un entier relâchement: le sujet doit céder aux tendances à tout changement de position. Si durant l’exécution des mouvements involontaires, on impose une nouvelle direction au segment passif ou à un autre segment du corps, les mouvements se compliquent, plusieurs mouvements simples pouvant se combiner ou se contrarier mutuellement.
L'examen systématique de ces réflexes $erait possible grâce à quelques signes faciles à rechercher : réaction de divergence,
phénomène de pronation, épreuve fondamentale, épreuve de la persistances des positions (HOFF et SCHILDER).
Ainsi la contraction tonique, bien que permanente, est extrémement variable d’un instant à l’autre; des influences extérieures ou non diverses la modifient constamment : « circulation cérébrale, nutrition, température, influences morales » comme
EE à "0
le soulignent DuMAs et PIÉRON qui admettent que, réciproquement, le tonus est une condition de-notre tonalité affective et de notre humeur.
Qu'il existe une interdépendance entre l’état psychique et l'état du tonus musculaire est un fait assez fréquemment constaté, mais qui ne semble pas avoir été Fobjet d’une étude systématique. Il est connu qu’une activité purement mentale, telle qu’elle se trouve réalisée dans l'attention, s'accompagne d’une augmentation du tonus; malgré l’apparente immobilité du sujet, il n’y a pas relâchement, ni détente musculaire. Mais les modifications du tonus semblent particulièrement accentuées sous l'effet des variations affectives, surtout lorsque celles-ci revêtent un caractère de soudaineté et de relative brièveté; c’est le cas de la plupart des émotions. Des expressions usuelles en français et dans les langues étrangères et argotiques traduisent concrètement ces changements du tonus provoqués par des facteurs émotionnels : avoir les bras et les jambes coupés par l'émotion, être assis de surprise, etc. L’étymologie elle-même du mot émotion rappelle les perturbations motrices émotionnelles comme le fait remarquer RIBoT, qui définit l'émotion comme « un choc brusque souvent violent, intense, avec augmentation ou arrêt des mouvements »; mais s’il est reconnu que les manifestations organiques de l'émotion comportent à la fois des phénomènes végétatifs (vaso-moteurs, secrétoires, glandulaires, viscéraux...) et des modifications de la motricité et du tonus musculaire — qui seules nous intéressent ici, nous n’envisagerons pas le tonus viscéral — (voir diverses définitions : DAGNAN, BOUVERET et BABINSKI, DUMAS) ces dernières sont généralement laissées à l'arrière-plan de l’étude physiologique des émotions. Il en est ainsi dans le traité de DUMAS. Toutefois dans l’ouvrage de Renée DEJEAN, l’Emotion, l’auteur qui entend par émotion « une déroute mentale et une déficience motrice » place en tête des modifications organiques qui lui sont dues la mise en défaut de l’état tonique.
Mais que faut-il entendre par émotion ? Des phénomènes assez différents sont réunis sous ce même terme. Une distinction classique divise les émotions en deux groupes : émotion-
choc et émotion-sentiment, qui s'opposent nettement dans une description schématique.
L’émotion-choc passagère, brutale est provoquée par un événement, un fait qui heurte subitement le sujet. « Toute sensation brusque, dit GUILLAUME, donne naissance à un choc émotionnel ». Ce serait pour certains la véritable émotion, en tous cas, fréquemment elle précède l’émotion-sentiment qui la prolonge et se confond plus ou moins avec elle. La caractéristique de l'émotion authentique serait pour RIBOT « ce choc, cette rupture d'équilibre ». Psychologiquement, il s’agit d’un changement instantané, d’ « une modification rapide, presque subite de l’état psychologique d’un individu et qui détermine la dissociation des phénomènes psychologiques, la dissolution des synthèses antérieurement construites » (JANET). L’émotion-choc est donc souvent mal différenciée, peut difficilement être désignée d’un nom, mais elle comporte toujours un élément de surprise et d’étonnement.
L'émotion-sentiment plus durable suit généralement le choc émotionnel. JANET, l’opposant à ce dernier, la désigne « comme un état plus ou moins permanent, un système mental particulier s’installant à la faveur de la dissociation créée par le choc ». Elle est mieux qualifiée, mieux intégrée que le choc.
Dumas distingue trois catégories de chocs : petits, moyens et grands; les petits chocs sont provoqués par un bruit soudain (fermeture d’une porte, coup de sifflet), une expérience de laboratoire redoutée, l’offre d’un paquet de cigarettes, etc..; le sujet éprouve une surprise simple, qui ne se prolonge guère en une autre émotion. Ce sont surtout les petits chocs qui sont à la portée de la psychologie expérimentale et qui peuvent être étudiés en laboratoire. Il n’en est pas de même pour les chocs moyens et grands, et ceci pour diverses raisons; ces derniers sont, dit DUMAS, associés à l'émotion qui les continue de sorte qu'ils lui empruntent un certain sens affectif, peur, colère, joie et se confondent plus ou moins avec elle; il paraît donc assez arbitraire dans ce cas de scinder l’étude de l’émotion en deux parties, le choc émotionnel et l’émotion-sentiment ; certains auteurs confondent ces deux moments de l’émotion qu’il est souvent difficile de discriminer dans la réalité. Nous avons vu que
nie
ce qui différencie le choc, c’est sa brusquerie, la surprise créée par une situation nouvelle; mais, sauf s’il s’agit d’un petit choc assez pauvre de contenu psychique, (surprise, étonnement), il est déjà chargé d’une signification; c'est déjà la peur ou la colère. Ce n'est pas seulement une différence d’intensité qui sépare les petits chocs des chocs moyens et grands; ils apparaissent comme infiniment plus élémentaires psychologiquement et les manifestations toniques et végétatives qui les accompagnent ont toute l’apparence de phénomènes réflexes. Notre étude ira de ces faits assez simples aux phénomènes beaucoup plus complexes de l'émotion qualifiée. Précisons que nous ne cherchons pas à envisager le vécu émotionnel, ni les problèmes de l'essence de l'émotion qui font partie d’une étude phénoménologique, mais seulement le comportement dans ses manifestations motrices concomitantes à l'émotion. (Une telle concomitance signifie peut-être une évolution coordonnée dans le temps des systèmes tonico-cinétiques et affectifs.) Dans cette étude, la séparation schématique d'ANDRÉ-THOMAS, que nous avons vue plus haut, en phénomènes sensorio-affectifs et psycho-affectifs semble particulièrement utilisable au point de vue pratique; les premiers sont provoqués par une sensation indispensable à la production du réflexe et qui intervient moins à titre de perception que par l'intermédiaire de la nuance affective dont elle se teinte : surprise, saisissement, par le caractère souvent plus désagréable que douloureux de la sensation; les seconds sont purement psycho-émotifs.
Rappelons pour terminer que LOEWENSTEIN partant de considérations semblables à celles que nous avons dites concernant la variabilité du tonus en fonction des facteurs psychiques, a proposé de désigner du nom de Tonusgestalt la valeur d'ensemble du tonus : « Les modifications toniques, dit-il, accompagnent normalement non seulement chaque affect, mais aussi chaque fait de conscience; chaque affect produit une certaine variation tonique dans l’ensemble de la musculature, la variation gagnant d’un muscle à l’autre, il en résulte pour cha-