CHAPITRE V
Discussion.
Nous allons maintenant examiner les observations précédentes pour en dégager ce que l’on est en droit d'attendre de la cryogénine dans le traitement des accidents douloureux ou inflammatoires de la tuberculose.
1° Voyens d’abord les cas où elle a donné des SUCCÈS :
La cryogénine à agi à tous les degrés de la tuberculose, puisque les résultats ont été aussi bons à la période prétuberculeuse (obs. XIV) qu’à la première (obs. IL, IV, etc.), à la seconde (obs. XVI, XIX, etc.) et à la troisième (obs. IT, XVII, etc.).
Elle à agi également quelle que fût la marche de la maladie : dans les formes à évolution lente (obs. I, V), comme dans celles qui avaient une allure rapide (obs. XXI).
Cherchons maintenant quels sont les accidents qui ont été améliorés :
Dans le rhumatisme articulaire tuberculeux aigu, subaigqu, la cryogénine a eu un effet excellent, comparable en tous points à celui du salicylate de soude dans le rhumatisme franc (obs. I, IL, etc.): un jour
ET ere après le début du traitement, les douleurs disparaissent complètement ; et le second jour on constate la disparition presque complète du gonflement des articulations et des gaines tendineuses ; ce médicament agit donc sur les douleurs et sur les phénomènes inflammatoires. Cette guérison est d’ailleurs complète: on n’a pas observé de rechutes.
Le résultat est analogue dans le rhumatisme articulaire chronique tuberculeux (obs. V, VI, etc.) : quatre jours après le début du traitement, les douleurs qui se produisaient dans les genoux à la suite de quelques mouvements répétés dans ces articulations disparurent complètement ; de plus l’état de ces]ointures se modifia de telle sorte que les mouvements qui étaient très limités, devinrent tout-à-fait libres.
Les douleurs des ostéoarthrites tuberculeuses ont été parfaitement et rapidement calmées (obs. IX, X,"etc:}.
Les arthralgies, qui sont l’une des formes les plus fréquentes du rhumatisme tuberculeux, ont été très heureusement influencées par l'emploi de la cryogénine (obs. IX, X, etc.). Plusieurs fois elles ont disparu dès le lendemain ; assez souvent, elles se sont calmées le second jour, pour disparaître complètement le troisième.
Les douleurs erratiques que l’on désigne sous le nom général d'algies ont été calmées, elles aussi, quel que fût leur siège (obs. XVIII, XIX, etc.).
Nous arrivons maintenant aux douleurs à caractères névralgiques ; mais si nous avons confondu dans une même description les névralgies et les névrites
NT MES des tuberculeux, il ne nous est plus permis d'agir de même ici. En effet, certaines de ces douleurs sont améliorées, tandis que d’autres ne subissent aucun changement : c’est que la cryogénine est impuisssante contre les névrites tuberculeuses, comme nous aurons l’occasion de le dire plus longuement quand nous parlerons des insuccès.
Nous avons des observations de guérison dans des névralgies : faciale (obs. XXIV, XXV); interscapulaire (obs. X XIV) ; thoracique (obs. XXIIT). Ce résultat n’a d’ailleurs été obtenu qu’au cinquième jour du traitement.
Nous n'avons malheureusement pas pu nous procurer d'observation de céphalée.
Au point de vue de l'iris, nous ne pouvons rien dire de précis: l’observation XXV a en effet été prise rétrospectivement ; elle nous donne un succès très net au point de vue des douleurs périorbitaires qui accompagnaient l'inflammation oculaire, mais ne nous donne aucun renseignement sur l'influence que la cryogénine a pu exercer sur la DAAEODE de cette inflammation.
2° Passons maintenant aux INSUCCÈS.
Nous n’en trouvons pas la raison dans la’ marche de la maladie puisque l’évolution était très lente chez la malade de l’observation XX VI, tandis qu’elle était rapide dans un autre cas (obs. XXVII).
Peut-être y a-t-il des sujets réfractaires à l’action de ce médicament, maisce n’est là qu’une hypothèse.
Nous trouvons l’une des causes, sinon la cause unique, de ces insuccès dans les lignes suivantes que
pu)
M. le professeur Carrière a eu la grande amabilité de nous écrire à ce propos : «Je dois à la vérité de dire que dans trois cas (sur cinq insuccès), l’autopsie révéla l'existence de névrites périphériques. La cryogénine me semble donc active sur les algies simples, inefficace sur les algies névritiques. »
3 Etudions maintenant le MODE D'ACTION de la cryogénine dans le rhumatisme tuberculeux. Demandons-nous quel temps lui est nécessaire pour agir ? Combien de temps se prolongent ses effets ? Et de quelle façon elle agit ?
a) Rapidité. — L'amélioration se produit au bout d’un temps un peu variable, semble-t-il, suivant les manifestations rhumatismales que l’on combat. Elle s’est fait sentir quelquefois dès les premières heures, et toujours en tous cas dans les quarante-huit heures qui suivent l’administration de la cryogénine, sauf dans les douleurs à caractères nettement névralgiques qui n’ont été calmées qu’au bout de quatre à cinq Jours (obs. XXIII, XXIV).
Le plus grand facteur de cette variabilité parait être la sensibilité différente de chaque individu à l’égard de ce médicament.
b) Durée de l’action. — Parmi les rhumatismes arüculaires, les uns ont été guéris définitivement ; chez les autres, les poussées sont devenues beaucoup moins nombreuses.
Les douleurs des ostéo-arthrites, et les manifestations du rhumatisme abarticulaire ont été guéries définitivement chez certains malades (obs. X, XXI, etc.); elles se sont reproduites chez d’autres après une
PART ts période assez longue (obs. XVII) ; chez les autres, enfin, elles ont réapparu trois ou quatre jours après la cessation dela cryogénine, c’est-à-dire aussitôt après sa complète élimination (obs. XIX, XXIV, etc.).
Il ne nous a d’ailleurs pas été possible d'apprécier les raisons de ces différences.
Mais, chose importante à constater, la cryogénine s’est toujours montrée efficace quand on l’a ordonnée à nouveau dans ces cas de rechutes.
c) Mode d'action de læ cryogénine. — Nous croyons que l’on peut expliquer par un mécanisme unique l’action de la cryogénine dans les rhumatismes articulaire et abarticulaire tuberculeux.
Cela est possible si l’on admet la théorie suivante comme pathogénie des rhumatismes infectieux, et du rhumatisme tuberculeux dans le cas particulier : la toxine tuberculeuse en agissant sur les nerfs périphériques donné les algies ; quand elle porte ses effets sur les nerfs des articulations, elle détermine des troubles de la sensibilité, et des troubles trophiques tels que les épanchements articulaires.
Cette manière d'envisager le rhumatisme articulaire infectieux, n’est autre chose que la combinaison de l’ancienne théorie névrotrophique avec la théorie infectieuse actuellement adoptée. Elle est d’ailleurs analogue à la pathogénie du rhumatisme chronique déformant formulée par MM. Teissier et Roques (trophonévrose infectieuse due à l’imprégnation de la moëlle et de ses enveloppes par le cryptogame de la moisissure des murailles se produisant sur un terrain prédisposé). Elle est conforme enfin à l’idée du pro-
sé fesseur Poncet qui pense qu'il peut s'agir «d’une toxémie locale, ou encore de lésions articulaires dépendant d'une infection bacillaire du système nerveuæ, central, périphérique ».
Si l’on admet cette pathogénie, on comprend que la cryogénine, en agissant sur les nerfs, guérisse les troubles de la sensibilité et les troubles articulaires. Nousavons d’ailleurs vu qu'elle est impuissante contre la névrite; par conséquent, quand la toxine aura lésé trop profondément les nerfs, les troubles de la sensibilité et les troubles trophiques articulaires persisteront, malgré l’emploi de ce médicament.
Quelle est maintenant l’action de la cryogénine sur les nerfs ? Agit-elle sur les nerfs ou sur les centres nerveux ? Ce sont des questions que nous ne sommes pas en état de résoudre.
4 Doses. — On ne peut pas déterminer de doses absolument précises, étant donnée la plus ou moins grande sensibilité des sujets à la cryogénine.
Le mieux paraît être de donner le premier jour une dose assez forte, de 0,75 cent, à 1gr. 50, en trois prises. On continue pendant quelques jours avec des doses plus faibles, de 0,30 à 0,75 cent.
Il est inutile de prolonger pendant trop longtemps l'administration de ce médicament: il vaut mieux l'interrompre au bout de quelques jours pour en recommencer l'usage si les troubles venaient à se reproduire.
I faut d’ailleurs bien se rappeler que, dans certains cas, principalement dans les névralgies, l'effet ne se produit qu'au bout de quatre à cinq jours. Il ne
NT faut donc pas se décourager; et l’on doit continuer l'administration de la cryogénine à une dose assez forte, de 0,60 cent. à 1 gr., et même 1 gr. 50 jusqu’à ce que l’on ait obtenu l'effet recherché. On diminue alors la dose jusqu’à 0,20 cent. que l’on continue pendant quelques jours.
Si les manifestations rhumatismales résistent malgré tout, on doit supposer qu'il s’agit de névrites.
Chez les enfants, on emploie des doses un. peu moindres, de 0,20 à 0,60 cent.
On donne la cryogénine en cachets de 0,15 à 0,50 centigrammes.
On peut encore employer la pommade suivante en frictions :
LE SU DU EEE PE A RTE 30 gr.
Cryogéniner. uen", 5 gr.