‹ Emploi de la Cryogénine: Contre le Rhumatisme TuberculeuxChapitre 8 sur 27 · ACTION PHYSIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE

a) Absorption et élimination ; toæicité. — L’'absorption se fait rapidement par la muqueuse gastrique. Les études de Couraud ont montré que la cryogénine n’est pas transformée dans l'organisme ; elle est éZminée en nature par l'urine dans laquelle on peut l’isoler et la faire cristalliser. Quant à la durée de cette élimination, elle est variable suivant le mode d’administration. Avec une dose unique, la cryogénine s’élimine très vite: elle apparaît dans l’urine une heure aprés l’ingestion, quelquefois moins, et a complètement disparu en général au bout de trente heures; elle peut être prolongée jusqu’à la quatre-vingt-dix-huitième heure quand la perméabilité rénale est diminuée. Avec des doses répétées, l'élimination est beaucoup

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plus lente, et peut se prolonger, chez l'individu sain, jusqu'à la quatre-vingt-dix-huitième heure après l'administration de la dernière dose. La lenteur relative de l'élimination après l'administration répétée de la cryogénine nous conduit à examiner les questions de l’accoutumance, de l'accumulation et de la tolérance. En général, l’usage même prolongé de la cryogénine ne produit pas l'accoutumance : Couraud en rapporte, il est vrai, quelques observations, mais le professeur Carrière n’a vu s'établir ce phénomène que chez quelques tuberculeux qui avaient employé ce médicament pendant plusieurs mois.

L’accumulation existe dans une certaine mesure comme le prouvent les faits suivants : 1° Si on donne des doses très faibles, l'effet recherché ne se produit qu’au bout de quatre ou cinq jours ; 2° avec la méthode des doses répétées, l'élimination est prolongée jusqu’à la 98° heure après l’ingestion de la dernière dose.

Tous les auteurs s'accordent à dire que les faits d’intolérance constituent des exceptions. Tout en reconnaissant que ce médicament, pris aux doses ordinaires, n’est pas dangereux, nous ne pouvons pas dire qu’il n'offre aucun ennui ; ajoutons d’ailleurs que ses avantages surpassent ses inconvénients. On n’a jamais constaté de nausées, de vomissements ni de douleurs épigastriques, ni de frissons. On a signalé deux cas de collapsus chez des tuberculeux très avancés, à l'égard desquels on n'avait peut-être pas agi avec assez de prudence.

Il y a une augmentation assez forte de la sécrétion sudorale, qui s’atténue d’ailleurs avec l'usage du

ns médicament. Plusieurs malades ont éprouvé une sensation d'ivresse ; on connait deux cas d’érythèmes cutanés, et un cas de troubles visuels.

La toxicité de la cryogénine est. très faible : MM. Lumière et Chevrottier ont constaté qu’un lapin de ? kil. 429 qui avait reçu 2 gr. 47 de cryogénine par kilogramme de poids vif, résista et survécut; les cobayes ont résisté à des doses intra-veineuses de 0.50 centigr. par kilogramme de poids vif. Gélibert et Carrière ont refait ces expériences et obtenu les mêmes résultats, montrant que ce corps est fort peu toxique pour les animaux chez qui on a expérimenté.

b) L'action antiseptique est faïble ou presque nulle. Il faut atteindre la dose de deux pour cent pour empêcher la putréfaction du sang. Et l’on n’entrave complètement les cultures du bacterilum coli commune, du bacille d'Eberth, du staphylocoque qu'avec des solutions à 1 0/0.

c) Action sur les différentes fonctions de l’orgarusme. — Digesüon. — La cryogénine ne trouble pas les digestions artificielles 7 vitro. Elle ne modifie pas la sécrétion gastrique, même par un usage prolongé de doses de 0.30 à 0.50 centigr. par jour ; elle n’exerce aucuneinfiuencesurlefonctionnementdel’estomac.Un gramme est toujours fort bien supporté par l’homme, sans nausées, vomissements, ni douleurs épigastriques ; sans diarrhée, constipation, ni météorisme. D'ailleurs, après l'administration de fortes doses de cryogénine chez des lapins, le professeur Carrière n’a pu constater aucune altération histologique de l'intestin ni de l'estomac.

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Respiration. — L'injection d’une dose de cryogénine de 1 gramme par kilogramme, en solution à 2 0/0, dans la veine jugulaire d’un chien donne un très léger ralentissement de la respiration. Chez l’homme sain, Carrière n’a trouvé aucune modification du rythme, ni de l’amplitude, ni des caractères graphiques des mouvements respiratoires.

Circulation. — Lumière et Chevrottier, chez l'animal, n’ont trouvé aucune modification dans l'intensité des battements cardiaques, dans leur rythme, ni dans la pression sanguine. Carrière a vu qu'elle n’exerce aucune action sur le caractère, le rythme, l’amplitude des pulsations radiales chez l’individu sain. Exceptionnellement on note un ralentissement du pouls, de courte durée, après administration de fortes doses. Chez les sujets sains qui ont pris plusieurs jours de suite de la cryogénine, on ne note pas cet abaissement du nombre des pulsations.

Sang. — Chez l'animal, on constate une augmentation peu considérable des polynucléaires et des éosinophiles. Chez l’homme, Carrière a trouvé que ce n’est qu'à la suite de doses fortes et prolongées que l’on constate une diminution appréciable du nombre des hématies et de leur teneur en hémoglobine. Dans les mêmes conditions, il y a une légère augmentation du nombre des leucocytes : augmentation des lymphocytes et des éosinophiles avec diminution des polynucléaires.

Nutrition. — L'administration mème prolongée

de cryogénine aux animaux, aux doses de 0.25 à

0.60 centigr. par kilogramme, n'’altère pas leur nutrition et n’amène pas chez eux d’amaigrissement.

Urines. — La cryogénine ne modifie en rien l’excrétion urinaire chez l'animal. Chez l’homme sain, Carrière a observé que le volume des urines émises en vingt-quatre heures n’est pas modifié d’une manière appréciable et constante; leur coloration est changée dès le premier jour : les urines sont fortement colorées en Jaune et laissent sur la chemise une tache analogue à celle des urines ictériques.

Le taux de l’urée augmente notablement.

Le taux de l’acide urique est d’abord augmenté très notablement pendant les huit premiers jours; puis il reste stationnaire jusqu’au quinzième jour pour se rapprocher ensuite de la normale.

Les chlorures diminuent jusqu’au huitième jour pour se rapprocher ensuite de la normale. Les phosphates diminuent sensiblement.

Jamais on n’a constaté d’albuminurie, de peptonurie, de propeptonurie, d’indicanurie, d’acétonurie dues à l’usage de la cryogénine.

Nous avons d’ailleurs vu en étudiant l'élimination, que la cryogénine est éliminée par l’urine où on la retrouve par des réactifs appropriés : on se sert d'ordinaire de sulfate de cuivre qui donne aux urines cryogéuinées une coloration rouge.

Température. — Chez l’homme sain, la cryogénine est sans action sur la température. On note cependant un abaissement peu considérable de 0°5 chez

re Os les sujets qui en ont pris pendant plusieurs jours consécutifs, mais il n’en est pas de même chez le fébricitant.

Déjà,chezle cobayetuberculeux fébricitant, Lumière avait constaté un abaissement progressif de la température : à partir de la dose de 0.005 milligr. par kilogramme, la température fut de 1° à 1°5 inférieure à ce qu’elle aurait été sans l’administration de cryogénine. Aussi son emploi comme antipyrétique s’estil vite généralisé. L’abaissement thermique débute de 1 à 4 heures après l'absorption du médicament, et se maintient pendant 30 à 48 heures.

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