‹ Emploi des injections iodoformées dans le traitement des arthrites tuberculeusesChapitre 32 sur 33 · RÉSULTATS · texte numérisé non relu

RÉSULTATS

La plupart des chirurgiens qui ont employé la glycérine 1odoformée dans le traitement des ostéo-arthrites tuberculeuses, se montrent satisfaits. Depuis dix ans, cette méthode est devenue courante en Allemagne, elle semble être adoptée sans conteste par la plupart des chirurgiens allemands.

Mickulicz, Brunns, Krause, Trendelenbourg, Angerer, Lucke, etc., lui donnent la première place dans le traitement des ostéo-arthrites tuberculeuses. Quelques-uns mêmes vont jusqu'à parler d’une action spécifique exercée par ce remède sur les bacilles et les tissus tuberculeux.

En Amérique, Senn, Bryant, Whitmann, Sayre, Taylor, s’en proclament aussi partisans.

Il semble qu’en France son usage se soit beaucoup moins étendu ; les observations sont relativement peu nombreuses, et, seuls, Redard et Calot semblent l’employer d’une façon courante.

La glycérine iodoformée se présente donc avec de bonnes recommandations. Elle a cependant des adeptes plus tièdes et même des détracteurs.

Ainsi Kæœnig, d'après Henlé, tout en utilisant la

pe glycérine iodoformée en restreint les indications, et Riedel va même jusqu'à dire que son efficacité est nulle, et que les succès qu’on lui attribue sont le fait du traitement conservateur tout entier.

Ceci posé, il semble qu'il devrait être facile de rendre compte par des chiffres de la valeur de la glycérine 1odoformée, mais on va voir qu'il n’en est rien ou que du moins, s'il est possible d'arriver à certaines conclusions, celles-ci n’ont pas la précision mathématique que l’on pourrait souhaiter.

La cause en est dans la très grande variabilité d'évolution et de gravité de l’ostéo-arthrite tuberculeuse.

Les faits que l’on a apportés à l’appui des injections sont de 3 pour 100.

1° Il y a d’abord des cas de tuberculose articulaire, considérés comme graves, justiciables, semble-t-il, d’une grosse intervention, telle que, amputation ou résection, el qui ont guéri après usage de la glycérine iodoformée, tel celui rapporté par Trendelenbourg au congrès des chirurgiens allemands de 1890, où une ostéo-arthrite tuberculeuse, justiciable d’une amputation, fut guérie de cette façon.

Un grand nombre de faits de ce genre seraient assurément émouvants, mais nous verrons plus loin, dans les statisques intégrales, qu'il n’en n'est pas toujours ainsi.

D'autres donnent des chiffresen bloc, d'après lesquels ils auraient vu des ostéo-arthrites tuberculeuses, traitées par cette méthode, guérir dans une proportion de 50, 60, 80 pour 100. Mais il faudrait savoir quels

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résultats donnent comparativement les autres modes de traitement, employés suivant les mêmes principes, dans, le même milieu, par le même chirurgien.

D’autres encore viennent dire que les injections de glycérine leur ont permis de réduire dans de fortes proportions les cas qui leur semblaient apparemment justiciables de la résection, mais il faudrait savoir comment ils comprenaient alors les indications des opérations sanglantes, et les résultats qu’ils apportent pourraient démontrer simplement que le traitement conservateur peut être poussé plus loin qu'ils ne le croyaient d'abord, et cela ne démontre pas l’action de la glycérine iodoformée.

Enfin, quelques auteurs nous ont apporté des statistiques intégrales, tel est le travail, de Henlé, qui comprend tous les cas traités à la clinique de Mikuhez pendant un certain nombre d'années, soit en tout cent soixante-sept cas.

Cet auteur arrive aux résultats suivants, pour les cas traités avec la glycérine 1odoformée : 70 pour 100 de cas favorables, sur lesquels 25,8 pour 100 ont conservé la mobilité de l’articulation, 33 pour 100 sont notés guéris, mais avec une réduction plus où moins complète des mouvements, les autres ont été seulement améliorés, et ont dû subir ultérieurement des interventions le plus souvent de peu d'importance, grattages, excisions partielles, quelques-uns des résections typiques.

Ces chiffres semblent au premier abord assez favorables ; cependant,en les regardant de près, on voit qu'ils ne peuvent servir qu'à établir les résultats du traite-

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ment conservateur en général, et qu'ils ne prouvent pas la supériorité des injections de glycérine iodoformée.

En effet, beaucoup de ces malades ont été traités par des procédés mixtes, ainsi, en associant aux injections la stase veineuse pratiquée par la méthode de Bier, et les cas qui ont été traités exclusivement par l’une ou l’autre méthode, bien qu'ils indiquent un pourcentage un peu plus favorable en faveur de la glycérine iodoformée, ne sont pas en assez grand nombre pour que cette conclusion paraisse inattaquable.

De la statistique intégrale de Henlé, on ne peut déduire que deux choses : c'est que la glycérine 10doformée n’est pas la panacée que l’on a dite et qu’elle demande assez souvent des opérations correctrices, et qu’elle échoue encore dans 30 pour 100 des cas. Il ne faut donc plus parler de l’action spécifique de l’iodoforme, d'autant plus qu’on arrive à des résultats presque aussi beaux par des méthodes, comme la stase veineuse, qui ne prétendent pas être spécifiques.

Les faits personnels que nous rapportons sont encore trop récents et trop peu nombreux pour que nous puissions baser sur eux une opinion personnelle. Nous avons vu guérir rapidement un malade qui, traité antérieurement par l'ignipuncture et l’immobilisation, semblait être en voie d'aggravation, et ce malade est actuellement guéri depuis plus de quatre mois et travaille de son bras. Ce cas avait laissé une bonne impression dans l'esprit de M. Nové-Josserand et l'avait déterminé à employer sur une plus grande échelle ce procédé de traitement.

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Depuis, cette impression favorable a persisté. Plusieurs hydarthroses du genou, plusieurs ostéo-arthrites du coude etdelatibio-tarsienne sont rapidement fondues sous l'influence combinée de la glycérine iodoformée et de l’immobilisation, et ceci paraît suffisant pour jusüfier notre thèse qui a surtout pour but d'attirer l’attention sur ce moyen peut-être trop négligé.

Le cas de la fillette qui dut subir ultérieurement la résection intra-épiphysaire du genou n'est pas une objection valable, car il y avait des lésions osseuses graves qui eussent nécessité tôt ou tard l'intervention, et on eût peut-être pu éviter les accidents qui se sont produits, en attendant quelques jours après le redressement, pour faire les injections.

En somme, notre impression est la suivante : les injections de glycérine iodoformée sont sans inconvémients si l'on prend les précautions que nous avons indiquées; elles paraissent agir au moins aussi bien, sinon mieux que les agents employés ordinairement. On peut donc les essayer au cours du traitement conservateur ; et si elles continuent à donner des résultats aussi satisfaisants que ceux que nous avons mentionnés, il ne nous paraît pas douteux qu’elles constitueront un véritable progrès dans le traitement des ostéo-arthrites tuberculeuses, surtout chez les enfants.

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