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Emploi des projections lumineuses dans l'enseignement primaire‎

Nous n’avons pas à plaider ici la cause de l’enseignement par les yeux. Il y a longtemps qu’elle est gagnée. Rien ne peut, dans l’enseignement, remplacer ce que l’on a vu; les choses se gravent d’une manière bien plus profonde, bien plus durable, bien plus exacte. Le souvenir, en un mot, est plus puissant et plus fidèle. Ce mode d’enseignement exige en outre moins d’efforts et à une époque où la multiplicité des connaissances à acquérir menace de devenir si considérable, on serait bien blâmable de dédaigner des procédés qui permettent d’apprendre plus avec moins de peine et moins de fatigue dans un temps beaucoup moindre.

En projetant sur un tableau blanc des images qui frappent par la beauté et la netteté, et dont les dimensions peuvent varier suivant les besoins et la grandeur du local, on facilitera l’enseignement d’une façon notable.

« Parler aux yeux, dit M. Félix Hément, c’est encore

parler à l’esprit. Il arrive quelquefois, comme on dit familièrement, que ce qui entre par une oreille sort par l’autre, tandis que si les yeux sont frappés en même temps que l’oreille, indépendamment du plaisir qu’on fait éprouver à l’auditeur en lui montrant ce dont on lui parle, on pénètre jusqu’à son esprit par ces deux ouvertures qui y donnent accès, l’œil et l’oreille, et on l’atteint ainsi plus sûrement. La projection d’un dessin.est à la leçon ce que les illustrations sont au texte d’un ouvrage ; elles l’éclairent et le complètent. Le professeur analyse un phénomène que l’élève voit pour ainsi dire se produire sous ses yeux et dont il suit les diverses phases, guidé par la parole du maître, comme le voyageur regarde les paysages et les monuments que lui montre son guide. Le professeur décrit-il un objet : machine, outil ou appareil, un dessin représentatif, considérablement agrandi est aussitôt projeté sur un écran; il en sera de même pour la description des organes des êtres vivants, pour celle des infiniment petits, pour les détails microscopiques des diverses parties du corps des animaux, etc. » On pourra ainsi mettre de la gaîté dans l’enseignement, y introduire quelque chose d’utile, qui cependant repose et distrait, en un mot, instruire en amusant.

« L’appareil à projection, dit encore M. Félix Hément, que nous nous plaisons à citer à cause de sa compétence dans la question, n’est pas, à vrai dire, un appareil nouveau, c’est l’ancienne lanterne magique considérablement améliorée. Elle ne sert plus exclusivement à montrer aux tout jeunes enfants des scènes attendrissantes ou terribles, elle permet d’exposer aux regards des adultes étonnés et charmés les merveilles de la na-. ture. Elle ne contribue pas moins à l’instruction des grands qu’à l’amusement des petits. Nollet avait prévu ce double usage ; il voulait que la lanterne magique fûl

l’auxiliaire du professeur, mais la crainte d’être taxés de puérilité, de ne pas être considérés comme des hommes sérieux, fit reculer les hommes d enseignement, et c est de notre temps seulement qu’on est revenu de ce préjugé et que l’appareil à projection est devenu l’accessoire habituel de toute leçon. Il n’y a pas que le professeur de sciences qui l’emploie; le géographe, le voyageur, l’historien l’empruntent pour montrer la carte des pays, le théâtre des événements, les paysages, les portraits d’hommes célèbres, les produits des diverses contrées ; le fabricant pour faire connaître son outillage, les matières premières et ouvrées ; l’artiste, pour exposer des monuments, des tableaux , des statues. Toute leçon comporte des projections. »

« Ajoutons que la photographie a permis d’étendre considérablement l’enseignementpar les yeux; elle en est le complément indispensable , car aujourd’hui , non seulement on reproduit les portraits, les monuments et les paysages, mais on obtient encore l’image fidèle et détaillée des corps célestes, des infiniment petits et même des phénomènes naturels qui sont saisis sur le vif et instantanément. » .

« L’enseignement ainsi égayé est particulièrement propre à ceux qui n’ont pas de loisirs suffisants pour une étude approfondie des choses et qui néanmoins désirent se tenir au courant des nouveautés de l’art et de la science. Il facilite en outre singulièrement la tâche du maître et permet à tout homme qui sait une chose de s’improviser professeur ou conférencier, c’est-à-dire que cet enseignement peut et doit être répandu partout, jusque dans les plus humbles villages ; là surtout, il est appelé à rendre les plus grands services en substituant des 'notions utiles et exactes aux préjugés qui régnent et qui font le plus grand mal. j>

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