INDICATIONS DE L'INOCULATION PURULENTE
L'inoculation a d'aulant plus de chances de succès que l'affection est plus prononcée. Contrairement aux autres méthodes, elle réussit d'autant mieux que les lésions sont plus étendues.
A l'origine, les indications étaient fort précises dans leur restriction ; on ne devait inoculer que les malades porteurs de pannus doubles, généralisés, rebelles aux autres traitements. Peu à peu celte rigueur a paru excessive : l'an dernier, M. Abadie, dans un article publié par les Annales d'ociilistique, proposait de pratiquer l'inoculation dans des cas de pannus même légers et s accompagnant d'ulcération, en prenant la précaution de modéier l'ophthalmie provoquée, par la cautérisation deux fois par jour avec la solution de nitrate d'argent au 30^
M. Abadie a eu l'occasion d'appliquer ces idées dans un cas de pannus léger, limité au tiers supérieur de la cornée ; à ce niveau se voyait une ulcération d'environ trois millimètres de diamètre.
Une perforation se produisit, <3t finalement un leucome adhérent occupa le quart supérieur de la cornée, siège de l'ancienne ulcération. La vision ne fut pas absolument compromise; grâce à la création d'une pupille arlificielle, le résultat fut même assez satisfaisant pour que M. Abadie se propose de renouveler celle tentative à l'occasion.
L'exemple ne nous semble pas encourageant.
Dans une de nos observations (XXIP) l'inoculation fut pratiquée pour un pannus granuleux, partiel, traité sans résultat depuis plus de 4 ans. Notons qu'il n'y avait pas la moindre ulcération cornéenne, et que l'ophthalmie purulente fut énergiquement traitée dès le début par le caustique lunaire et les applications de glace en permanence. On ne put éviter cependant la perforation qui se produisit au troisième jour.
Les contre-indications tirées de la transparence partielle, de l'ulcération de la cornée sont donc très-fondées et doivent être maintenues.
La bilaléralitè des lésions est-elle une condition indispensable pour pratiquer l'inoculation ? C'est l'opinion de M. le professeur Panas qui considère comme des remparts \ illusoires toutes les mesures prises en vue de préserver l'œil sain. M. Warlomont recommande aussi de s'abstenir en pareil cas, pour ne pas s'exposer à perdre l'œil sur lequel le malade peut compter le plus.
Bon nombre de faits prouvent que l'oplithalmie inoculée peut rester unilatérale, et cela sans précautions bien compliquées. Dans plusieurs, on se contente de faire des recommandations au malade (Poucet, Dujardin, Terrier).
Abadie s'est très bien trouvé de l'appareil monocle du D"" Maurel, composé d'un verre concave-convexe, enchâssé dans une garniture de caoutchouc qui s'adapte aux parties molles péri-orbitaires.
Après une série de cinq inoculations où la contagion ne s'est pas effectuée, malgré l'absence de précautions spéciales, nous venons d'observer au dispensaire de la faculté li-
bre de Lille, un cas moins heureux que nous relatons à la fin de notre travail et qui, à nos yeux, justifie toutes les réserves faites pour ces cas de pannus unilatéral.
L'inoculation est contre-indiquée dans les staphyloines très prononcés : la cornée, dans ces conditions, est tellement amincie que sa perforation serait la conséquence presque fatale de l'ophlhalmie purulente.
D'après ce que nous venons de dire, les indications do l'inoculation sont assez restreintes, celles du jequirily le sont beaucoup moins : les pannus partiels, ulcérés, peuvent être justiciables du remède brésilien et s'en trouver très bien. La contre-indication tirée de l'unilaléralité des lésions n'existe plus ; l'œil sain jouit pendant l'évolution inflammatoire d'une sécurité absolue. L'expérimentation démontre en effet que l'inociilalion avec les produits de l'ophthalmie jequiritique ne donne qu'une réaction très peu intense et, le plus souvent même, avorte complètement.
Cette considération est assez importante, dans les cas de pannus unilatéral, pour trancher la question en faveur du jequirity et faire irrévocablement abandonner l'inoculation purulente, si réellement il y a identité d'efficacité dans leb inoculations végétale et animale.
Les faits nous ont prouvé que cette identité n'existe pas.
L'inoculation purulente n'agit pas seulement sur le pannus; elle étend son action curative à toute l'étendue de la muqueuse conjonctivale.
t Dans tous les cas où la succession des phénomènes,
suites de Finoculation, s'est déroulée sans entraves chez des individus atteints de granulations,quelque volumineuses et quelque anciennes qu'elles fussent, les granulations ont toujours disparu quand la blennorrhée oculaire avait parcouru ses périodes.» WarIoQiont.(Ann.d'ocul. t. XXXIII).
Aussi est-il inutile de traiter préalablement les granulations, quand on a Tintention d'avoir recours à l'inoculation pour guérir le pannus. Si l'on recourait au jequirity, ce serait indispensable, pour peu que les lésions conjonclivales fussent développées.