In Ann, crocul., mai-juin
L'ophlhalmie jequirilique offre donc des caractères tout à fait spéciaux ; on a cherché en vain à provoquer une ophlhalmie analogue par loul autre agent. On a essayé par exemple l'infusion du tabac (Alcon), et on n'a obtenu que la vascularisation de l'œil comme si on avait fait usa2;e d'un caustique. Badal, à Bordeaux, a fait faire une solution de cantharidine au miUième dans l'éther acétique. Un seul badigeonnage de cette substance produit un enduit croupal sur la conjonctive, mais il ne s'en suit pas qu'on puisse assimiler la conjonctivite jequiritique à la conjonctitivite cantharidienne : en effet la cantharide agit comme résicant violent, tandis que la macération de la plante brésihenne est complètement dépourvue, non-seulement de causticité, mais même de toute action irritante immédiate. 11 faut plusieurs heures pour que le ferment se développe et donne lieu à des phénomènes inflammatoires.
Un fait à signaler, c'est que l'action du jequirity sur la conjonctive s'éteint au bout d'un certain nombre d'applications sur la même personne. Il n'est rien de surprenant, s'il s'agit d'une véritable inoculation, à ce que le ferment végétal finisse par épuiser le terrain et le rendre impropre à son développement et à sa prolifération.
MODE D^AGTION DU JEQUIRITY
Une macération trop ancienne de jequirity finit par perdre complètement son activité ; de même la décoclion de graines est absolument inerte.
Ces constatations firent dès le début supposer que le principe actif du jequirity n'était autre qu^un ferment organisé. Des travaux récents tendent à prouver que cette hypothèse est conforme à la réalité des faits.
Les recherches chimiques faites sur les graines n'ont pas permis d'isoler de ferment soluble.
M. le professeur Saltler (d'Erlangen) a fait du jequirity, au point de vue de son principe actif, une étude approfondie dont nous allons reproduire sommairement les points principaux.
Pour arriver à déterminer l'agent de l'ophthalmie jequiritique, M. Saltler a successivement élucidé les questions suivantes :
Existe-t-il dans l'infusion une forme déterminée de micro-organismes s'y retrouvant constamment ?
L'infusion perd-elle son action quand on en écarte ces micro-organismes?
Les produits de culture, portés sur la conjonctive, peuvent-ils y déterminer l'ophthalmie caractéristique ?
1° La macération renferme, en quantité tout à fait prépondérante, un bacille sous forme de corps cylindrique, d'un aspect opaque, homogène, ayant 0.58 d'épaisseur et cà peu
près 2.5 à 4.5 i^-de longueur. La plupart de ces corps exécutent, dans le champ de microscope, des mouvements de rotation ôu de progression très rapides.
Les bâtonnets se multiplient rapidement, par voie de segmentation, et s'agrègent à la surface sous forme d'une couche opaque. Près des pôles, on observe à ce moment une substance foncée, constituée par des spores, ces spores résistent énergiquement aux agents de destruction.
La température la plus convenable au développement du bacille est celle de 34° à 36° ; son isolement dans le macéré est alors aussi plus prononcé que dans toute autre condition. Les autres micro-organismes qu'on trouve ordinairement dans les macérations végétales, ne se rencontrent qu'exceptionnellement ici et toujours en très petite quantité. Le véritable élément de la putréfaction, le hacteriiim termo, ne se développe pas dans le macéré au contact de l'air.
A l'abri de l'air, c'est le bacterium termo qui prend le dessus dans la lutte pour Texistence; le bacille jequiritique est donc essentiellement aérobie.
Dans un ballon étiré en pointe et fermé au chalumeau, il ne se forme pas de pellicule, indice de la pullulation des bâtonnets. Vient-on à briser la pointe, le contenu répand une odeur de putréfaction très prononcée et les bactéries pullulent.
Si on livre accès à l'air lorsque le travail de la putréfaction est à peine commencé, le bacille de jequirity se multiplie aussitôt et les bactéries de la putréfaction disparaissent du hquide.
2° Pour stériliser le macéré, M. Sattler l'a soumis à
Carettet o
l'ébullition pendant une demi-heure, ou encore il a eu recours à l'addition du thymol dans la proportion de 1/1000. Dans ces condilions, la solution devient inactive, le bacille n'apparaît pas, les ensemencents faits avec des parcelles du liquide, dans des milieux appropriés, restent stériles.
L^addition d'autres antiseptiques se montre beaucoup moins efficace : ainsi l'iodoforme, le sublimé, même en solution concentrée, ne font qu'atténuer l'action pathogène de la préparation jequiritique.
3° M. Satller a réussi à cultiver le microbe du jequirity et à le poursuivre pendant de nombreuses générations, notamment dans la gélatine de peptone d'extrait de viande. Ces produits de culture, inoculés dans le cul de sac conjonctival à des lapins^ ont donné naissance à la conjonctivite croupale qu'on voit survenir à la suite de badigeonnages avec la macération elle-même. L'intensité est moindre, mais les caractères essentiels de l'ophthalmie sont exactement reproduits.
La conclusion de ce qui précède est que les propriétés pathogènes du jequirity sont bien dues à un élé.'nenl figuré.
Quelle est l'origine de cet élément?...
On stérilise la macération de jequirity, par Texclusion de tout germe atmosphérique, en la renfermant dans des tubes de verre préalablement portés à l'incandescence et bouchés avec du coton. Les germes ne sont donc pas prirai'.ivement dans les graines mais viennent de l'atmosphère.
Le bacille jequiritique ou du moins un organisme morphologiquement identique à ce dernier se développe en
proportion Ires considérable dans les macérations de pois à 1 pour 100. Ce bacille et ses cultures sont inaclifs.
M. Sattler conclut de ces faits que le microbe jequiritique est un parasite inoffensif très répandu qui, déposé dans la macération jequiritique, y acquiert des propriétés physiologiques nouvelles, celle notamment de se développer au niveau de la conjonctive en y déterminant les phénomènes réactionnels que nous connaissons.
Étant donnée la nature microbienne de l'ophthalmie jequiritique, son mode d'action sur le processus Irachomateux doit être rapproché de celui qui tend à être admis pour l'inoculation blennorrhagique.
D'après une communication récente de M. Sattler au congrès d'Heidelberg 1881 (1), l'ophthalmie granuleuse est une affection parasitaire, possédant un microbe susceptible de culture dont les produits sont capables de donner naissance à la maladie là où ils sont déposés.
On tend à admettre, d'autre part, que la blennorrhagie est due à la présence d'une bactérie spéciale, dont le développement et la multiplication au niveau de l'œil sontcor-
1. La découverte des micro-organismes dans le trachome devait faire songer à l'emploi des parasiticides ; c'est ainsi que, depuis quelques mois, le Dujardin a essayé de combattre la conjonctivite granuleuse par des badigeonnages avec une forte solution de sublimé corrosif (1/100), alternant les pansements, une fois avec la solution de nitrate d'argent, la fois suivante .avec du bichlorure de mercure. Il sera intéressant de voir par la suite si les yeux ainsi traités échapperont mieux aux récidives que ceux qui n'ont été soumis qu'aux caustiques. On pourrait employer les badigeonnages avec le sublimé seul, mais le nitrate d'argent paraît supérieur dans la période aigu ë de l'ophthalmie granuleuse.
rélalifs des désordres déterminés par rinoculaiion, c'esl-àdire par l'implanlalion de cet organisme sur le sol conjonclival.
M. Dianoux (1) (de Nantes) a réussi à culliver dans l'humeur aqueuse du pus blennorrhagique recueilli dansl'urèthre et sur la conjonctive ; il obtint de superbes généralions de microbes. Les inoculations sur la conjonctive d'un lapin de ce liquide de culture donnèrent des résultats négatifs. Les mêmes expériences, répétées avec le pus blennorrhagique pur, prouvèrent que le lapin est réfractaire à la blennorrhagie.
M. Dianoux se propose d'expérimenter sur l'homme, quand l'indication se présentera, un produit de culture très dilué.
En résumé, trois micro-parasites trouveraient isolément dans le milieu conjonctival leurs éléments d'existence et de multiplication ; mais ils ne pourraient y végéter simultanément. Par l'ophtlialmie jequiritique comme par l'oph- Ihalmie blennorrhagique, le terrain sur lequel s'est développé le processus trachomateux est stérilisé et rendu incapable de fournir les éléments nécessaires au développement de la conjonctivite granuleuse.
Celte interprétation est vraisemblable et conforme aux idées actuellement en faveur sur la nature des maladies virulentes. Nous n'attachons cependant pas une importance majeure à la théorie qui pourra être controuvée par des echerches ultérieures. Ce qui est cliniquement incontesta-