Emprunt Icarien de un million de francs
Il y a huit mois que le Fondateur d'Icarie , le vertueux Gabet nous était subitement enlevé par une maladie de quelques heures ; et ses disciples réunis à Saint-Louis, se trouvaient au lendemain de sa mort dans la plus effroyable position qu'on puisse s'imaginer : dénués de ressources pécuniaires, privés de mobilier, la plupart encore sans travail, ils arrivaient dans une grande ville , à rentrée de Thiver, avec près de ^0 enfants , quelques malades et des vieillards incapables de produire un travail fructueux ! C'est dans cette situation qu'il leur fallut procéder aux obsèques de celui en qui reposait toute leur confiance. Qu'y aurait-il eu d'étonnant si, à ce moment, la Société Icarienne se fiit dissoute ? î>i'étaitce pas ce que ses ennemis espéraient et ce que beaucoup de ses amis redoutaient ? Cependant beaucoup aussi conservaient respoir que nos Frères se montreraient à la hauteur de leur mission et ne trahiraient pas la confiance qu'on avait en eux. Nous étions de ce nombre , bien que nous connussions mieux que personne , et leur situation d'alors et les difficultés qu'ils
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aulaient à vaincre. Mais nous connaissions aussi le courage et !e dévoûment de ces homnies d'élite , qui avaient tout sacrifié à l'amour de la justice, et nous avions confiance en rintelli- * gence et au courage des chefs qu'ils avaient choisis au pre" mier moment. Eh bien! nous le disons avec joie, ils ont les uns et les autres dépassé nos espérances , ils ont fait mieux et plus vile que nous n'osions le supposer !
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Huit mois sont à peine écoulés depuis ces tristes jours que ' nous venons de rappeler , et déjà tout a changé d'aspect. L'aisance et un bien-être relatif ont remplacé pour eux la misère du moment, et de vastes horizons s'offrent aux regards satisfaits des Icariens, et leur montrent la réalisation d'Icarie comme la récompense prochaine et assurée de leurs efforts et de leur noble dévoûment.
Le présent assuré par une bonne et solide organisation de leur industrie, ils ont tourné leurs regards vers l'avenir. Confinés dans une grande ville, nos Frères pouvaient, grâce à leur association, à l'emploi des machines, etc., se créer une existence facile , impossible aux travailleurs isolés. Mais ce n'est pas là leur but, ce n'est pas pour une vie matérielle plus ou moins bonne et luxueuse qu'ils ont quitté leur pays. C'est l'ambition d'acquérir la gloire d'être les fondateui s d'une Société nouvelle , les initiateurs à une civilisation supérieure qui, en rapprochant l'homme de sa destinée future, le fera entrer dans une sphère de connaissances et de jouissances inteilectuelles et morales connues seulement jusqu'à nos jours par les hommes supérieurs que nous reconnaissons tous comme les précepteurs et les guides du genre humain; c'est celte noble ambition qui fait les héros et les martyrs, qui a guidé et soutenu nos Frères dans leurs malheurs ; c'est elie qui a fondé la Société chrétienne, c'est elle qui fondera la Société Icarienne ou fraternelle : c'est la foi qui transp orte les montagnes!
En entrant de nouveau dans le champ de la réalisation , les Icai iens de Saint-Louis ont voulu ouvrir la voie à tous ceux qui sont de cœur avec eux, sans pouvoir y être encore en personne. Ils ont voulu qulcarie ne soit pas seulement la propriété de quelques-uns , mais bien celle de tous ceux qui désirent sincèrement une amélioration sociale ; pour rendre possible Fexécution de leurs désirs , ils viennent de décider que le capital social de la Communauté serait représenté par des obligations de cent francs et de vingt francs, afin de les mettre à la portée de toutes les bourses, mais nous leur laissons la parole et nous reproduisons la loi qui autorise cette combinaison. Nous 1(1 faisons précéder de l'exposé des motifs du Président de la Communauté, le cit, Mercadier.