DÉMOCRATES ET ICARIENS NOS FRÈRES
" L'immense majorité de la grande famille humaine est pauvre, souffrante, malheureuse; nous parlons de cette partie qui travaille à la sueur de son front; qui, par son savoir, son expérience, son habileié et son industrie, crée l'abondance et les éléments de toute jouissance, de tout perfectionnement et de tout progrès. Et pourtant, ce n'est point là la loi delà nature, dont les richesses et les trésors inépuisables suffisent pour tous; et qui nous a donné la raison et l'intelligence pour nous partager ses bienfaits, ainsi que les peines dont ils sont le prix.
» Nous, travailleurs de toutes les classes, (|ui sommes du
nombre des deshérités, des pauvres, des souffrants et des malheureux, nous avons le plus grand intérêt à faire cesser nos souffrances et nos malheurs, de remédier au mal, d'améliorer notre sort,
» Dans ce but, nous avons recherché, examiné et étudié les idées, les projets, les systèmes que les réformateurs, les hommes de pensée, les philosophes de tout âge ont proposés; et, après avoir pris connaissance de tout ; après avoir vu les déchirements et les bouleversements politiques de la société d'aujourd'hui, après avoir vu les gouvernements renversés et remplacés par d'autres qui leur ressemblaient, après avoir vu le Peuple s'épuiser sans cesse dans de vains efforts, nous sommes arrivés à la conclusion que la Communauté, telle que l'a enseignée le digne Cabet, est le seul véritable remède capable de nous porter secours.
>) L'essai de cette Communauté a été fait à Nauvoo pendant huit années, sous la direction de celui même qui en était l'auteur et l'âme; nous y avons vu beaucoup de dévoûment, beaucoup de revers, beaucoup d'obstacles ; et, en dernier lieu la division, le désaccord, la retraite de la Minorité, la mort du Fondateur d'Icarie et la position critique de ses vrais disciples.
M Mais, malgré cet échec, la Communauté n'est ni moins excellente ni moins possible; l'expérience conflrme, non seulement sa praticabiiitéj mais elle en indique la voie et les moyens.
)) Ayant à combattre le plus puissant et le plus redoutable des ennemis, l'individualisme, la Communauté de Nauvoo a succombé par la nouveauté de l'entreprise, par l'inexpérience. Il s'agissait avant tout de créer, de produire; pour cela il fallait l'union qui suppose l'esprit de fraternité, la raison, l'instruction) les bonnes mœurs et les bonnes habitudes; il fallait
en outre le zèle pour le travail, l'intelligence et l'instruclion professionnelle, la science et l'expérience des affaires; et un grand nombre des premiers Icariens n'avaient que l'enthousiasme (J'une belle idée; ils rêvaient la grandeur, la gloire, un avenir brillant ! Et quand les nombreuses difficultés , les obstacles et les inconvénients inséparables de toute colonisation , en pays étranger et avec des moyens si insuîBsants, ont ramené les esprits exaltés à la réalité, l'ardeur s'est refroidie, les illusions ont disparu et aux élans des sentiments généreux ont succédé le découragement, le désappointement, l'égoïsme, les erreurs et les mauvaises habitudes que la vieille Société avait laissés s'enraciner trop profondément dans les cœurs. Ainsi les malheurs de ia Communauté n'étaient nullement l'effet de ses principes ; mais ils étaient la conséquence naturelle des égarements de l'individualisme à qui le manque d'expérience l'avait livrée,
> Aujourd'hui, l'essai est à recommencer; mais quelle différence entre le début de la Communauté de Nauvoo et celui de Saint-Louis! le premier enthousiasme aveugle, les illusions, les rêves de gloire et de grandeur , ont fait place à une assurance calme, éclairée, réfléchie; les erreurs, les déceptions, les malheurs, les sacrifices du passé ne sont plus la source du découragement, mais autant de leçons utiles ; les obstacles, les privations, les écueiis n'effraient plus, on s'aKend à les rencontrer, et on se prépare à les éviter ou à les vaincre; enfin, l'expérience, le progrès, les idées, les habitudes et les mœurs qu'une vie commune de huit années et les principes de fraternité, de morale et d'ordre ont formés, donnent aux Icariens de Saint-Louis une foi profonde dans l'excellence et ia praticabilité du système Icarien, la ferme résolution de rester à leur poste, de se dévouer à sa réalisation, et la conviction du succès final de leurs efforts.
» Cette convicîion se fonde sur les heureux résultats de ia
nouvelle marche qu'ils dut prise et suivie constamment depuis six mois. Quoique dépouillés de tous leurs biens par da prétendus frères, leurs cO-religionnaires et co-associés, quoique proscrits et presque sans ressources au commencement de l'hiver et au milieu d'une grande ville commerciale dont ils ne connaissent pas la langue, entourés de l'individualisme et de dissidents hostiles, et perdant, dans ce moment suprême, l'homme de leur confiance, leur guide et leur chef, les Icariens de Saint- Louis sont aujourd'hui plus unis, plus fermes et mieux à l'aise que jamais. L'esprit public veille parmi eux avec vigueur sur le maintien et l'exécution de leurs principes. L'Assemblée générale, digne dans son maintien, calme dans ses délibérations et unanime dans presque toutes ses décisions, montre dans ses nouvelles lois, sa conviction profonde, sa ferme résolution de marcher en avant, son énergie et en même temps sa modération et sa circonspection. Le travail, que le zèle et l'ardeur des travailleurs, le bon accord et l'union rendent productif, suffit à leur existence ; le logement, la nourriture, le chauffage et le vêtement, sont généralement déjà plus satisfaisants qu'ils ne l'ont jamais été à Nauvoo.
)) Cependant, quelque favorables que soient les auspices sous lesquels se présente l'avenir dlcarie, il lui faut un élément essentiel; ayant été dépouillée entièrement, elle manque des moyens d'un développement rapide. Il lui faut des terres, des bestiaux, des wagons, des outils, des ustensiles d'agriculture, des machines, etc. Si ce qui nous manque est beaucoup, ce n'est pas tout; il peut être diflicile de ramasser de l'argent; mais l'organisation, l'union, l'esprit public, la foi et la conviction que nous avons, ne s'achètent pas à prix d'argent ; ils sont le fruit d'une expérience longue et pénible, et la partie la plus difflcile de l'entreprise !
» Pour ces avances, le travail de la nouvelle Communauté ne peut pas encore sufûre; i! faut du secours et un secours suf-
fisanî et sans reiard; le temps presse, les circonstances som précieuses.
» Nous espérons avoir du crédit et de longs termes pour acheter de bonnes terres avec tous les avantages de communications faciles; mais pour commencer, pour assurer le succès, pour ne rien compromettre ni dans le présent ni dans l'avenir, il faut donc des ressources pécuniaires, il faut une avance, c'est pourquoi nous nous déridons à décréter un emprunt, et à demander le plus promptement possible la réalisation d'au moins 50,000 francs.
» Il s'agit d'une grande et sainte cause : de la cause des pau. vres, des malheureux, de la cause du progrès, du bonheur universel ! En tout temps, les grandes choses ne se sont accomplies qu'avec beaucoup de peines, de difficultés, et de sacrifices.
» Nous ne craignons pas de nous adresser aux vrais démocrates, ainsi qu'à tous ceux qu'animent les idées du progrès humanitaire. Les vrais amis de la Démocratie, à laquelle notre entreprise peut faire faire un grand pas, ne sauraient-ils pas se résoudre à un eflbi t dans l'intérêt de la cause populaire ? L'oppression a bien ses armées, la superstition ses temples et ses apôtres ; la raison, la liberté, la Démocratie n'auraientelles pas assez d'amis pour se fonder une patrie avecdes moyens comparativement si peu considérables? . i'moVh noiîB3il6î)i
» Le moment d'épreuves est venu pour le peuple Icarien : quant à nous, Icariens de Saint-Louis, nous nous engageons à mériter de plus en i)lus le liire de Soldats de l'armée humanitaire; pour les Icariens du dehors, pour les véritables amis du vénéré Cabet, un généreux effort, et nous vraincrons î... Icarie se relèvera plus grande, p|us belle que jamais. Les Icariens de Saint-Louis invoquent l'approbation et le concours énergique de tous les hommes généreux* des vrais Démocrates-
et des communistes de tous les pays, et leui' demandent la réalisation de l'emprunt que voici :