‹ En Allemagne; de Hambourg aux marches de PologneChapitre 21 sur 46 · BAMBOU KG · texte numérisé non relu

BAMBOU KG

Je dis  un vieux Brémots :

— Oa m'assure qu'il a'y a plus lutte entre HambouTg et Brème... Est-ce vrai?

11 se met à rire :

— C'est la mode, en effet, à préseat, de dire qu'il n'y a pas d'antagonisme entre Brème et H"™'"'—™ Gela vient d'un biîsoin enfantin de fairf

pour rire.

Et il m'explique qu'au contraire c'est i gâanls. Deux colonies saxonnes se sont sur cette côte, également hardies et bi royalement dotée par ta nature qai l'incommensurable richesse de l'Elbe, contraire, mal servie par la mer marâtre la Weser. Et malgré tout, Brème lutte, e Hambourg partout où cela est possible, dans le domune où l'activité et l'intellig peuvent sufQre.

— N^urellement, le tonnage de Ha plus important, puisque les produits de I magne loi arrivent par l'Elbe pour rex[ que les produits du monde entier lui yi( mer pour être distribués en Allemagne j voie. Hais en cecpii coaceraeles passagers coton, Brème dépasse Hambourg — et di

c Par la vitesse de ses paquebots, Br Hambourg, en juin 1904, avec le recon Wilhelm II qai couvrit la dislance deBi York en 5 jours H beurcs et 58 minuti 5Gé milles en ÎS beures 10 minutes. Def Compagnie Hamburg'Amerika fait la dé vitesse après tout n'est pas le but pou elle; mais le confort. Une trop grande

trépider les navires, etc., etc. Ils sont trop verts!

c En attendant, le Lloyddi la vitesse et le confort >

Brème est jalouse de Hambourg et méprise < ces parvenus ». Elle se considère, et elle a raison, comme plus polie, plus noble, plus c chic >. Elle a conservé davantage les traditions de la Hanse; Hambourg, plus cosmopolite, plus mêlée d'israélites, possède un plus grand nombre de gens d'affaires de qualité. A Brème, il y a peu de c tètes >. Le jour où le Lloyd tombera, le port tombera aussi. Aussi la Hamburg-Amerika veut-elle tuer le Lloyd. La lutte se circonscrit en somme entre Ballîn et Wiegand.

Hambourg, suivant son plan, a aidé Emden à se développer. Emden, situé à Tembouchure de TEms, sur la frontière hollandaise, et qui n'était rien il y a quelques années, est maintenant en train de devenir un port de premier ordre où les bateaux hambourgeois font escale et desservent Thinterland qui demeurait jusqu'à présent Tapanage exclusif de Brème. Désormais, grâce aux communications directes qu'on établit vers Cologne, Francfort et le Sud, le port d'Emden, aidé de la Compagnie Hamburg-Amerika^ va étendre son rayon d'action dans le domaine de Brème, l'Oldenbourg, le Hanovre, la Westphalie, la Hesse, etc.

En attendant, Hambourg a accaparé le pétrole; le sucre, le café n'existent pour ainsi dire plus pour Brème, qui lutte encore pour le tabac; pourtant, si le trafic de la nicotine ne diminue pas à Brème, il augmente à Hambourg. Le coton est resté à Brème, le riz également.

Je crois que Brème s'est taillé un habit trop grand pour son corps; elle a atteint son point mort et ne

peut progresser. Les Compagnies de navigation ont fait des progrès énormes, il est vrai, mais le commerce n'a pas prospéré dans la même proportion. Les progrès n'étant pas naturels, doivent s'arrêter. Les affaires s'y transmettent du père au fils; mais il ne se crée plus de maisons nouvelles. On déserte, on émigré à Hambourg.

Et enfin, les Hambourgeois reprochent aux Brêmois d'être Irop prudents pour leurs capitaux.

Ce n'est donc pas une dispute en l'air, une concurrence passagère, des froissements occasionnels réparables qui séparent les deux cités. C'est un antagonisme réel qui se révèle par des crises brusques, parfois très aiguës, auxquelles, de plus en plus, il devient difficile de donner des solutions rapides et satisfaisantes; le fossé se creuse et, du jour où une volonté impériale, à laquelle on ne saurait rien refuser des deux côtés, aura disparu, on peut compter sur la guerre des tarifs.

On lit au fronton de la H amburg- America Linie la fière devise : c Mein Feld ist die Welt > (Le Monde est mon champ). C'est un blason féodal et rien n'est plus parvenu, plus bourgeois que l'administration qui s'anoblit ainsi. Le Norddeutscher Lloyd représente la noblesse maritime allemande, la Hamhur;- America Linie un groupe de financiers, de trusteurs. Et Hambourg même a bien les deux courants : ceux qui rêvent de grouper sous un même titre toutes les entreprises maritimes, de les fonctionnariser, et ceux qui, pensant qu'il est dangereux de mettre tous les

œafs dans un même panier, préfèrent respecter dans tontes leurs manifestations l'indépendance et l'esprit d^initiative de chacun. Pour beaucoup, Baliîn est le Monstre à Tégal de Bismarck,

La plus grave des querelles date de deux ans; on eo profita pour mettre à nu toutes ses blessures, pour étaler tous ses griefs :

Hambourg a^ait sa ligne régulière, la Kosmas^ desservant le Chili, le Pérou, toute la côte orientale du Pacifique jusqu'à San Francisco. La Kosmos s'était rendue insupportable à tout le monde par la brutalité de ses chefs. Et c'est si vrai que des Hambourgeois même (les maisons Fôlsch etWeberpour les nommer) font partie de la Roland de Brème. Brème voulut avoir également sa ligne sur le Chili et le Pérou, et créa la Roland; mais comme l'aliment de la place était insuffisant, Brème résolut d'escaler à Hambourg et aussi à Anvers que dessert également la Kosmos de Hambourg. Ce fut alors un beau bruit. On apprit en effet que, si la Roland Linie de Brème avait à sa tète rimporlant armateur H, G. Horn, de Schlesvng, dans son conseil d'administration se trouvaient des membres du Norddeulscher Lloyd. Une polémique des plus violentes s'engagea par journaux entre les deux villes; un t unparleiischer Hamburger i^, qui cachait mal un Brêmois, ou peut-être un indépendant, ouvrit le feu dans un journal du pays.

D'autre part, la Hamburg-America, ayant des intérêts dans la Kosmos^ voulut se défendre et syndiqua toutes les compagnies de Hambourg. La lutte commença, terrible... Les maisons de commerce ellesmêmes se mirent de la partie. Ce syndicat avait ramassé 16 millions pour la lutte. On envoyait au Chili

IIAUBOURG ITS

des Tramp Dampfer, c'est-à-dire de vieux bateaux sacriûés, où le fret était donoé pour rien ou presque rien. Toula coup elle s'arrêta : l'Empereur était ialfirvenu, les deux adversaires, comme Olivier et Roland, avaient compris une fois de plus l'ioulilité de se combattre. El ils s'arrangèrent pour espacer leurs voyages sur cette ligne, les organiser successifs au U»" '*'> '"o faire simultanés et concurrents. Hambourg : senti à laisser vivre la Roland qui ^continue i. Hambourg et à Anvei-s. Brème avait donc faction.

Au cours des pourparlers, l'Empereur fut dire aux Hambourgeois un mot sévère — i

— L'Elbe, sacliez-ie, messieurs, o'esl fleuve bambourgeois, mais un fleuve allemf mer est à tout le monde.

Je lis cette remarque :

— On dit pourtant que l'Empereur a une pour M. fialiin, qu'il ne Êiit rien sans le coi

— C'est exagéré... M. Plalé est aussi appelé en consultation par l'Empereur que b

Brtoe reproche encore à Hambourg, oi le Norddeatscher Lloyâ àla Hamburg-Amerii des'être ingérée dans les affaires de La Plala. currence à mort était engagée entre la 1 Sûdamerikaniscke D. S. et C. de Freitas et i ligne du Brésil ; Freitas succomba, et, pour n à h lutte, la Hamburg-Amerika Linie acheta continua les services de concert avec la i

Sûdamerikanische D. S. et s'immisça dans les autres services de la Compagnie, notamment celui de LaPlata. Le Norddeutscher Lloydy qui était déjà dans la place, se plaignit de celte concurrence, à quoi la H.-A. L. répondit qu'elle avait mis fin à une lutte fâcheuse entre deux armements dont le N. L. avait aussi à souffrir, puisqu'il a également une ligne sur le Brésil.

La H, -A. L,j qui entretient depuis longtemps un service sur Cuba, se plaint que le N. L. ait également établi une ligne dans cette direction sans la consulter et lui ait ainsi soufflé le fruit de longues années d'efforts.

Brème se plaint que Hambourg ait fait tous les efforts possibles et imaginables pour lui enlever son marché de coton, et Hambourg demeure muet à ce sujet.

Hambourg a le premier organisé les voyages de plaisir, les croisières de luxe. Dès que Brème vit les heureux résultats de cette initiative, elle voulut aussitôt prendre sa part dans cette exploitation fructueuse ; ce n'est que par des compensations de toute nature et le paiement d'une somme annuelle assez élevée que Hambourg put avoir le champ libre. Et cependant, malgré la promesse formelle de cesser toute concurrence, la C'** Brèmoise désigne des vapeurs réguliers comme bateaux de luxe et d'excursions.

LaZf.-A. L. a découvert la première l'importance de Cherbourg sur la route de New- York et y a escale. Aussitôt le N. L. de mettre ce port dans son itinéraire. De même Plymoulh.

Les relations avec Philadelphie furent inaugurées par la/f.-A. L. Le N. L. se mit aussitôt sur les rangs.

Enfin la H.-A. L. établit de concert avec le i Cari

Stangen Bureau > une agence de voyages. Aussitôt le /V. L. s'entendit avec des Anglais, Gook and Son, pour fonder une c Welt-Reise-bureau Union > malgré son engagement de se désintéresser des voyages de plaisir.

Un autre coup de Brème : des armateurs brémois ins* tallent des comptoirs à Hambourg qui drainent le fret. Au moyen de chalands, ces marchandises sont conduites à Brème où les grands bateaux les chargent pour TAmérique, TAuslralie, le Brésil, l'Argentine, la Chine, les Indes, Cuba I

Hambourg riposte :

— N'avons-nous pas un port assez grand? Et des quais suffisants ? Nous ne voulons pas vous voir chez nous.

•^ C'est de bonne guerre, répond Brème. Nous sommes des commerçants et des marins et nous prenons notre fret où nous pouvons.

D'autres conflits analogues se passèrent pour le Levant. Brème dressa devant la Levante Linie une Compagnie brèmoise, Y Atlas. Les deux finirent par se mettre d'accord — sur notre dos, — et c'est main«> tenant Marseille qui pâtit.

Nous voici donc exactement renseigné. M. Ballin cherche maintenant l'appui de Brème et de quelques indépendants de Hambourg. Pour lutter contre la Wœrmann Linie de Hambourg, desservant la côte d'Afrique et disposant pour ainsi dire d'un monopole, on a créé ces derniers temps la Bremer-Hamburger^ Westafrika Linie et Ton va escaler à Brème dont on espère un bon concours ^

1. Entre temps une autre solution est intervenue : La H.- A» L a trouYé plus simple de s'associer avec la maison Wœrmann pour l*Ouest Africain.

— Dans tout cela quel est i^intérèt de rAllemagiie ? qu*en pense Guillaume II ?

— Je crois que tout le monde est d'accord — Hambourg eicepté — qu'il ne Tant pas laisser tuer te plus petit. Hambourg deviendrait trop puissante^ La concurrence est bonne, il faut qu'elle dure.

— Et le canal du Rhin à l'Elbe? Ne serait-il pas un mauvais coup pour Hambourg ?

— Oui. Je pense que Brème saurait en tirer parti.

— Ce canal est-il réalisable?

— Très réalisable. Nous objectons bien qu'il sera gelé pendant les mois d'hiver, mais pas plus que nos canaux, et même que l'Elbe où, les années de grand froid, nous devons prom<ener des brise-glaces. Nous prétendons aussi qu'il coûtera cher — mais Brème s'offre à aider l'État de sa poche large ouverte. Yoici cm de nosgros arguments : si Ton veut favoriser le trafic du Rhin à TElbe, il serait plus simple de diminuer les prix de transport par chemins de fer sur les lignes ^i vont du Rhin à TElbe. Car les villes qui se trouveront dans le rayon du canal sans être exactement sur ses bords, qud bénéfice en tireront-elles? La marchandise aura été portée jusque-là, déchargée dans les bateaux, transportée à une antre partie du canal, puis transbordée de nouveau sur la ligne du chemin de fer! Toute œtte main-d'œuvre sera ruineuse. Et le commerce ne saurait profiter d'une telle combinaison... D'ailleurs, il n'est pas voté, œ canal...

— Si, jusqu'à Hanovre.

— Mais il n'est pas fini... Et je m*en rapporte à Ballin...

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Une phrase caractéristique trouvée dans un journal harnbourgeois :

( Si les Harnbourgeois se donnaient la peine que se donnent les Brêmois pour Teitension de leurs af- Taires, il y a longtemps que Brème aurait disparu }.

On ne peut rien dire de plus flatteur aux riverains de la Weser.

(SUITE

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