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Chine, les États-Unis, qui débordent de céréales, auraient les premières flottes marchandes du monde, ce qui n'est pas le cas. Par contre, la Norvège, le Danemark, la Hollande, l'Espagne, la Grèce, n’auraient que des flottes minimes, ce qui n’estpasle casnon plus, bien au contraire ! On peut donc dire, d’une facon œénérale, que la nationalité des marchandises n’a rien à faire avec la nationalité des navires qui les portent. Cette règle, vraie actuellement, sera un Jour contredite. Le protectionnisme à outrance — et fatal — imposera de lourdes charges aux pavillons étrangers, quand les nations seront assez fortes pour être maïitresses chez elles : ce sera un retour au fameux Blocus continental de Napoléon. Mais nous n’en sommes pas là encore...
€ En attendant, ce qu’il faut pour avoir une marine, ce sont des capitaux, et des hommes; le reste vient tout seul : des capitaux pour construire des navies, des docks, ettout l'outillage moderne des ports ; des hommes pour entreprendre. Or, vous n'avez, en France, en ce moment, ni argent, n1 hommes.
€ J’ai l'air de faire du paradoxe ?
€ Pas d'argent, au pays des bas de laine?
€ Non, pas de cet argent hardi, utile, fécond, qui consent à Saventurer sur mer. Pas d'hommes. C’esta-dire pas d'état-major d’armateurs, de courtiers maritimes qui, par leurs capacités éprouvées, leur intelligence des affaires, leur esprit d'initiative, leur prestige, en somme, attireraient les capitaux. Or, si vous n'avez pas cela, vous n’avez rien. Un grand orateur a dit : « Ne regrettez pas l'argent, ce n’est pas € lui qui fait les hommes, mais les hommes qui le « font. »
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« Commencez donc par former des hommes. Car toutes les lois que votre Parlement pourra voter ne serviront de rien. »
Voici comment parla M. Z...:
— Les industriels français manquent d'initiative. Vous avez des avantages énormes dont vous ne savez pas tirer parti. Ainsi, s'il ést une branche de la consommation mondiale dont la France soit encore maîtresse absolue, c’est la mode! Si là, au moins, vous profitiez de votre indiscutable suprématie!
« Voyez ce qui se passe à Paris dans les grandes
chapelleries pour dames. Tous les ans, des commus-
voyageurs allemands vont les visiter, leur achètent, au maximum, une centaine de formes de chapeaux qu’ils payent mettons 100 francs la pièce. Les maisons allemandes en font alors confectionner par vingtaines de mille, d’après ces modèles que vous leur avez livrés pour ainsi dire gratuitement! Les fabricants français devraient refuser de vendre ces formes, et, l'heure des changements venue, envoyer des voyageurs en Allemagne et dans tous les pays d'Europe montrer ces modèles et en vendre avec leurs propres fournitures, rubans, fleurs, plumes, etc. Ce serait peutêtre un peu dur au début, car vous avez pris de mauvaises habitudes et nos marchands se mettraient à fabriquer vos formes en les imitant, mais vous pourriez toujours les devancer, puisque la mode part de Paris et non d’ailleurs. Il y aurait mille moyens de lutter. L’a-t-on jamais essayé chez vous?
« Ce que je vous dis des chapeaux, Je vous le dis
= à TE) TO]
aussi des articles de confection pour dames. Pourquoi Berlin et Breslau ont-ils aujourd’hui supplanté Paris dans ce commerce considérable? Parce que Paris vend à Berlin ses modèles que celui-ci reproduit ensuite par centaines de milliers d'exemplaires vendus non seulement en Allemagne, ce qui, au pis aller, se comprendrail encore, mais dans les pays d’outremer. Du Pérou arrivent à Berlin, dans des maisons que Je connais, des commandes de 450,000 marks. Pourquoi? Je le sais. Parce que les Français ne fournissent pas assez vite, qu’ils demandent ci 1{ Ou Six mois pour des fournitures que les Allemands livrent en trois mois ou en deux.
— Comment font-ils ?
— Ils s'organisent mieux, voilà tout. Ils multiplient leurs débouchés, ce qui leur permet d'employer un plus grand nombre d'ouvriers toute l’année. Pour trouver ces débouchés, il faut se remuer, naturellement, envoyer des gens actifs tous les ans dans tous les pays d'outre-mer, installer des représentants, elC., etc. Au lieu de cela, que se passe-t-il chez vous? Je l’ignore. Ce que je sais mieux, c’est ce que font tous mes compatriotes, qui n’est pas bien difficile. »
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Un consul français me parla ainsi des Allemands : — Voyez comment procède l'Allemand. Ses consuls le servent, mais ils n’attendent pas après lui. Des commis-voyageurs sont allés en Roumanie, l’année dernière. Ils ont rapporté des échantillons d’une foule d'objets en usage, avec l'indication de leurs prix. Gette
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année, is y retournent avec des imitations des mêmes articles, qu’ils offrent aux marchands à des prix plus bas que les autres. Figurez-vous que tous les industriels et tous les gros commerçants allemands font la même chose dans tous les pays du monde, et étonnezvous que l'Allemagne prospère,
€ En Orient surtout, son activité est prodigieuse. Et voici une anecdote assez piquante qu’on m'a racontée sur le parti qu’ils tirent des écoles françaises d'Orient.
« Quand M. Marcel Dubois, le grand géographe, alla en Turquie et en Asie Mineure fonder les Alliances françaises, il rencontra par hasard, dans les rues de Constantinople ou de Smyrne, un jeune homme parlant français. Ravi de sa découverte, il lui demande :
€ — Vous avez donc fréquenté les écoles françaises?
€ — Oui, répondit l’indigène, et cela m'a beaucoup servi. Aujourd’hui, je gagne bien ma vie. Je suis représentant d’une maison de commerce allemande.
« Voilà! Les écoles françaises servaient finalement les intérêts du négoce allemand,
« Commercialement parlant, Allemand s’internationalise plus aisément que le Français. De même que sa souplesse en fait, au bout de peu d’années, un bon Américain, un bon Vénézuélien, un Brésilien convaincu, il devient très vite un bon chef de maison anglaise ou chinoise, fidèle et zélé, si on a su l’intéresser selon son mérite. Voyez en Extrême-Orient, les firmes des maisons anglaises sont pleines de noms ailemands. Et, à côté, une quantité de maisons allemandes. Des noms français, il en existe relativement très peu, même dans vos propres colonies. On ne
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