‹ En AllemagneChapitre 107 sur 294 · TR SE A D M · texte numérisé non relu

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s’expatrie pas de chez vous. Peut-être s y sent-on trop bien. C'était l'avis de M. Henri Germain, cet homme remarquable que j'ai connu, qui se plaignait du mal qu’on a pour faire sortir un Français de chez lui.

« Leurs commis sont plus instruits de la matière commerciale que ceux de France où l'apprentissage n'existe pas. Ici, on fait deux ôu trois ans de stage vrai, pendant lesquels le jeune homme travaille, apprend, observe. Dans les bureaux français, on emploie l'apprenti à faire des courses et à copier les lettres, ce qui lui retire l'envie de s'instruire, s’il l'avait. Interrogez les jeunes gens que leurs parents envoient de France en Allemagne pour apprendre la langue, dit-on. Ils ont dix-sept ou dix-huit ans et ne savent encore rien du commerce! D'ailleurs, dès la frontière passée, la plupart ne pensent qu'à faire du bruit dans Les cafés et à courir les filles.

« Les écoles servent beaucoup l'essor allemand. L'idée des maîtres et des programmes d’études sociales, c’est la systématisation du génie commercial. On marche ici vers l’organisation idéale du travail, souci de chacun. Les meilleurs esprits de la nation vont aux affaires. Voilà pourquoi le peuple allemand est si facile à gouverner : 1l sufüt de lui faire une politique d'intérêts. Le pouvoir le sait. L’Empereur, au fond, ne craint pas les socialistes. Il laisse croire le contraire, de temps en temps, pour stimuler le loyalisme des classes fidèles. Maïs 1l sait que le parti social-démocrate est arrivé à son maximum.

« L'Allemand qui s’expatrie est travailleur el résiste au snobisme. Le commerçant anglais, même Île ‘simple représentant d’une maison anglaise dans ’Indeoul’Extrème-Orient, tientà être un «gentleman »

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qui ferme ses bureaux à onze heures, change trois {ois par jour de vêtements, le matin au bureau, à cinq heures pour le tennis, à huit heures pour le diner. Il fut trop longtemps le seul maitre et s’est enrichi comme il l’a voulu. L’Allemand, plus modeste, ou moins snob, peut se contenter de moins et consent à travailler davantage. Le « gentleman » anglais a considéré jusqu'à présent ce concurrent, à qui le smoking est inconnu, comme un employé. Il doit commencer à le voir d'un autre œil... »

— En regard de l’activité, de l'initiative verma-

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niques, voulez-vous, me dil un autre de nos consuls, 1 que je vous montre où nous en sommes chez nous? € Il existe en France une commune — je ne dirai 4 pas son nom, elle se reconnaïîtra d'elle-même, — où e depuis quarante ans se fabriquent les peignes de hi buffle. C’est là que s'alimente le commerce français, À c'est là que les Allemands se fournissaient, depuis à toujours. Dans un autre département, se trouve une A fabrique de peignes en celluloïd qui produisait aussi ‘4 des articles d’un prix raisonnable et luttait avec suc- à cès contre la concurrence allemande. On compte là 3} 100 fabriques et 2,500 ouvriers, affaire importante et | qui vaut qu’on s’en occupe. “4 « Mais, d'année en année, les Allemands se dé- 4 tachent de ces producteurs français. Pourquoi ? 4 Parce que, dans ces deux centres si longtemps “# prospères, à chaque demande de produits nouveaux "A on leur répond : « Nous n'avons que ce genre, À

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nous ne faisons pas autre chose ! » Depuis trente où quarante ans les dessins, les modèles sont restés les mêmes, ou presque, malgré les prières réitérées des acheteurs réclamant de nouveaux modèles.

Alors d’autres centres se sont constitués en Allemagne, pour lutter; ils font mieux, présentent leur marchandise dans des emballages plus propres, plus soignés, et, surtout, répondent au vœu des clients, La routine, la néfaste routine, somnolente et satisfaite de soi, dont nous nous vantons sous le nom de tradition, voilà donc le mal qui nous tue.

« Nous ne sommes pas seuls à souffrir de ce travers : les Anglais se voient actuellement bien punis de leur entêtement à vouloir imposer les marchandises de leur goût au lieu de se plier à celui des clients qu'ils recherchent. Cependant on ne trouverait pas partout un marchand d'huile d'olive comme celui de Marseille qu’une maison allemande s’est vue forcée de quitter parce qu’il se refusait à fournir une huile ayant conservé le goût du fruit.

« — Nous en avons de meilleure, répondait-1l au dépositaire, et vous la préférerez.

« — Non, protestait l’autre, c’est le goût du fruit qui plait à mes clients. Envoyez-moi celle-là.

« Îl n’y consentit jamais. Et les relations cessérent,

« Voulez-vous une histoire d’un autre genre ? Un cultivateur de Vaucluse me demande un jour de le mettre en rapport avec un marchand pour la vente de ses oignons, dont il avait, disait-1l, un stock considérable. On en manquait justement par ici. Le commerçant allemand à qui je m’adressai commanda au cultivateur méridional 5 wagons, 40,009 kilos d'oignons, au prix qu'il indiquait. C’était une bonne aflaire, et

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