‹ En AllemagneChapitre 13 sur 294 · ART À · texte numérisé non relu

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un de ces vieux hôtels comme on en voit encore tant

dans la province française, peu confortables, où le luxe moderne n’a pas pénétré. Des portraits du vieux Guillaume et du grand-père du duc actuel décoraient les murs de la salle à manger. Dehors, de temps en temps, le bruit de ferraille d’une calèche troublait le silence de la rue déserte. Le domestique de l'hôtel parlait fi ’ançais, 11 avait servi à Lille. Il nous apprit qu'on enterrait aujourd'hui un haut fonctionnaire du gouvernement et que tous ces messieurs, junker s du voisinage, venaient assister à la cérémonie. Après un mauvais déjeuner, nous sortimes.

Schwérin est extrêmement propre et nette, sans tramways, sans industries, sans pauvres, car, la ville ayant peu de ressources, les pauvres vont chercher ailleurs de l’ouvrage. Cité paisible où ne vivent qu’employés et fonctionnaires. S'il n’y a pas d'herbe dans les rues, c’est qu’on l’arrache. Les bonnes font leurs courses en chapeau à plumes et tablier blanc à bavette.

Au pied d’une colonne commémorative élevée aux soldats morts en 4870, je vois deux canons de bronze dont je m’approche. Sur l'affût noir de l’un d’eux est écrit en lettres blanches : « 48 octobre 1870 », et à côté : « fondu à Douai le 17 mars 1748 ».

Le centre de la vie à Schwérin, c’est le château et le lac. Pourtant, il n y passe personne. Le château, de style Renaissance, est situé dans une petite île entourée de bassins où nagent des cygnes, reliée à la ville par un pont. Derrière, il a vue sur le lac. Il a fort grand air avec sa coupole surmontée d’une statue aux ailes éployées, ses tourelles et ses flèches qui l’allègent, Sous la voûte d'entrée, dominée par une statue équestre et gr and-ducale qui caracole sous un bel

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arc de pierre, un poste de soldats monte la garde. On traverse une vaste cour d'honneur cireulaire qui, elle aussi, a du style, et on pénètre dans Le château par un escalier de marbre, à très belle rampe dorée. Après une enfilade de salles d’ancêtres dont les murs sont couverts des portraits de la famille depuis le quinzième siècle, vient la salle des fêtes entièrement dorée : les ornements des murs, les colonnes, le bois des meubles sont dorés, orgie d'or neuf et clinquant qui fait mal aux yeux, mais que rachète un joli parquet marqueté avec goût; puis la salle du trône, très luxueuse également, avec deux fauteuils Louis XV armoriés et surmontés de couronnes ducales, placés sur une estrade à baldaquin ayant pour fond une tapisserie aux armes du srand-due. Rien à noter dans les autres salons, c'est le mobilier banal de velours rouge ou de soie bleue; de-ci, de-là, un petit meuble dix-huitième siècle, un bonheur-du-jour, un bureau, un cabinet, tout le bric-à-brac déchu des châteaux allemands. J'ai remarqué d’intéressants portraits de Louis XV, Marie Leckzinska, Pierre le Grand, Charles XII, Louis XIV, du grand Condé, de Marie-Thérèse et plusieurs figures de la reine Louise.

On nous fait ensuite descendre dans la salle d'armes, de style gothique, remplie de centaines de têtes de sanglier, de loup, de cerf, d’élan, de trophées d'armes, cuirasses, hallebardes, épées, casques. Sur une table, une tête de bélier dont les cornes magnifiques s’enroulent en cinq ou six spirales; elle est creusée au sommet et remplie par une garniture de boîtes de vermeil qui servent de salière, de moutardier, ete. Tout ceci est très féodal.

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