‹ En AllemagneChapitre 12 sur 294 · SCHWÉRIN — ROSTOCK — LES PLAGES · texte numérisé non relu

SCHWÉRIN — ROSTOCK — LES PLAGES

Paysage mecklembourgeois. — Les chevaliers et leurs cartons: à chapeaux. — Schwérin. — Ville silencieuse. — Canons français. — Visite du châtean. — Rostock. — La municipalité. — Le port, — Gæthe chante Blücher. — Dobéran, Wismar. — Les plages de Warnemünde et d’Heiligendamm. — Plages désertes, brasseries encombrées. — La mer interdite aux pauvres.

Les deux Mecklembowurg sont un pays extraordt-naire qui conserve les restes kes plus curieux de la féodalité allemande et, on peut le dire, de toute l'Europe.

— Allez voir cela, m'avait-on conseillé. Pas de parlement élu, pas de suffrage (excepté, par endroits, le suffrage municipal). Quelques centaines de « chevaliers » et un grand-duc gouvernent 600,000 âmes et sont propriétaires de 43,006 kilomètres carrés de territoire... Allez voir cela, c'est le moyen âge.

Je me rendis done à Schwérin, la capitale, puis à Rostock, la ville 1a plus importante du grandduché.

De superbes champs de sergle, d’orge, d'avoine et

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de colza, des forêts de sapins que l’on traverse pendant des kilomètres, une infinité de lacs sans autre beauté que leur surface tranquille, des marécages bordés de roseaux et de saules, mais surtout des plaines infinies de pommes de terre. Presque pas de pâturages. De temps en temps, un héron immobile au milieu d’un champ, des compagnies de corbeaux, une grande bâtisse au toit de tuiles, aux vieux murs : le château; très peu de gros villages, car les seigneurs logent et nourrissent eux-mêmes les travailleurs des champs : tel est le paysage qui se développe de la mer à l'extrémité du Mecklembourg.

À la sortie des villes, de petits champs séparés, de haricots, de pommes de terre, de fèves ou de poIs, où s’érigent de frêles baraques en planches. Leur Journée finie, on voit des facteurs et des employés de chemins de fer avec leurs uniformes et leurs Casquettes à galons rouges piochant le petit morceau de terre qu’ils ont loué, ou l’arrosant avec lenteur en fumant leur pipe.

En approchant de Schwérin, à toutes les stations montaient des gens sans autre bagage qu’un carton à chapeau. Dans notre compartiment, un couple pénétra. Je compris bientôt que ce devait être un baron et une baronne de la contrée qui se rendaient à une cérémonie quelconque et que tous les porteurs de cartons à chapeaux se trouvaient dans ce cas. Ce couple avait un aspect moins vulgaire que celui des gens qu on rencontre tous les jours. L'homme, vêtu d’une redingote et d’un pardessus noirs, la figure rouge, la moustache jaunâtre, l'air impérieux; la femme, habillée de noir, blonde, au teint clair, les

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yeux très bleus, les cheveux coupés ramenés sur Île front, à la « chien », et, dans les traits un peu épais, des traces de cette noblesse sans majesté, mais pleine de douceur, que l’on retrouve dans les physionomios des princesses danoises.

Avant d'entrer en gare, l’homme ouvrit son carton, y prit son chapeau de soie, le brossa, s’en coïfla et mit à la place son melon. Il retira aussi deux paires de gants, une couleur sang de bœuf et une noire, plus un foulard blanc, enfila les gants noirs, mit la paire rouge dans sa poche. Quand nous arrivâmes, le hall de la gare fut envahi par vingt ou trente bonshommes dont l'allure ressemblait à celle de mon compagnon de voyage. Chacun avait sa boite à chapeau qu’il déposa à terre. Précipitamment, ts s’accroupirent, ouvrirent les cartons et firent là leur petit ménage, dans le brouhaha de l’arrivée. C'était comique. Ils laissèrent les boîtes à la consigne et s'enfournèrent par groupes dans des guimbardes retentissantes. Quelques autres, attendus par des amis, montérent sur de vieux breaks peints en jaune, derrière lesquels se tenait un valet habillé d’une livrée de pacotille beaueoup trop large pour lui. Ce faux luxe accentuait encore la piteuse pauvreté de l'équipage. Pourquoi, si on est pauvre, s'alfubler de laquais ridicules? Et, si on est riche, que n’en affiche-t-on d’éblouissants ?

À l’hôtel où nous allâmes déjeuner, nous retrouvâmes le couple du wagon. La dame tira de son sac une cravate blanche que son mari se passa au Cou, en se mirant dans une glace fêlée, puis ils partirent précipitamment.

Nous déjeunâmes dans le meilleur hôtel de la ville,

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