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ils peuvent y aller si cela leur plaît, et aussi prendre le train, s'éloigner du lieu de leur travail, vivre enfin. Et ils s’en vont par troupes.
Kœnigsberg ne vit que par la Russie, ou du moins la ville ne peut prospérer que par élle. Si la Russie est en paix, tout va bien; si le gouvernement fait de bons traités, les affaires deviennent meilleures, car c’est le port le plus proche, et ceux de Riga et de Libau gèlent l'hiver. On pénètre aussi en Russie par le Niémen et les autres rivières voisines. Pendant le blocus et pendant le siège de Sébastopol, la frontière étant dégarnie, les affaires marchaient merveilleusement — grâce à la contrebande.
Donc, Kœnigsberg n’est pas très riche, quoique, comme partout en Allemagne, la ville soit en prospérité, Une plaisanterie locale explique même que c'est la ville du monde où la vie est le meilleur marché, puisque pour ® pfennigs on a une partie de gondole, un déjeuner ct un concert : ce qui veut dire qu’on traverse le Pregel en canot pour À pfennig, qu’un petit pain coûte À pfennig, et que s’il est onze heures du matin, on entend jouer, pour rien, du haut des tours du château, dans des trompettes de cuivre, le Choral de Luther. |
Aussi, jusqu'à présent, la vie industrielle et commerciale n’a-t-elle pas atteint tout son développement pour une ville de 220,000 habitants. Comme échantillon de la grosse industrie, jy trouve une fabrique de wagons, une fabrique d’engrais, un entrepôt de chiffons, une usine de cellulose, une aciérie et, à quelques kilomètres, l’unique mine d’ambre qui existe au monde.
Fai commencé par aller visiter l’entrepôt de chif-
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fons de M. Minkowsky, qui se trouve être l’intelligent agent consulaire de France à Kœnigsberg, C'est une puissante industrie. Ses magasins se trouvent dans une de ces nombreuses rues bâties seulement d’entrepôts, si tristes avec leurs façades toutes plates, leurs fenêtres rouge foncé toujours fermées.
Comme tous ses chiffons servent à faire du papier, M. Minkowsky connaît bien l’industrie papetière, et il a, sur elle, un point de vue original :
— La consommation du papier, me dit-il, est un thermomètre excellent pour juger de la marche des affaires et du progrès général d’un pays. C'est un étalon autrement significatif que la consommation du savon, par exemple, que les Anglais voudraïent opposer au papier à ce point de vue. Plus un peuple use de papier, plus 1l est civilisé, si on entend par « civilisation » l’ensemble des signes de l'activité moderne. N’en faut-il pas pour toutes les affaires : correspondance, expéditions, journaux, livres, gravures, etc. ? Les pays qui usent, en moyenne, le plus de papier sont l’Amérique du Nord, puis l’Allemagne, puis l’Angleterre.
Dans d'immenses hangars, s'élèvent des pyramides de chiffons, ou plutôt de haïllons et de loques. Il v en a de toutes Les couleurs et de toutes les formes. Ne me demandez pas de choisir entre ces horreurs... Mais M. Minkowsky.n’a pas pour tous la même considération, il s’en faut!
— Je pourrais bien vous en montrer une douzaine de qualités différentes, me dit-il, suivant la couleur, la propreté, la force et la souplesse du tissu,