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plus tard encore, elles vous exaspèrent par leur lenteur et leur placidité de laitières.
Mais ce qui décuple, centuple même toutes les causes d'erreur de Jugement. que nous portons en nous, c’est l'ignorance de la langue. Chez beaucoup de voyageurs, cette ignorance qui précise l’étrangeté est la source d'une antipathie profonde dent ils ne sont pas maitres et qu'ils n'analysent pas. Peu à peu, si on apprend sinon à parler, du moins à écouter età comprendre, l’étrangeté s’atténue, un commencement de sympathie naît doucement au contact des esprits, et mille choses qui vous demeuraient lointaines s’approchent et deviennent aimables. C’est seulement à
partir de ce moment que l’on peut commencer à se
fier à son Jugement. L'heure est venue de reviser ses observations premières, de les mettre au plan, de comparer et de réfléchir... Et, dès que l’on compare avec patience, les différences, qui semblaient colossales quand on les habillait de ses passions, de ses préjugés.ou de ses routines, vont en diminuant, On se souvient quil existe en France, parmi les gens qu'on voit chaque jour, des peaux graisseuses, des gens vulgaires, des hypocrites, des menteurs, des bandits, des canaïlles.… Il faut même alors faire bien attention à ne pas tomber dans l’excès contraire-à celui de: l'arrivée. Car, ne pouvant distinguer facilement, chez ceux qui nous entourent, ni les fourbes, 11 les forbans, n1 les menteurs, nous serions facilement portés, en récapitulant les tares de ceux que nous connaissons mieux, à généraliser trop vite dans l'autre sens.
Il y a donc un premier effort d'adaptation à faire, et mieux, d'acceptation des choses et des gens tels
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qu'ils sont, si l’on veut juger sainement d'un pays.
On devrait même, si l’on tenait à l’apprécier en 4
toute équité, essayer plutôt de approuver de parti 1
pris. Gœthe a dit avec une justesse frappante : « Pour f
arriver à la Re il faut commencer par la Î
: surestimation | | 1j Rencontre piquante : en même temps que je rece 1
vais une lettre d’un Allemand qui me trouvait cb sévère pour ses compatriotes, 1l m'arrivait de Graz, ville autrichienne, mais peuplée presque exelusivement d'Allemands pangermaniques, cette autre lettre, Sais passion, signée d’un résident serbe :
Vous êtes bien indulgent, me dit-il, pour les défauts des Allemands. Moï, je ne suis point ennemi des
Allemands, au contraire, j'aime et j'admire leur cience et leur Httérature (non pas la moderne). Mais | estime que la vante rie perpétuelle de leurs propres | qualités, leur manière de déprécier l'étranger les rendent : insupportables, et d'autant plus que ce sont eux 4 qui Copient et imit lent le plus ridiculement les mœurs i nes ; . n’y a pas un peuple qui parle, autant que É PRES de sa propre moralité, fidélité et chasteté. | Partout et sans cesse on lit et on entend ces mots : € Deutsche sittlichkeit, deutsche Treue », etc. Or, | voici une preuve de la moralité allemande. À Graz, | que les journaux locaux se plaisent à appeler « die | deutscheste Stadt Œsterreichs » — Ja ville la plus
allemande de l’Autriche — naquirent, de 1904 à 1905, .. u 138 enfants, parmi lesquels 2,200 légitimes et 4 998 1Hlégitimés. Je ne suis point moraliste, pourtant
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je regretterais pour la nation serbe un tel état de choses. Mais ce qui est pire que l’immoralité, c'est l'hypocrisie. Et dans aucun pays du monde elle ne prospère autant qu’en Allemagne, où il n'est question que de « sincérité » et d’ « amour de la vérité ».
Mon correspondant serbe continue, faisant allusion à mon article sur l’ivrognerie des étudiants” :
« Dans les journaux allemands on a commenté avec satisfaction vos observations sur l'alcoolisme. Mais on ajoutait : « Les Français ne valent pas mieux que nous à cet égard! » Veuillez, monsieur, considérer la différence : en France, c’est l’homme pauvre et simple qui s’enivre; en Allemagne, ce sont les hommes de toutes les classes de la société... Quand j'arrivai en France, ce fut la première différence que je notaï. Je voyais dans les restaurants tout le monde manger et puis s’en aller. L’Allemand, au contraire, n'a pas de plus grand bonheur que de rester plusieursheures dans son Wirtshaus (cabaret). Voilà le véritable endroit où il devient ce qu'il appelle gemütlich (cordial, doux, plein de sentiment). »
J'ai déjà noté, en effet, ce goût général des Allemands pour le cabaret, les interminables stations qu'ils y font, seuls ou accompagnés de leur famille. Et pour des êtres qu'on veut représenter comme des gens d'intérieur, cette habitude universelle de la brasserie est assez surprenante.
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