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lauréat jusqu’à l'agrégation, à s’assimiler les idées d'autrui. Ils ont compris les théories des maitres, 1l faut leur rendre cette justice, se les sont parfaitement assimilées et savent les exposer avec une méthode et une clarté le plus souvent admirables. Mais 1ls m'ont pas fait œuvre de savants, n’ont apporté encore. à la science aucune contribution personnelle. Leur eltort, tout réceptif, a tué l'originalité de leur esprit, si elle était faible, et, en tous cas, en a retardé l’éclosion, Pa peut-être compromise.
« Voyez en médecine : un médecin qui à fait toutes ses études, réussi le concours d'mternat, ke doctorat, doit, s’il veut devenir médecin des hôpitaux, passer un nouveau concours. Et il ne s’agit pas ici de faire œuvre originale, de discuter sur un travail à Et, d'apporter des conclusions ou des observations sur un sujet qu’il a longuement étudié. Non, même s'il se spécialise, ce sont des questions de médecine générale qu'on lui pose, les mêmes avec plus de détails, bien entendu — qu’on aurait pu lui faire à un concours d’internat. El faut qu'il ait lu tous les livres parus et les ait retenus. Je regardais l'autre Jour le programme d’un récent concours et je voyais qu'un médecin, devant passer un examen de psychiatrie, par exemple, doit préparer une foule de questions qui n’ont rien à voir avec cette science.
« Chez nous, au contraire, on invite le jeune étudiant à faire le plus vite possible œuvre d'initiative. Au lieu de ressasser les mêmes programmes pendant dix ans, il s'occupe de travaux, de recherches médicales, philologiques ou littéraires. Cela ne veut certes pas dire que nous n’avons que des savants OTISINAUX et des inventeurs. Nous donnons du moins à l'origi-
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nalité de chacun tous les éléments nécessaires à son développement. Et c’est ce qui fait que nous avons une si grande quantité de chercheurs, dont le labeur patient, spécialisé, a souvent aidé les découvertes des maitres.
« Je ne suis pas informé spécialement du fait, mais il me semble que vos célèbres médecins et vos savants les plus connus ne sont pas tous des agrégés. En tout cas, votre grand Claude Bernard ne l'était pas; Pasteur non plus, je pense. Magnan, qui passe, en Allemagne, pour le plus grand psychiâtre vivant, Ranvier, le plus fameux histologisie moderne, n’ont pas passe les concours. Charcot n’y arriva que très difficilement et en maudissant l'obligation à laquelle il s’astreignait ainsi.
« En somme, ces concours récompensent-1ls toujours le mérite? Les résultats en sont-ils très équitables? Vous entendez dire à Paris, par un candidat, la veille des épreuves : « Je ne serai pas reçu, J'ai un mauvais jury. » Il y a donc, malgré tout, de la faveur. N'y en eùüt-il pas du tout, l’abaissement de la personnalité chez tant de générations de travailleurs intelligents et ardents n’en serait pas moins déplorable.
— ]l est possible, en effet, concédai-je, 1l est même certain que les spécialistes sont produits en plus petit nombre par ce système; mais, tout de même, quelle différence de mentalité, d'ouverture d'esprit entre ce genre de chercheurs qui se sont hypnotisés sur un seul petit point de la science depuis leur adolescence, et nos jeunes savants nourris de la pensée de tous les grands maitres et des dernières hypothèses de la science | — (C'est vrai, me répondit le psychiâtre; mais
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s'agit-il de produire des individus brillants ou de faire des hommes qui aident au progrès de la science ? Et puis, songez que les vôtres ont trente-cinq ans quand ils commencent à pouvoir réfléchir et agir pour leur compte. Et, encore une fois, comme ils ont pris lhabitude de ne penser que par les autres, 1l leur faut une bien forte personnalité pour se libérer de cette longue accoutumance.
« Il leur faut aussi une bonne volonté énorme et une intelligence prodigieuse pour étudier les sciences dans des « boîtes » comme vos Facultés de province et même votre Sorbonne. L'Ecole normale supérieure, la Sorbonne sont des fabriques de licenciés et d’agrégés où il est impossible de faire des études scienlifiques désintéressées. Matériel misérable, pauvreté de tout, programmes arriérés. Quand on fait tout chez nous — religion et philosophie à part — pour entretenir les élèves dans le mouvement d'idées actuelles, par les sujets à traiter, par la matière des cours, 1l semble chez vous qu’on cherche à les enterrer dans le passé.
« Malgré cela, me direz-vous, la médecine française tient le haut bout ! C’est vrai, par vos cliniciens, et cela tient à un grave défaut de nos études médicales. En effet, les étudiants en médecine allemands n’ont pas le droit de fréquenter les hôpitaux au cours de leurs études. Il ne leur est permis d’ausculter les malades que pendant le cours de clinique, à lamphithéâtre, devant le professeur. Et encore un seul d’entre les cinquante élèves qui sont là est appelé à jouir de cette faveur. De sorte qu'au bout de ses quatre semestres d’études médicales, l'étudiant aura peut-être ausculté une dizaine de malades, vingt au
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