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CONVERSATIONS a11
son admiration pour la féconde patrie française, sonoeant à tous les P: rtis qu’en tirerait cette race allemande habituée à peiner sur sa terre ingrate.
Le fils du créateur d’une des plus grosses affaires industrielles d'Allemagne me disait, à propos des vertus de l’hérédité et de la confiance des Allemands dans le Pouvoir :
— Est-il si fou vraiment de croire à la vertu de l’hérédité? Quand un cheval s’est distingué à la course, on cherche à obtenir sa monte!
— Mais vous savez bien que la descendance des vrais grands hommes est stérile ou qu’elle produit des dégénérés ! On ne connaît pas d'exemple d'un homme de génie ayant enfanté des rejetons de sa valeur.
— Sans parler d'hommes de génie, Er mon interlocuteur, — ils ne sont pas nécessaires pour gouverner les hommes, — le fils du créateur d’une grande œuvre, par exemple, mettra plus de zèle et de passion désintéressée qu'un autre à la faire prospérer. Je sens cela moi-même pour l'œuvre colossale créée par mon père. Il me semble que Je ferais tout pour elle, que je sacrifier ais ma fortune, si besoin était, pour la sauver. J'ai le sentiment d’une sorte de responsabilité mystérieuse — sinon effective — qui domine mes intérêts matériels. L'hérédité monarchique doit créer à plus forte raison un état moral de cette sorte qu’ignore certainement Île délégué provisoire au gouvernement des républiques. Malgré lui, il songera à passer dans la paix ses années de souveraineté... Je vais même plus loin et je pré-
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tends que le fait qu'un homme dit à un peuple : : «de te gouvernerai » l'engage beaucoup plus à bien faire son devoir qu'un pr ésident d le la République consentant à gouverner à la prière de quelques électeurs. Et puis, il peut toujours dire : € Si vous n'êtes pas contents, Je m'en vais! » Un roi ne le peut.
— Aussi, je ne parle pas du sentiment des rois,
c'est l'opinion du peuple allemand qui en ve n 1oment m'intéresse. Et je me demande : comment des hommes raisonnables et doués de dignité peuvent-ils accepter qu’un de leurs semblables se dresse devant eux et déclare : « Je suis le plus aple à vous gouverner, et vous allez m'obéir, sinon, soixante millions que vous êtes, gare à vous ! »
__ Cela ne se présente pas ainsi...
— Non. mais cela équivaut.
—— Pas tout à fait. El existe dans notre histoire une famille qui depuis des siècles domina les autres, gouverna très bien la Prusse, la fit Fe et grandir. C’est un fait. Le peuple sait ce qu'il doit aux Hohenzollern, etil a confiance dans leurs descendants.
— Passe encore aussi longtemps que les Hohenzollern ne feront pas de mal à la Prusse, mais que l’un d'eux soit un malfaiteur ou un fou, vous l’accepterez tout de même.
— Ce qui importe, c’est la moyenne. Un peuple ne peut pas prétendre à n'avoir comme souverains que des aigles et des sages. Or, la moyenne des Hohenzollern est bonne. L'histoire le prouve. Grâce à eux, l'Allemagne est devenue une grande nation. »
Mais je me demandai, en quittant mon interlocuteur :
— Est-ce grâce à eux, ou est-ce grâce au peuple
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