‹ En AllemagneChapitre 265 sur 294 · FE · texte numérisé non relu

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— Non. Pas si bêtes! Et l’on ne doit pas nous rendre responsables d'articles de journaux maladroits écrits à Cracovie, en Pologne autrichienne, où la Hiberté de Ja presse est grande, ou envoyés de la Suisse par des émigrés révolutionnaires qui ne parlent que de révolution violente. Nous n’y sommes pour rien, nous qui prêchons toujours le respect à la Constitulion, et qui nous opposons à tout acte illégal. [l n’y a pas cent Polonais à Posen qui pensent à cet égard autrement que moi. Nous connaissons la force de l’organisation prussienne, la discipline de l’armée, et il faudrait que nous fussions des fous pour songer un instant à la rébellion. D'ailleurs, nous révolter, pourquoi ?

€ Pour refaire l'autonomie de la Pologne? Doux rêve irréalisable, hélas! Depuis la guerre de 1870, nous n'avons plus d'espoir; après avoir d’abord compté sur la France, puis sur l'Angleterre, puis sur la Turquie, le diable sait quoi, aujourd’hui, nous sommes sans espoir. Séparés de la Pologne autrichienne par la Silésie, cominent pourraient se re- Joindre nos tronçons divisés‘? Et quand même! que pourraient faire quelques millions de Polonais contre l'Allemagne unie à la Russie et à l'Autriche? Non. Et les Allemands savent bien que nous n’y pensons pas. Hs font semblant d'y croire, du moins les fonctionnaires, parce qu'ils sont en Posnanie comme chez les nègres, qu'ils touchent double solde, et profitent de mille avantages qu'ils n'auraient pas s'ils exerçaient leur métier en Westphalie, dans le Hanovre ou le

1. 1 m'a été dit plus haut, par les Polonais, que la Silésie rede-

venait polonaise,

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Brandebourg. L'Empereur doit ignorer ce qui se passe ici, on le renseigne peu. Ce sont eux, ces fonctionnaires, la cause de tout le mal. C’est leur incompréhension, leur intelligence courte, leur inaptitude à gouverner d’autres gens que des Prussiens serviles, qui perpétuent l’état de guerre chez nous, quand nous ne demandons que la paix.

— En effet, si vous ne voulez pas vous révolter, pourquoi n'acceptez-vous pas carrément la domination prussienne ?

— [l'faudrait être des anges, monsieur, — ou des esclaves — pour assister tous les jours à tant de provocations en baisant la main qui nous frappe — c’est le mot.

« L'Empereur lui-même n’a-t-1l pas dit à Gnesen — en août 1905 — il n’y a pas bien longlemps, vous voyez : « Tout Allemand qui vend dans l'Est ses pro- « priétés sans y être absolument obligé commet un « crime de lèse-patrie » ?

€ M. de Bülow, parlant au recteur de l'Universilé de Posen, n’a-{-il pas dit aussi : « Les Allemands ont « eu le tort de ne pas s’êtreunis davantage en oubliant « leurs querelles de clocher devant l'ennemi. » Et aussi : « Les masses abruties des Sarmates vivant «€ d'une vie de brute ont fait place à un peuple actif € qui, telle une armée de souris, se répand et ronge « tout ce qui se trouve à sa portée. » Lapins, souris, rongeurs, nous sommes pour le gouvernement prussien des animaux nuisibles qu’il faudrait exterminer. On n'ose pas, sans cela! Et vous voulez que, devant de tels sentiments affichés pour notre race, nous consentions à devenir d’humbles Prussiens dociles et courbés ? On fait de nous des parias, des hors la loi,

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et nous lécherions les bottes qui nous écrasent? On peut demander cela à des Prussiens, pas à des Polonais.

— Reconnaissez tout de même qu’ils ont beaucoup fait pour vous... Quand la Prusse prit la Pologne. elle n'était pas riche, ni très avancée...

— Calcul! monsieur ! Simple spéculation, crovezle bien. Ils voulaient nous prolétariser !... Sicelane fait pas pitié! Les malheureux! Parce que notre peuple était pauvre, que la terre ingrate ne le nourrissait pas, ils se sont dit : « Exploitons cette province peuplée de travailleurs courageux et habiles, et faisons rendre à ces vaincus un maximum de produit. Pour cela, ouvrons des écoles, il en sortira des enfants intelligents qui deviendront d'excellents ouvriers. Sous la direction du Teuton génial, quelle belle armée agricole et industrielle cela va faire! » Malheureusement — ou plutôt heureusement — un phénomène inverse se produisit. Le Polonais se mit au travail, amélhora ses terres, économisa, s'enrichit, mais oui! s'enrichit! puisque nos paysans purent mettre 100 millions d'économies dans les banques polonaises de colonisation; des écoles, il sortit des jeunes Polonais beaucoup plus intelligents que les Allemands du même âge, et en même temps plus actifs, plus vifs, dont on fit des contremaîtres. Des universités, se leva toute une légion d'ingénieurs, de médecins, de pro-

esseurs, d'avocats, pas du tout disposés à se laisser faire. Lorsque ces phénomènes se furent assez généralisés pour devenir visibles, ce fut une stupeur dans le parti gouvernemental. Par le jeu naturel des forces, c'étaient les Allemands des grandes agglomérations mixtes qui se trouvaient infériorisés. Les Polonais,

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