‹ En AllemagneChapitre 285 sur 294 · AC TE VAR · texte numérisé non relu

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pela plus que le cuisinier Misère. Il y a deux ans, Sa Majesté, qui apprécie sa cuisine, lui offrit une montre d’or à son chiffre impérial, avec une très belle chaîne. »

Le prince revint de lui-même sur la diversité du caractère allemand, sur son attachement pourtant général à la tradition :

— Quelle différence avec les Français ! s’écriait-1l. Chez vous, la Convention, qui fut malgré tout une grande chose, nivela tout d’un coup; elle décida qu'il n’y avait plus rien et qu’elle allait bâtir sur une place vide. Napoléon vint ensuite, qui continua Vunification. En Allemagne, il n’y eut jamais de véritable révolution : c’est contraire à l’esprit allemand. Et vous voyez, côte à côte, un pays féodal, comme il était au xvrr° siècle, le Mecklembourg, qui refuse une Constitution, et une République, Hambourg. Et chacun tient à ses formes personnelles et à ses traditions. En 1867 ou 1868, quand il s’agit pour le duché de Lauenbourg, qui a tout au plus 60,000 habitants, de changer sa monnaie, le prince de Bismarck dit au conseiller intime qui lui proposa cette mesure : « Vous voulez donc faire une révolution ? » Comparez à cela vos mœurs françaises, la facilité de déplacement de vos fonctionnaires, qu'on envoie de Brest à Carpentras, d'Arles à Guingamp, sans Îa moindre opposition de leur part. Ici les gens désirent que les fonctionnaires soient de la province ou connaissent au moins le pays et ses intérêts. Bismarck disait toujours qu’il est bien plus facile de gouverner les Français, libéraux et frondeurs, que les Allemands, traditionalistes et individualistes. Napoléon, à côté de beaucoup de mal, a fait du bien dans ce

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pays, en simplifiant, avec sa netteté latine, l’organisation compliquée qu’il y avait trouvée.

—— On peut donc lutter contre ce conservatisme, puisque les réformes de Napoléon durent encore, remarqual-]Je.

— Oui; mais la manière dont il les a introduites, et le fait que c'était l'étranger qui imposaït ces réformes, ont fini par soulever le pays tout entier contre fui. »

Au salon, la conversation tourna vers la littérature, les romans français, que la princesse aime beaucoup. Les préférences du prince sont pour Flaubert et Anatole France, mais il admire aussi profondément Gtendhal. I s’informe de la persistance de la vogue de Zola, dont il vante L’Assommonr et Germinat.

__ (Fest que les goûts changent si vite, dit-il. Il Y a des opinions d’autrefois qu'il est aujourd’'hu: 1mpossible de comprendre. Expliquez-moi, par exemple, comment César a pu parler de la Suisse comme d'un pays horrible à voir? Et Tacite, si je ne me trompe, de ces côtes de la Frise, que tous nos contemporains recherchent, comme d’une contrée inhabitable et affreuse ? Je suis bien sûr que ses compatriotes romains de nos jours ne se l’expliquent pas plus que nous.

La princesse raffole des Mémoires.

— Ilest à la mode à présent, dit-elle, de prétendre qu’il ne faut pas publier de Mémoires. Ce serait vrai-

ment dommage, ne trouvez-vous pas ? Lomment com-

préndre le passé, si on supprime ces trésors de vie ? Et l'on parla des Mémoires du prince de Hohenlohe, en regrettant leur publication prématurée.

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