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Américaine, élégante et désinvolte, la longue vorlette brune claquant au vent derrière le chapeau à plumes hardies, fille de l’expatrié d'hier parti sans doute de ce refuge voisin, et l’émigrant d'aujourd'hui, timide et misérable, trainant ses bottes sales sur le pavé boueux, et sa femme aux tristes veux de vierge orientale, la tête couverte d’un mouchoir de couleur, la robe courte à lourds plis serrés, et ses enfants à l’air résigné….. Aujourd'hui, tous s’en vont, la ville se vide de leurs processions mélancoliques de ant les magasins des orandes rues. Mais, le lendemain, d’autres caravanes arrivent, toutes pareilles, et c’est ainsi toute l’année.
Brême est la vraie patrie des marins allemands. Le Lloyd a deux bateaux-écoles destinés à dresser et entrainer ses officiers, ses sous-officiers et ses matelots. Pour tout le reste de l’Allemagne, il n’existe qu’un seul autre bateau-école, auquel le Lloyd est également intéressé, C’est que, pour aller vite, il faut de bons capitaines. Et les Brêémois sont convaincus que leurs officiers n’ont pas de rivaux. Hambourg a l'air de le croire aussi, puisque, quand on arme un nouveau navire, c'est à Brême qu'on vient chercher les équipages. Ils poussent même un peu loin leur exclusivisme. Ne ma-t-on pas raconté que les capitaines de Hambourg n'ont pas les qualités nécessaires pour les très grandes vitesses!
—— Ainsi, voyez ce qui arriva au commandant du Deutschland (appartenant à la Compagnie Hamburg- Amerika) à son premier voyage de vitesse. Il avait perdu son gouvernail en route, et il s'était telle-
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ment surmené qu’il eut juste le temps d'écrire son procès-verbal et. de mourir. Un capitaine du Lloyd, qui avait perdu aussi son gouvernail, dressa comme l’autre son procès-verbal en arrivant à Gênes, mais offrit ensuite un copieux diner à ses amis, etil ne mourut pas.
Les derniers paquebots du Lloyd coûtent entre 16 et 17 millions. Beaucoup de gens croient que la Compagnie construit ces bateaux dans un but de réclame et que c’est un sacrifice nécessaire pour lutter contre les concurrents. Mais pas du tout. Un bateau est une bonne affaire. Chaque voyage lui rapporte une très forte recette. Certaines cabines se louent 4,000 marks (5,000 francs), et il y a même sur les nouveaux paquehbots ce qu on appelle Sans raison, mais avec un admirable sens du snobisme yankee : la cabine impériale (Kaiserzimmer), qui vaut 10,000 francs! Et celle-ci est toujours retenue télégraphiquement, un an d'avance, par un de ces Américains si démocrates qu'ils ne pourraient faire la traversée ailleurs que dans une cabine d'Empereur.
J'ai voulu voir ces cabines pendant que je me trouvais à Bremerhafen. Ce sont de vrais appartements de quatre pièces ; salon, salle à manger, chambre à coucher, cabinet de toilette, joliment décorés, de styles variés, Louis XVI, Empire, suivis d'une salle de bain de la dernière élégance.
On m'a montré aussi, sur le Kaiser Wilhelm JT, les derniers perfectionnements apportés au service du bateau. On arrive vraiment sous ce rapport à des choses admirables. Le capitaine, de la dunelte, peut fermer automatiquement el instantanément tous les compartiments étanches du bateau, Autrefois, le
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