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chambre. I ne prendra pas un verre de bière avec ça coifiure sur la tête.
Les Allemands s’étonnent de voir nos chapeaux si bien vissés sur nos crânes.
— On dirait que vous souffrez quand vous vous découvrez.
Je répondis à cela qu’il était bien plus difficile d’ôter son chapeau au moment opportun que d’aller tête nue dans la vie, que la politesse, chose purement conventionnelle, est essentiellement faite de nuances et de modes changeantes, que ce qui distingue un Parisien d’un Cosaque, c'est Justement qu'il sait choisir entre ces usages et s’en servir avec tact el opportunité...
— D'ailleurs, fis-je, la politesse est née du besoin de mettre une distance entre les barbares et les civilisés, et le jour, hélas! encore lointain, où la terre sera peuplée d'une majorité d'êtres doux et justes, la phupart de ces formes extérieures apparaîtront puérilcs et surérogatoires : la bienveillance et la bonté règneront dans les âmes, au lieu de se manifester dans les gestes et les paroles.
Mais nous serons morts depuis quelques siècles.
D'une façon générale l'Allemand admet avec une parfaite bonhomie que le Français est plus poli que lui, qu'il sait les manières et les phrases de la civilité, que, de plus, la langue française se prête beaucoup mieux que les autres langues aux formules de la courtoisie, etc., etc, Cependant il nous reproche de parler haut dans les endroïts publics et dans la rue, d’ôter difficilement notre chapeau (toujours!) en entrant au café, ou même de ne pas l’ôter du tout.
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Deux hommes se rencontrent dans la rue : ils se saluent d’un grand coup de chapeau; rien n'est plus naturel s’ils ont l’un pour l’autre une estime proportionnée à l’ouverture de l’angle que leur bras vient de dessiner. Mais, en Allemagne, tous les hommes s’estiment selon un angle de 90 degrés. Le petit coup de chapeau familier est inconnu entre amis, le bonjour amical de la main, le salut protecteur, le salut cordial, le salut pressé, le salut distrait, le salut dédaigneux sont ignorés : on ne peut voir qu’une seule et unique sorte de salut, le long, l'infini salut cérémonieux qui prend le chapeau sur le crâne et l'amène lentement jusque sur le tibia, le bras tendu, pendant que la tête, allégée de sa coiffure, s'incline, s'incline avec un sourire sur les lèvres ou un regard de haute déférence. Les garçons épiciers, les cahcots, les étudiants, tous les gosses, depuis seize ans, qui se promènent à l'heure du persil sur le trottoir de la rue principale, se saluent entre eux comme des papes et des empereurs.
On s’habitue assez vite à cette politesse sans nuances et qu’on peut appeler exagérée, la politesse vraie consistant dans l’art de doser les égards et de nuancer les manières selon les milieux, les occasions et les gens.
Un spectacle plus comique encore, c'est celui d’une dizaine de personnes réunies dans un endroit public et qui se décident à se séparer : elles commencent par se saluer comme je viens de dire : on voit des chapeaux au bout des bras dessinant des
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paraboles, une fois, deux fois, trois fois, chacun saluant chacun, se recoiflant, échangeant quelques nouvelles paroles, saluant de nouveau tout le monde, recommençant, s’inclinant, talons joints, bras écarté. On a envie de leur dire :
— Mais oui, mais oui, c’est entendu. Assez! n’insistez pas.
Et si l’on se trouve un peu loin du groupe, qu'on n’entende pas les paroles prononcées, l'effet comique devient irrésistible.
Quand on parle de la politesse en Allemagne, il faut toujours sous-entendre qu’il ne s’agit pas des officiers. Les officiers allemands sont, en effet, des gens extrêmement polis, d’une courtoisie digne, non sans raideur, mais suffisamment souriante.
Il y a unanimité absolue, chez tous les Français qui se sont trouvés en rapport avec eux, pour affirmer cette vérité.
Quant au bourgeois allemand, il remplace, en général, les règles de notre politesse, qu’il ne connait
| pas, par de la bonhomie et une certaine bienveillance.
| En voyage, il est bien le voisin le plus commode, le plus obligeant qui soit. Il faut avoir voyagé en Angleterre — ou en compagnie d’Anglais — pour apprécier la complaisance des Allemands. Et toutes les ententes cordiales de la terre ne rendront pas l'Anglais moins encombrant ni moins grossièrement
| égoïste qu'il n’est.
| Mais il faut toujours faire une exception pour le
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Prussien de l'Est, qui manque souvent de cette bonhomie accommodante et sociable.
Ainsi, des garçons de brasserie de Berlin, de entg s parlent exactement comme un sousofhicier parle à des soldats. I parait, d’ailleurs, que ue d’entre eux sont, en effet, d'anciens
sous-officiers qui ont quitté l’armée trop tôt pour
obtenir un emploi administratif. Les Allemands,
habitués à ce ton impérauf et bourru, le trouvent naturel, même chez ceux qui devraient le moins
l'avoir.
C’est ce ton qui rend le Prussien si souvent antipathique : celui qui s’en sert et celui qui le supporte. Il est agressif et blessant. Un domestique français ne l’endurerait pas longtemps de son maitre. ca, le moindre employé de tramway en use vis-à-vis des voyageurs, ét jamais je n’en ai vu rappelé à l’ordre.
— Je vous comprends, me dit un Prusstencivilisé et qui a voyagé. Oui, notre ton esten effet peu agréable. Mais vous devez l'oublier, car 1l n'a pas d'importance. Le ton, c'est l'apparence; c'est l'habit mal coupé qui peut recouvrir un corps normal et bien fait. Nos sentiments n’ont aucun rapport avec le ton de sergent de ville qui vous choque. Chez nous, personne ne le remarque. Mettez un Marseillais à Paris, son accent déchire les oreilles. Sur la Canebière, 1] passe inaperçu. Âllez-vous dire que le Marseillais est moins civilisé que le Parisien ?
« Donc, ne faites pas attention à notre ton, que je:
vous accorde rude si je le compare à celui du Parisien po: =, et dites-vous que la simpheité des manières et la rudesse de l'accent ne sont pas des
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obstacles à la bienveillance, à la douceur des mœurs et au progres de l'esprit. »
L’Allemand aimable, d’une amabilité telle que nous la comprenons, se trouve, par endroits, mais il est rare. L'Allemand complaisant, empressé même à vous obliger, est plus commun. Cependantil faut le prendre tel qu'il est : sans formules et sans grimaces. C’est le contraire du caractère de nos compatriotes rencontrés à l’étranger : tout en verbe, tout en sourires, tout en promesses, et qui, celte politesse faite, cet hommage rendu à la race, « se défilent », comme on dit, par la tangente, avec une maéstria mcomparable, J'ai constaté cela sous toutes les latitudes. Par politesse — moi aussi, — je concède qu’il y à des exceptions. Mais quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, si vous avez besoin d’une aide, c’est près de l’étranger que vous la trouverez. Lui se dérangera, perdra son temps pour vous, usera de ses relations, vous introduira dans sa famille, en un mot, vous donnera son maximum d'appui et de secours. Votre compatriote, s’il ne s’esquive pas tout à fait, fera pour vous le minimum — s'il y est obligé! Je ne parle pas des officiels qui — à part une exception sur dix — vous considèrent comme le trouble-fête, lintrus, la menace, l'adversaire.
Je saurais préciser ces indications générales.
À côté de ces Allemands obligeants, qui composent, 1l faut le dire, la moyenne de ceux qu’on rencontre, il s’en trouve encore beaucoup — en Prusse surtout — qui sont de purs ours, et qu’il faut souvent rappeler à l'ordre. Et j'ai observé qu’avec un peu
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d'énergie on les ramène vite à une compréhension plus saine de la sociabilité.
J'eus cette occasion deux fois, devant deux gros bonnets de l’industrie — à vrai dire deux employés. Leur morgue et leur rudesse ne tiennent pas devant un ton vigoureux et qu'ils sentent résolu. Alors ils deviennent plats et presque serviles, J'ai vu la même expérience réussir devant des fonctionnaires bourrus.
I y a là une indication précieuse pour comprendre la psychologie allemande et même certaines manifestations publiques de la politique de l'Allemagne.
C'est qu’en ce pays, seuls parlent haut les aris{ocrates et les militaires. Et chacun conserve lhabitude ancestrale de s’incliner devant ces deux catégories sociales. Celui qui ose parler haut n'étant ni militaire ni aristocrate, bénéficie du prestige et de l'autorité conquis sur la servilité du reste du peuple allemand par les castes puissantes.
Je sais bien qu'ailleurs et même chez nous, les instincts sont les mêmes, mais au moins en France les voyons-nous mitigés par l'esprit de fronde, corrigés par une Révoluiion et un siècle d'éducation quasi
démocratique.
Ainsi, j'ai noté, dans de grandes villes comme Berhn, ce fait dont on ne trouverait, je pense, l'équivalent que dans nos bourgs provinciaux ou dans nos campagnes : une femme du peuple entre dans un magasin et fait sa commande. L’employé commence à la servir au moment où une dame arrive qui, sans attendre, donne ses ordres à l'employé. Aussitôt, celui-ci abandonne la première cliente et s'empresse autour de la seconde. Et tous trois ont l’air de trouver cela très naturel.
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La réputation d’inélégance des Allemands n'est pas acceptée de lout le monde en Allemagne.
Il existe un membre de la famille impériale, le prince Frédéric-Léopold, cousin de l'Empereur, frère de la duchesse de Connaught, marié à une sœur de l'Impératrice, qui entend être l’homme le mieux habillé d'Europe. Ses uniformes ne font pas un pli, et ses vêtements civils sont toujours neufs : il bat le record même de l'Empereur qui, on le sait, exige la correction et la tenue. Pourtant, Guillaume Il pense à autre chose. Le prince Frédéric-Léopold n’a absolument en tête que la coupe et le rembourrage de ses vêtements : il faut qu'ils colleni, telle est son esthétique. C'est ainsi qu'il a des pantalons pour se tenir debout et des pantalons pour s'asseoir. Lorsqu'il va à une cérémonie où il est sûr de ne pas s'asseoir, il enfourche des pantalons tellement tendus sur les bottines qu’ils craqueraient s'il prenait une autre position que la verticale. Aussi, quand la princesse sa femme le voit partir, vêtu de ces pantalons-là, elle se dit :
— Je suis bien sûre qu’il ne se jettera aux genoux de personne |
Liberté.
Vous allez habiter une ville prussienne. Vous êtes obligé, en arrivant, d'aller prévenir la police et de lui envoyer, en triple exemplaire, une feuille que vous
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remplissez des renseignements les plus détaillés sur votre personne, celle de votre femme, de vos enfants, de vos domestiques.
Vous quittez cette ville. La loi vous chlige à renouveler cette formalité avant de partir.
Vous prenez une domestique : vous êtes tenu d’en aviser la police et de lui fournir sur cette personne les mêmes renseignements que sur vous-même.
Un ami, un parent, vient passer une quinzaine de jours chez vous : . formalités obligatoires à remphr vis-à-vis de la police.
Et chaque fois que vous changez de domestique — Cest souvent en ce pays, — vous ne devez pas manquer de remplir les trois feuilles sous peine de poursuiles et d'amende, Si vous y manquez, votre concierge vous dénoncera, comme il convient dans le pays le plus policier du monde, à part la Russie et Ja Turquie.
Mais c’est ainsi que tous les habitants de Berlin, sans exception, sont connus à la police, et qu’une lettre finit toujours par leur arriver.
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Des habitudes.
En voici une absurde et irritante : pourquoi les musées et les églises ne sont-ils ouverts que deux ou trois heures par jour? Que Re les musées à demeurer ouverts comme chez nous jusqu'à quatre heures, c’est-à-dire jusqu à l'heure moyenne où le jour tombe, et pourquoi n'ouvriraient-ils pas un peu plus tôt, puisque, en somme, les musées sont desti-
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nés à l'instruction du publie ou à exciter le goût du beau, en un mot à des choses réputées utiles? Si, croyant, Jai besoin de prier en dehors des deux Ou trois heures prévues, je ne Île puis; si, passant, je désire visiter la cathédrale, 1} faut que j'aille chercher le sacristam jusque chez lui, que je revienne à l’'éghse, et que je me dépêche, car il attend que j'aie fini ma visite pour s’en retourner à ses affaires.
Les prix d'admission sont remarquables. J’approuve fort, en principe, cetimpôt mis sur l'étranger, sa curiosité ou sa badauderie; mais, par endroits, il est un peu exagéré. Généralement le prix est de À fr. 25, souvent 1l s'élève à 4 fr: 85, soit 2 fr. 95 avec le pourboire. À Cologne, outre ce prix d'entrée à l’église, si on veut voir un crucifiement de Rubens, il faut payer en plus 2 fr. 25!
Quelle curieuse contradiction chez ce peuple ordonné, méthodique, discipliné, que cette anarchie dans les heures des repas! Impossible de faire une visite sans risquer d'arriver quand les gens sont à table, C’est qu’on dine — littéralement — à toutes les heures dela journée, depuismidijusqu’à septheuresdu soir. Aussi dans les brasseries (les seuls vrais restaurants publics) trouve-t-on du monde loule la journée.
Chez nous, qu’on ait faim ou non, on se met à table à midi et à sept heures et demie ou huit heures le soir. fer, la faim qu'on à, la profession qu’on exerce, ou même quelque hasard, décident de l’heure du repas.
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Un conseil :
S1 vous allez en Allemagne, que vous teniez à jouir d'un peu de considération parmi vos relations, et qu'on vous demande si vous êtes né à Paris, nhésitez pas, au risque de mentir, à répondre oui.
Autrement vous devenez, aux veux des Allemands, un bâtard amorphe, une espèce de vague assimilé, une sous-dilution de quelque chose d’imprécis, vous n’existez plus.
Vous êtes dans une réunion, un banquet ou quelque fête par invitations. Un monsieur s'approche de vous, joint les talons, incline le buste, raide, et vous dit :
— Mon nom est Müller.
Il y a dans cette coutume une bienveillance et un sens de la sociabilité charmants. Et elle nous ravirait sans doute si elle nous venait d’un peuple qui nous serait, par d'autres côtés, très sympathique. Mais la première fois qu’elle vous est révélée en Allemagne vous demeurez tout bête devant M. Müller, votre œil l'interroge, et vous attendez qu'il s'explique davantage. 11 n’hésite pas et répète, souriant :
— Mon nom est Müller.
Alors une sorte d’instinct vous pousse à dire à votre (our :
— Et moi mon nom est Durand.
Et c'est ainsi que vous apprenez à vous tenir dans le monde. Car, en Allemagne, la plupart des présenlations se font sans intermédiaire.
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Deux Allemands se rencontrent un après-midi d'été ; Is ont soif. L’un propose à l’autre :
— Voulez-vous prendre un verre de bière ?
— Certainement!
[ls boivent — et payent chacun leurs 20 pfennigs.
Les Français, qu'un Allemand invite de cette facon à leur entrée dans le pays, demeurent abasourdis pendant quelques minutes et ils n’ont pas assez de mots méprisants pour qualifier cette liarderie.
J'ai déjà noté entre les Allemands et nous une différence de sensibilité devant la mort.
Leurs enterrements n’ont pas la gravité triste des nôtres. Devant le cercueil du mort, des conversations sans douleur se tiennent entre ses parents et ses amis.
Je questionnai des gens là-dessus, qui prétendirent que cette apparente insensibilité venait de leur croyance à une autre vie, et de la certitude de s'y retrouver un jour.
Je doute beaucoup de l’ardeur d’une foi pareille, suffisante pour consoler de la mort,
L'instinct est en général plus fort que les plus folles imaginations, et si l’on souffre beaucoup, il est impossible de paraître ne pas souffrir.
La question reste donc pour moi entière.
On se débarrasse très vite des cadavres. Au lieu de tenir à les conserver près de soi jusqu’à la fin, l'usage veut qu'on les transporte rapidement au cimetière
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dans une sorte de hall où on les abandonne jusqu’au moment de l'enterrement.
Personne ne salue les morts rencontrés dans les rues. Comme je suivais l'habitude française de se découvrir devant les cercueils, on me regarda avec curiosité.
On enterre assez communément en musique : un orchestre, en tête du cortège, joue des airs plus ou moins mélancoliques (certains ne le sont pas du tout), comme on fait en France pour les très grands personnages seulement.
Une société se trouve réunie à table, au restaurant, à la brasserie, quelque temps après le décès d’un ancien membre de la compagnie. L'un de ceux qui sont là propose le strlles Glas, c’est-à-dire le verre à la mémoire du mort. Pas an mot n'est prononcé : chacun lève son verre en silence, gravement, et le vide.
Dans leurs cimetières aussi, ils ont bien l'air de fuir la tristesse. Comme les paiens, les Hindous, les bouddhistes et tous les Orientaux, ils cherchent à faire oublier lhorreur de la mort — et ils y parviennent.
Ainsi, chez nous, sauf à la campagne, la plupart des cimetières sont des cités de pierre et de marbre, aux rues régulières bordées de chapelles, de colonnes brisées, de croix, de pvramides, de mausolées et de pierres tumulaires mêlés de quelques arbres.
En Allemagne, le cimetière est un lieu tranquille, verdoyant et presque souriant, qui mérite bien son nom : lieu de paix (Friedhof). Gar rien n’est apaisant comme la vue de ces tertres gazonnés ou couverts de lierre qu'abritent des peupliers, des saules, le sombre feuillage des cyprès et des sycomores. Point de pierres,
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sauf dans les grandes villes; là, on rencontre de place en place une chapelle, une croix ou un hémicycle de marbre. La coquetterie minutieuse que les Allemands mettent à parer leurs promenades et leurs
jardins publics se retrouve 1c1. Les croix de fer qui
portent les inscriptions disparaissent dans l’enlacement des clématites, des jasmins et des vignes vierges. Et dans cette sérénité que troublent seulement des frissons de feuilles et des chants d’oiseaux, on se prendrait à oublier l'horreur de la mort et des séparalions éternelles si, çà et là, la vue des tombes fraîches encore, où des fleurs achèvent de se faner, ne réveillait brusquement en vous la pensée de l’irréparable et l’angoisse de demain. L’impression qui domine pourtant est bien faite de quiétude, de paix réconfortante, et de soumission passagère aux lois de là mort, celle que l’on ressent facilement en visitant nos rustiques cimetières de campagne. C'est qu'ici, à l'ombre des mêmes arbres, sous le même lierre, sans monument ostentatoire où se perpétue la vanité des hommes, la mort apparaît plus égalitaire.
La sensibilité allemande semble donc moins secouée que la nôtre par l’effroi de la mort. Elle l’accepte sans révolte douloureuse apparente, comme une chose normale à laquelle la raison doit se soumettre. Est-ce chez les très croyants — comme j'en doutais plus haut — Pespoir d’une vie future? Est-ce, chez les autres, une atonie générale de la sensibilité qui permet ce facile triomphe de Ia raison? Je ne sais. En tout cas, je n'ai jamais vu pleurér dans un cimetière allemand, et J'ai longuement observé ceux des principales villes aux jours où la foule les visite.
Par contre, dans certaines villes, à Dantzig, par
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e: exemple, on y vient tenir COMpagnie aux morts et
Manger sur leur tombe du Jambon et de la Saucisse. Les cimetières des différentes paroisses qui s'alignent de chaque côté de Ia Grosse-Allee, longue de 2,400 mètres et que plania le cénéral Rapp en 4808, F: alternent avec des « restaurations », un champ de 3 {oatbal} et une esplanade pour Exposition agricole.
Dans toutes les villes, les vieux cimetières situés autre-
fois hors des enceintes, aujourd’hui englobés par la
FE ville moderne, sont le lieu de réunion des bonnes d'enfants ct des bébés. À Gœttingen, dans un très vieux cimetière qui semble n'être qu’une nappe de lierre, des femmes viennent {ravailler Cl coudre, en devi- Sant, à l’ombre des Srands arbres, tout près de la Ë. maison du garde, rustique habitation qu'entoure | un petit potager, À Berlin, au Sophier -Friedhôfe, des bancs permettent à La famille du mort de venir s’installer une partie de l’après-midi du dimanche. I]
a des femmes qui cousent; d’autres tricotent ou font la toilette des tombes. Même des gens se promènent et causent comme sur une Promenade publique.
À Hanovre, les enfants jouent et crient autour des tombes, tandis que leurs mères et leurs bonnes, assises sur des bancs, devisent ou brodent.
À Oblsdorf, cimetiére de Hamboure, situé à quarante minutes de tramway de la ville, on se CFOIrait dans un cimetière de l'Inde ou du Japon. À part les Cascades, les cigognes, les bambous, les Cerisiers fleuris et les daims en liberté, le décor est le même : c'est une forêt infinie et mystérieuse où l’on a placé des tombeaux, visibles seulement par la petite croix Qui les surmonte, car Les plantes grimpantes, le houx, les herbes et les fleurs les cachent souvent complète.
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