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mands n'ont pas besoin de cette exigence. Cependant vous pouvez offrir avec désinvolture à ces femmes du monde susceptibles une bouterlle de champagne en cabinet particulier — il en estau premier étage, —si c'est après deux heures du matin. D'ici là, 1l faut boire ou laisser la place libre. Ces femmes suaves parlent toutes les langues : 1l en est de Russes, d'Anglaises, d'Espagnoles, d'Itahiennes et de Françaises, mais la majorité est Allemande; dans la salle, qui s'étend devant le bar, fulgure Ia lumière de lampes à arc et de mille ampoules électriques, multiplhiées par d'innombrables glaces. D'un orchestre de femmes hongroises habillées de blanc sort un bruit d'enfer, des nègres servent. C’est criard, hurleur même, mais excitant etjolr.
Il fait doux, le ciel est pur, 1l faut tout voir, ét nous allons dans les rues éloignées fréquentées aussi par les matelots. J'ai oublié les noms de ces rues, composées d’une série de petites maisons basses sur le seuil desquelles des femmes en tenue négligée sont assises. Ces agapètes, à qui les règlements interdisent de vivre à plus de deux ensemble, causent entre elles, et, ma foi, ne font guère attention aux passants. À Brême, au contraire, comme une série d'apparitions astrales, on voyait se dresser, sur Île haut des perrons, dans la rue spéciale qui leur est réservée, des Gretchens sans poésie, faisant des signes et poussant des appels élouffés. Deux sergents de ville, pendant ce temps, font les cent pas, les mains derrière le dos, vigies de la pudeur germanique.
Rentrés à Hambourg, et comme cette soirée était décidément vouée à la vie noctambule, nous visitàmes un autre bar sur la place du Marché-aux-Oies (Ganse Markt). I était beaucoup plus petit que
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l'autre, mais se distinguait par la fraicheur de sa décoration, sa poésie générale. Un violon se pâmait de tendresse à la barcarolle des Contes d'Hoffmann :
0 belle nuit, ô nuit d'amour, Réponds à notre ivresse!
Les jeunes femmes du comptoir souriaient ineffablement aux coupes de champagne, et vous pouviez croire provoquée par votre arrivée la molle lansueur de leurs paupières et l’éclat caressant de leurs prunelles. Leurs cheveux blonds s’encadraient dans le décor modern style des glaces entourées de fleurs naturelles, une Iyre de roses mourantes pleuvait des pétales sur le vin blond qui pétillait. Je m’enquis de Ja Loi du iravail de cette maison où Ja vertu s’entoure de tant d’attraits. La plus jolieserveuse, qui n’avait pas vingt ans, me dit qu’elle était tenue à la présence de six heures du soir à quatre heures du matin. Trois Jours par semaine, elle n’est de service qu’à partir de neuf heures du soir. Ses émoluments consistent en 60 marks par mois (75 francs) que lui paie le tenancer, ses pourboires sont pour elle. De plus, elle touche 15 p. 100 sur le prix des boissons qu’elle vend, Je voulus lui faire dire — le sachant d’autre part — que ses revenus ne s arrêtalent pas là. Mais je vis que j offensais la vertu permise par la lettre des règlements.
Dehors, sous la clarté des lampes à arc, des voitures,.des automobiles stationnaient comme devant le Café américain. Il était deux heures du matin.
Et qu'on ne vienne pas me raconter qu’ « on s’embête à Hambourg... »
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