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maitre, occupé alors de soins plus graves, et ont pris la liberté de grandir et de se développer selon les simples lois de la nature. Puis est venue la guerre, l'impitoyable guerre, qui s’est emparée des naïades en bronze assises au bord des jets d'eau et des tritons boursouflés pour en faire des balles ct des baguettes de fusils, puis l'industrie, qui à transformé en un champ de navets les larges avenues et les aîlées inutiles,
L'intérieur des maisons de campagne a été aussi modifié selon notre goût actuel. Les festons de fleurs ont fait place à la légère ciselure. Les meubles sont devenus à la fois plus simples et plus confortables. Cependant la Hollande conserve toujours un genre de luxe qu'on ne retrouve nulle part au même degré ; ce sontles riches tapis, les laques et les vases de la Chine, les fines tasses en porcelaine que la maitresse de maison lave et essuie elle-même dès qu’on s’en est servi, de peur que la main maladroite d’une servante ne vienne à les briser. La maison de campagne est la joie, l’orgucil du négociant hollandais. Il aime à la placer au bord des routes fréquentées, à la montrer coquette et reluisante de propreté au milieu d'une belle pelouse verte. Il ne l'entoure pas d’une barrière jalouse qui en déroberait l'aspect aux voyageurs. Il trace seulement un fossé autour de son domaine, et met sur la porte, en grosses lettres, une jnscription qui caractérise l’amour qu’il porte à son habitation : c’est mon repos, ma satisfaction, plaisir de la campagne, vue de la mer, et toutes sortes d’autres attributs non moins tendres et non moins poétiques. C’est là que sa famille se retire en été, et c’est là qu’il va chaque dimanche se reposer des travaux et des calculs de la semaine. Sa journée se passe là, comme à la ville, au milieu des siens, et quelquefois dans un très-petit cercle d'amis. On ne connaît pas en Hollande le besoin d’avoir sans cesse du monde autour de soi, de faire ou de recevoir des visi-
tes, et de s'entendre annoncer le soir dans deux ou trois salons. A part la Haye, où les habitudes françaises ont un certain empire, je ne crois pas qu’il y ait dans tout le royaume une ville où un honnête dandy puisse s’en aller, quand bon lui semble, faire parade de l'éclat de son gilet et de l’irréprochable netteté de ses gants jaunes. La maison hollandaise n’est ouverte qu'aux parents, aux amis intimes, aux gens d’affaires. Deux ou trois fois dans l'hiver le riche propriétaire, le banquier donne un grand bal ou un diner. Ce jour-là on ouvre les grands appartements, on étale toutes les magnificences amassées depuis des siècles dans la maison, on prodigue aux convives les productions de l'Orient et les vins de toute sorte. Puis, le lendemain, la housse retombe sur les meubles de soie et en damas, les porcelaines et les cristaux sont remis dans l'armoire, le grand salon est fermé, la famille redescend dans ses petits appartements et rentre dans son repos. Tout le jour les femmes sont occupées du soin de leur ménage, le soir elles restent avec leurs enfants, les hommes vont au club se délasser des calculs de la journée. L'art, la science, l’industrie, l'opinion sont représentés par des clubs. À Amsterdam, par exemple, ily en a un où l’on amasse des livres, des tableaux, des sculptures, où l’on donne des concerts ; un autre où l’on reçoit les journaux politiques et étrangers : un troisième où l'on trouve une ménagerie et un cabinet d'histoire naturelle; un quatrième qui s’est formé pour avoir seulement trois ou quatre bals et quatre soupers par hiver; un cinquième, qui est le club des patriciens, où l’on trouve peu de journaux, mais plusieurs tables de jeu. Quelques-uns de ces clubs sont très-anciens et fort riches. Presque tous ont une maison à eux et un mobilier considérable. Chaque membre a le droit d'amener à au bal ou au concert sa femme ou sa fille, et d’y introduire pour deux ou trois semaines un élranger.
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Quant aux habitants de la ville qui ne font pas partie du club, l'entrée leur en est absolument interdite. On n’est admis dans ces sociétés que par voie d'élection, à la pluralité des suffrages. Chaque membre peut même déballotter un candidat, sans en dire le motif et sans se nommer, en déposant tout simplement dans l’urne une pièce de dix florins. Cette grossière coutume révolte, je dois le dire, beaucoup de Hollandais, et sera probablement abolie.
Les bourgeois qui n'ont pas les moyens d'entrer dans ces clubs où la cotisation annuelle est toujours assez élevée, s’en vont le soir avec leur femme et leurs enfants dans des établissements publics, où un orchestre presque aussi bruyant que celui de Musard exécute avec une rare naïveté les nouveaux opéras, et où une troupe d'acteurs jouent en hollandais les vaudevilles de Scribe. Toute la salle est pleine de petites tables rangées symétriquement. D'un côté est le théâtre, et de l’autre on voit, à bénédiction! le buffet du restaurateur et du limonadier, la théière fumante, les larges tranches de veau ou de jambon, dont l'aspect seul amène sur les lèvres des Hollandais un indicible sourire de bonheur. On paye pour entrer dans ce paradis des joies humaines 1 fr. ou 1 fr. 50 c.; et voyez quel comble de félicité! pour cette même rétribution qui donne droit à tant de jouissances intellectuelles, on peut avoir en outre à son choix une grande tasse de thé, du punch ou du genièvre. L’honnèête père de famille s’assoit avec les siens à une table, prend comme un nabah, des mains du garçon, la longue pipe en terre qui se donne partout gratis dans les plus beaux cafés comme dans les dernières tavernes; puis il commence son souper, il regarde, il écoute, il boit, il fume, et dans ce moment de repos ineffable sans doute, il remercie au fond du cœur le bon Dieu, qui a donné à l’homme l’arome du genièvre et de l’eau-de-vie, la
musique de M. Aubert et les couplets de M. Scribe. Le lazzarone couché au soleil sur un des quais de Naples, l'ouvrier de Paris enchanté un dimanche par le marchand de vins de la barrière, ne sont certainement pas plus heureux que ce digne bourgeois d'Amsterdam entouré d’un nuage de fumée et savourant goutte à goutte la liqueur qu'il s’est fait servir.
L’habitude que les Hollandais ont toujours eue de tenir leur porte close, de ne recevoir les personnes de leur connaissance qu'à certains jours de l’année, et de se retrancher à leurs heures de loisir dans l'enceinte d'un club, peut bien passer pour de l’insociabilité. Euxmêmes le reconnaissent, et ne cherchent pas à s’en corriger. Ils pourraient cependant alléguer comme cause de cette insociabilité plusieurs raisons qui, tout en ne l’excusant pas entièrement, lempèrent du moins ce qu’elle aurait de choquant si on la regardait comme un vice de caractère ou une boutade. D'abord, le Hollandais est de sa nature réservé et tacilurne. Son éducation, son esprit ne le portent pas à rechercher les dehors brillants, à s'exercer à cette joute vive et capricieuse qu’on appelle le langage du monde, et à convoiter le suffrage des salons. Il aime son travail, ses affaires, l’intérieur de la maison, la vie de famille. La visite d’un étranger dérange nécessairement la régularité systématique de ses habitudes, et apporte de la surprise, du trouble. Avant de l’introduire dans son cercle domestique, le Hollandais veut voir son hôte en particulier ; il est froid et contenu avec lui; puis une fois qu’il le connait et l’apprécie, il l’accueille avec abandon et cordialité; car il traite les relations du monde avec la même prudence et les mêmes qualités honnèêtes que les affaires. Qu’on aille proposer une spéculation à un négociant hollandais, il ne se laissera pas surprendre de prime abord par tout ce qu'elle pourrait offrir de séduisant ; il voudra l’étudier à l'écart, la
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retourner sous toutes ses faces, l’approfondir; mais quand il aura promis de s’y hasarder, dût toute su fortune s’y engloutir, il tiendra sa parole. C’est une remarque que j'ai entendu souvent faire à des négociants de notre pays. Nous entrons difficilement en rapport, me disaient-ils, avec les Hollandais ; mais, une fois que nos relations sont établies, nous en sommes sûrs.
Une autre cause de l’extrûme réserve avec laquelle les Hol'andais ouvrent leur maison tient à leur économie. Comme on ne se réunit pas seulement dans ce pays pour se grouper autour d’une cheminée, pour causer et échanger les nouvelles du jour; comme lorsque une demi-douzaine de personnes se trouvent ensemble, il faut que les dieux de l'abondance y soient aussi, il en résulte que toute réunion est assez coûteuse, et que le Hollandais sacrifie volontiers cette distraction d’un moment à la vertu de ses pères, à l’économie.
Dès leur bas âge, les enfants apprennent à respecter et à pratiquer l’économie. Chaque année, au lieu de leur donner le 1° janvier de fragiles étrennes, leur père leur remet une petite somme d'argent qu'on leur reprend quelques jours après pour la déposer dans une caisse d'épargne. Bientôt ils ont la joie d’administrer eux-mêmes leur capital, d’en toucher les intérêts, de les replacer, et de voir ainsi de mois en mois leur trésor s’accroître. Lorsque, après avoir goûté pendant dix ou quinze ans ces joies du calcul, ils entrent dans les affaires, on peut croire qu’ils connaissent la valeur d’un florin et qu'ils ne feront pas de folie. Certes il est facile d'écrire d'excellentes plaisanteries sur cette façon d’inoculer l'amour de l'or dans le cœur d'un enfant et sur la vie parcimonieuse des plus riches banquiers ; mais voici un autre côté de la question. La Hollande est une contrée toute maritime, où l’on ne trouve pas même la matière première d’un navire : le bois, le fer,
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le chanvre!. Elle ne subsiste que par son commerce, et la prospérité de son commerce repose en partie sur son économie; c'est par l'économie que ce petit pays a fait tant de grandes choses ; c’est par là qu’il peut soutenir les charges énormes qui lui sont imposées aujourd'hui. Ajoutons à ceci que tous les calculs d’'économie si chers aux Hollandais sont mis de côté dès qu'il s’agit d’une question d'utilité publique ou de charité. Je ne crois pas qu'il y ait dans aucun pays autant de beaux et de vastes établissements de bienfaisance, de maisons de refuge pour les pauvres et les orphelins, et d'écoles gratuites, qu'il y en à Hollande; et tous ces établissements ont été fondés et sont entretenus par les particuliers. La religion exerce à cet égard sur eux une grande influence. Le peuple hollandais est trèsattaché à ses croyances, et il ne se contente pas de vénérer les maximes de la Bible et de l'Évangile, il les met en pratique. Chaque hiver, de nouvelles listes de souscriptions pour les pauvres sont répandues de toutes parts, et il n’est pas un bourgeoïis, pas un ouvrier même, qui ne se cotise largement et de bon cœur pour secourir ceux qui souffrent. Chaque fois qu’une digue se rompt, qu’un malheur afflige une partie du pays, on fait un appel à la charité des Hollandais, et toujours ils répondent à cet appel par des dons considérables. IL y a quelques années qu’une des provinces du sud ayant été dévastée par une inondation, on demanda de tous côtés des secours pour les victimes de ce désastre. Un jour la souscription fut envoyée chez un négociant de Rotterdam, riche mais parcimonieux, qui habitait une
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1. A Amsterdam, cette capitale du commerce, cette grande ville où tant de bâtiments viennent chaque jour prendre leur cargaison et faire leurs approvisionnements, il n’y a pas même de l’eau potable. On la fait venir d'Utrecht, dans des bateaux, et l'hiver, quand les sources et les canaux sont gelés, elle coûte fort cher. L'eau de Seltz 1 est à meilleur marché. ‘
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petite maison obscure et se montrait toujours mal vêtu : ce négociantfit remettre aux commissaires 50000 francs.
Ces mêmes hommes qui oublient si facilement leurs principes d'économie pour secourir les pauvres, ne craindront pas non plus d’outre-passer leur budget ordinaire, s’il s’agit d'acheter une œuvre d'art ou un livre précieux. La Hollande est le pays des collections. Il y a peu de familles aisées chez lesquelles on ne trouve des meubles, des tableaux, des bijoux d'un autre temps amassés avec soin et conservés avec un respect religieux. Quelques riches particuliers ont des collections qui feraient honneur à des princes. Une partie leur a été léguée par leurs aïeux; le reste, ils l'ont recueilli eux-mêmes à force de recherches et d'argent. Telle est, par exemple, à Amsterdam, la collection de MM. Six, Van Brienen et Van der Hoop; à la Haye, la collection d’elzevirs et d’impressions du xv: siècle de M. le baron Westreenen; à Leyde, la collection de M. Siebold, à laquelle on a donné le nom de Musée japonais, et qui est un véritable musée de toutes sortes d'objets d'arts, d'ustensiles et de productions de l'Inde. Les collections des villes ont même été en grande partie formées par des particuliers. C’est à un seul homme, par exemple, au savant naturaliste Temmink, que l’université de Leyde doit la prodigieuse quantité d'oiseaux qui est une des principales richesses de son célèbre cabinet d'histoire naturelle. C’est par des négociants, des fonctionnaires, que les cabinets de raretés d’Utrecht, de Groningue et des autres villes se sont successivement agrandis. 1l est à regretter que toutes ces collections, formées ainsi de dons gratuits, ne soient pas gratuitement ouvertes au public. Nul musée, nul édifice curieux ne s'ouvre sans une rétribution. Passé l'heure de l’office, les églises mêmes sont fermées, et s’il y a là une colonne, un tombeau qui vous intéresse, vous n’y arriverez qu’en payant un tribut au sacristain. La question
d'argent se mêle ici à toutes les relations de la vie et se représente à chaque instant sous toutes les formes, Tantôt elle vous apparaît dans les rues sous la figure d’une vieille femme juive qui vous prend par le collet pour vous forcer à voir son étalage de fruits ou de vaisselle, tantôt sous celle d’un colporteur de loterie qui vous poursuit pour vous faire prendre un billet, quelquefois sous la physionomie timide et respectueusement obséquieuse d’un officieux qui s'offre à vous montrer la digue ou à vous indiquer la rue que vous cherchez, et quand vous sortez le soir d'une maison où l’on vous à honnètement prié à diner, vous la voyez couverte d’une livrée, portant une bougie pour vous éclairer et attendant un florin. En vérité, la France peut, à bon droit, s'appeler une nation libérale; tous ses trésors d'art et de science sont livrés sans réserve à la curiosité de l'étranger; il peut passer des années entières dans la plus riche bibliothèque du monde sans qu’on lui demande seulement qui il est, et pour entrer au Louvre il n’a qu’à montrer son passe-port. Les paysans de la Hollande sont, comme les habitants des villes, remarquables par leur esprit d'ordre, de travail, et les habitudes d'économie. Ils ont de plus un fonds de moralité que l’on chercherait vainement dans plus d’une maison de la Haye ou d'Amsterdam. Le luxe et la paresse n’ont pas encore corrompu le cœur de leurs filles; c’est dans l’intérieur des villes que le vice recrule ses victimes, et sous ce rapport la statistique d'Amsterdam n’est pas moins triste que celle de Paris. Ce qui sert surtout de sauvegarde aux paysans contre les tentations de la cité, c’est un sentiment religieux si intime, si ferme, que nulle part peut-être, dans ces temps de doute et d'incrédulité, on n’en trouverait un semblable. Tous savent lire, et de préférence ils lisent Ja Bible, les Psaumes et d’autres livres de piété. Beaucoup d’entre eux ne se contentent pas de
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graver dans leur mémoire le texte de l'Écriture sainte, l'enseignement des apôtres : ils discutent ce texte comme des théologiens, ils se posent des questions de controverse comme au temps des conciles. Souvent le dimanche, au retour de l’église, on peut les voir assis devant une table, la pipe à la main, analysant le sermon du prètre, pesant ses paroles, indiquant son côté faible. Il y a en Hollande un traité de théologie en quatre énormes volumes in-quarto qui épouvanterait le plus intrépide cénobite. On vient de le réimprimer pour la vingt-deuxième fois. Tous les paysans veulent avoir cet ouvrage chez eux : presque tous ont lu, relu et commenté. De cet esprit d'examen ct de discussion résultent nécessairement de vives dissidences entre les habitants d’une même communauté, el dans un pays où tout prend un caractère séricux el une farine durable, ces dissidences enfantent des sectes. } a Hollande est l’une des contrées où il y a le r'us de sectes relie. gieuses, mais elles vivent l'une à côté de l'autre dans un accord parfait. Personne ne craint d'avouer sa croyance, car toutes les croyanres sont admises par le gouvernement et respectées par les individus.
Le sentiment de l’art, l'amour du chant et de la mélodie n’enchante point les villages de ia Hollande comme ceux de l'Allemagne. Que de fois, sur les hors de l’Elbe ou dela Sprée, au pied duThuringerwald, aux rives charmantes du Danube, je me suis arrèté surpris et charmé tout à cour par la voix harmonieuse de quelques compagnons ouvriers qui se reposaient le long de leur route et chaniaient en chœur un de leurs refrains chéris. Le maysan hollandais ne chante pas. A ces foires annueiles, qui sont les vraies fêtes du peuple, à tes fermesse tant aimées, on le voit se promener gravement de boutique en boutique avec sa femme ou sa fiancée, puis il entre dans une taverne, il allume sa pipe, se fait servir son verre de bière ou de genièvre ;
s’il est riche, sa bouteille de vin; et alors, pour peu que le lieu lui plaise, que sa femme ne cherche pas trop à l’entraîner dehors ou que de bons voisins le retiennent, il court grand risque d’oublier le proverbe que son père lui a appris et qu’il apprendra lui-même un autre jour à ses enfants :
Als de vièn is in der man,
Dan is de wièsheid in de kan.
« Quand le vin est dans l’homme, la sagesse est dans le flacon. »
C'est, du reste, une chose curieuse que ces kermesse avec leurs petites boutiques en plein air, leurs voitures de charlatans, et tout ce monde endimanché qui accourt des environs ; chaque ville a la sienne, et même chaque village un peu important. Les fourneaux des marchands de gauffres, les petites échoppes ambulantes où l’on vend des liqueurs, en sont un des éléments
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essentiels. À Amsterdam, la kermesse dure un mois, et, E du matin au soir, sur les places publiques, la graisse 1 fondue petille dans la chaudière, les crêpes s’amon- 1. cellent sur le plateau d'étain, et le violon crie dans les ! tavernes. Heureuse, oh! bienheureuse alors la jeune 4 servante qui a, de par la ville, un cousin ou un fiancé pour lui donner le bras, la promener en grande toilette ! à travers les magnificences du Kalverstraat, les délices 4 culinaires du Botermarkt, et lui faire savourer le soir 4 le rosbeef du nachthuys'. Quant à celles que la Provi- | dence n'a pas encore gratifiées d’un cousin ou d’un fiancé, hélas ! dans ces jours de joie universelle, elles À sont bien délaissées, et l’on en à vu plus d’une réduite 1 alors à payer un homme pour la conduire de rue en | rue, tant par jour et tant par heure, comme un ca- |
briolet. Si cet homme à une bonne mine, s’il est ha-
1. Nachthuys (maisons de nuit), cabarets qui ne s'ouvrent qu'à dix heures du soir et ne se ferment qu’à cinq heures du matin.
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billé à neuf, s’il porte une épingle en or à sa chemise, des gants de castor et un chapeau de feutre, si de plus il est propriétaire d’un parapluie, il ne loue son bras et son savoir-vivre qu'à un prix énorme, et la pauvre fille dépense parois, en quelques promenades de kermesse , toutes ses économies de l’année.
Mais revenons au paysan. C’est une charmante chose que sa petite maison en briques, avec son enclos, sa plantation d'arbres, son canal au bord duquel est amarrée une barque, et ses nids de chaume et de rameaux, où chaque année la cigogne revient, hôte chéri, annoncer le printemps. Tout, dans cette demeure, est rangé avec soin, et entretenu avec une minutieuse propreté; les fenêtres sont lavées chaque semaine, les meubles essuyés et frottés chaque jour. Pour plus de propreté, on ne fait pas la cuisine dans le corps de logis habité par la famille, mais dans un petit bâtiment à part. La principale pièce de la métairie est celle qui renferme les richesses du paysan, c’est-à-dire la crème, le beurre, le fromage. Les femmes traient les vaches dans des vases en cuivre étincelants comme l'or; le beurre se fait dans une tonne, au moyen d’une mécanique mise en mouvement par un cheval, Le fromage se vend par milliers de pièces dans les villes voisines, et par centaines de milliers dans les pays étrangers.
Dans ces habitations de paysans, la forme des vôtements, les habitudes ont peu changé. Là toutes les occupations de la vie sont indiquées et pour ainsi dire fixées par la tradition; chaque jour à son emploi, chaque saison ses fêtes et ses travaux. En été, le paysan se récrée le dimanche à faire trotter ses chevaux, ou à exercer son adresse au jeu de quilles près de l'auberge. En hiver, il patine sur les étangs et les rivières. Les fètes de famiile se célèbrent toujærs avec une grande pompe; on voit encore, dans beaucoup de maisons, une porte d'entrée qui ne s'ouvre que pour les trois
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grandes solennités de la vie : pour l'enfant que l'on va baptiser à l’église, le jeune homme qui mène sa fiancée à l'autel, et le mort que l’on porte dans sa dernière demeure. Si la fermière devient veuve, ordinairement elle épouse son premier valet de ferme. La proposition de mariage se fait ainsi : le jour où les gages des domestiques doivent ètre payés, la fermière appelle le valet à l'écart, et lui donne ce qui lui est dù; le valet refuse, la femme insiste; si enfin elle le force d’accepter ses gages, c’est un signe qu’elle ne veut pas de lui, et alors il abandonne la maison; sinon il reste et prend la direction des affaires. Mais plus d’une famille de paysans a, comme en Norvége, une longue généalogie dont elle est toute fière, et ne voudrait pass’allier à une famille moins ancienne. Dans quelques provinces, les jeunes gens qui font la cour aux jeunes filles vont encore, comme dans la Suède, passer la nuit avec elles sans qu’il en résulte aucune cause de scandale.
Dans certaines villes, on trouve aussi plusieurs usages anciens qui ont résisté à toutes les révolutions. A Harlem, par exemple, lorsqu'une femme accouche, on place sur la porte de sa demeure une rosace en dentelle, toute rose si elle a mis au monde un garçon, rose et blanche si elle est mère d’une fille. Autrefois, cette
rosace arrèêtait la loi elle-mème; le juge et l’archer :
ne pouvaient pénétrer dans une maison, tant qu’ils voyaient sur la porte ce symbole des joies et des souffrances maternelles. Aujourd’hui, la rosace n’a pas tant de pouvoir, mais elle révèle encore au passant l'événement qui occupe toute une famille, et l'invite à ne pas troubler, par un vain bruit, la demeure d’une femme qui à besoin de repos. Dans cette même ville, à un certain jour de l’année, les habitants ont coutume de manger un lapin et des pois, en mémoire d’une journée consacrée par les priviléges du moyen àge, où
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qu'ils soufa pas nssant vite à d’une ille, à tume d'une e, où
les bourgeois avaient le droit de chasser, vingt-quatre heures durant, sur les terres de leurs seigneurs. A Leyde, au temps où cette ville s’enrichissait chaque jour par le produit de ses manufactures, il y avait un marché aux cuirs, rélèbre dans toute la Hollande et dans plusieurs autres contrées; chaque matin, à quatre heures, la cloche de | église appelait les bourgeois à ce marché. Maintenant, les manufactures de Leyde ont été écrasées par celles d'Angleterre et de Belgique, la ville se dépeuple, le marché aux cuirs n'existe plus ; mais chaque jour, la cloche qui l’annonçait sonne comme autrefois, à quatre heures du matin, et chaque année, dans la même ville, on célèbre l’anniversaire de cette fête mémorable où les Espagnols, qui assiégeaient les remparts, s’enfuirent en désordre. Il en est de même dans les autres provinces pour tout événement heureux ; partout les Hollandais veulent conserver le souvenir de ce qui a jadis occupé ou ému leurs pères, et de ce qui a fait la joie, la gloire, la prospérité de leur pays.
Qu'importe donc la singularité. de certaines habitudes, et la roideur peut-être trop apparente de certaines formes dans un pays où l’on trouve tant de vertus essentielles : le sentiment religieux, l’amour de la famille, la probité dans ses relations, l’ordre et la persévérance ? Les Hollandais n’ont jamais eu, que je sache, la prétention de passer pour un peuple brillant et chevaleresque. Ils ont été puissants sans forfanterie, et quand nous en viendrons à raconter leurs premières expéditions maritimes, nous verrons qu'ils ont eu quelquefois, avec la plus parfaite simplicité du monde, un héroïque courage. Ne nous obstinons donc pas à chercher en eux les qualités qui ne sont pas dans leur nature, et sachons apprécier celles qu’ils ont de temps immémorial. C’est un peuple pratique et raisonnable, deux qualités qui ont bien quelque valeur au temps où
nous vivons. C’est, si l’on veut, une grande maison de ; commerce, intelligente, laborieuse, loyale qui maîtrise | la fortune par son travail, l’assujettit par sa ténacité, | et peut inscrire en tête de ses monuments cette devise | du passé : |
Concordia res parvæ crescunt,
Il | LE HELDER.
L'une des provinces les plus intéressantes, les plus | variées du royaume actuel de Hollande est celle qui 1 | porte le nom de Noord-Holland (Hollande septentrio- à | nale). C'est là que l’on trouve les sites les plus frais, À les contrastes les plus saillants. Ici une longue plaine ? parsemée de splendides jardins, couverte de fruits et te de moissons, et un peu plus loin les sables arides des | dunes; ici les larges et belles rues de Harlem avec son hôtel de ville, téinoin de grands événements, son ca-
: rillon joyeux, qui de loin égaye et édifie en même ; ; temps le voyageur, et à deux lieues de là le pauvre à
hameau de Zandvoort, avec ses frêles cabanes en plan- | ches qui me rappelaient celles de Norvège ou celles d'Islande, et ces longues grèves nues ou l’on n’entend que le mugissement des vagues et les soupirs de la brise ; ici le luxe des grands seigneurs de la banque, dont la signature s’escompte dans le monde entier; là l'indigence du batelier, qui s'en va à travers les vagues et l'orage poursuivre une proie incertaine, et se jelte jusqu’à la ceinture dans l’eau salée pour rapporter dans sa demeure le panier de poisson qu’il a péniblement pêché. Dans cette province, le peuple est remarquable par sa force et son air d'indépendance ; il a cette mâle