Le Lucifer de Vondel fut publié en 1654, le Paradis perdu
en 1667.
ne mate en
nu
Le premier acte commence par une exposition imposante. Lucifer a envoyé un de ses anges vers la terre récemment créée pour examiner la nouvelle race à laquelle Dieu vient de donner le jours. Le messager tarde à revenir, les esprits célestes s'impatientent, et Belzébuth se plaint, quand tout à coup Bélial s'écrie : « Voici venir Apollion, votre envoyé; de sphère en sphère il s'élève à nos yeux, son vol est plus prompt que le vent, ses ailes effleurent ou écartent les nuages, et laissent partout un sillon de lumière. Il sent déjà l'air plus pur que nous respirons, il voit ce jour plus beau, ce soleil radieux dont les rayons se jouent dans un azur limpide. Les globes célestes le regardent étonnés de son essor gracicux, de son aspect divin. Le n’est pas un ange qu'ils croient voir, mais un feu ra pide. Nulle étoile ne file aussi vite. Le voilä qui s'ap-
proche un rameau d’or à la main; il a her terminé son voyage. »
"ro
usement
Belzébuth accourt au-devant du messager aérien, l'interroge, et Apollion lui décrit avec enihousiasine les richesses de la terre, la saveur de ses fruits, l'éciat de ses pierres précieuses; puis, quand il en vient à parler de l’homme, son langage exprime l’adiniration ei l'euvie : « J'ai vu, dit-il, le lion ramper aux pieds de son maître et le caresser; devant lui, le tigre cessait d’être cruel, le taureau baissait humblement ses cornes, et l'éléphant sa trompe; le griffon et l'aigle s'approchaiert pour écouter les accents de l’homme, et avec eux venaient aussi le dragon, le béhémotkh et je léviathan. Je ne parle pas des louanges que les ciseaux des bois donnent à l’homme dans les modulations harimonieuses de leurs chants, tandis que les sourire du vent dans le feuillage et du ruisseau dans scn hit bordé de fleurs forment une musique que l’ereilie ne se lasse pas d’en-
tendre.
« Jamais un habitant des régions célestes n’enchanta
mes yeux comme les deux habitants de la terre. Dieu seul a pu joindre avec tant d'art l’âme et le corps et créer de doubles anges d'os et d'argile, La science du Créateur se révèle dans la noble attitude de l’homme et brille surtout sur son visage, miroir de l'âme. Si chaque partie de son corps étonnait mes regards, celleci avait pour moi un charme inexprimable, car elle réunit toutes les beautés. Un esprit céleste éclate dans les yeux de l’homme, et l’immortalité resplendit sur sa face. Tandis que les animaux, muets et privés de raison, penchent leur tête vers la terre, lui seul élève fièrement la sienne vers le ciel, vers Dieu qui lui à donné la vie, et dont il chante les louanges.
« Que pensez-vous, dit Belzébuth, de la femme sortie de ses flancs?
— Hélas! répondit Apollion, quand je l’ai vue conduite par Adam sous le feuillage des arbres, j'ai de mes deux ailes voilé mes yeux et mon visage pour comprimer ma pensée el vaincre mes désirs. De temps à autre, Adam s'arrêtait pour la contempler, et alors une flamme sainte s'allumait dans son cœur. IL embrassait son épouse, et tous deux célébraient leur hymen avec une ardeur et une félicité que vous pouvez deviner, mais que je ne puis dépeindre. Que la solitude est triste! Nous ne connaissons pas l'union des sexes, l'alliance de la vierge et de l'époux. Hélas! nous sommes mal partagés, nous ignorons les jouissances de l'hymen dans un ciel sans femmes! »
Apollion parle ensuite de la beauté de la femine avec un tel ravissement, que Belzébuth s’écrie : « On dirait que vous brûlez d'amour pour elle?
— Oui, reprend le malheureux messager, jy ai brülé mes ailes. Ce n’est pas sans peine que j'ai pu me résoudre à quitter la terre pour remonter dans les régions célestes. En m'éloignant des lieux habités par l’homme, je les regrettais, et j'ai détourné la tète plus
Dieu
rps et ce du mme 1e. Si celleelle dans ul" Sa e raie fièonné
sortie
con- > mes npriutre, une r'as— men eviest PXeS, mes men
vec jrait
‘ülé rér'épar
lus
de trois fois pour les revoir encore. Non, dans toute l'étendue des sphères sublimes, il nv à pas un séraphin que l’on puisse comparer à la femme. Ses cheveux dorés entourent sa tête comme une auréole et retombent sur ses flancs. Quand elle paraît, on dirait qu'elle sort du sein de la lumière et que sa présence donne au jour un nouvel éclat. La perle et la nacre sont l’image de la pureté, mais la femme est plus pure que la nacre et plus blanche que la perle. »
Les riantes images d’Éden, le récit du bonheur de l’homme, le tableau des hautes destinées que Dieu fui réserve, éveillent dans l'âme de Belzébuth une jalousie violente, qui bientôt s'empare aussi de Lucifer.
Au second acte, ce prince glorieux des anges apparaît pour donner des ordres aux cohortes qui lui sont soumises, et l’orgueil révolté, la colère, éclatent dans chacune de ses paroles, « Esprits rapides, s’écrie-t-il, arrêtez ici notre char. Déjà notre tête a porté assez haut l'étoile du matin. Il est temps que Lucifer courbe le front devant cette double constellation qui de là-bas s'élève vers les régions supérieures pour faire pâlir la lumière céleste. Ne brodez plus de couronnes dans mon manteau, n’entourez plus mon front d’une auréole d'étoiles et de rayons devant laquelle les archariges s’inciinent. Une autre clarté vient de naître, qui efface la nôtre, comme le soleil efface l'éclat des étoiles aux yeux des mortels. La nuit s'étend sur les anges et sur les soleils célestes. Les habitants du nouveau paradis ont gagné le cœur du maître ; l’hommeest l'ami de Dieu ; notre esclavage commence. Allez, servez et honorez cette nouvelle race comme il convient à d’humbles sujets. L'homme est créé pour Dieu, et nous sommes créés pour l’homme. Le temps est venu où les habitants de la terre prendront le cou de l'ange pour marche-pied. Veillons sur eux, élevons-les sur nos bras et sur nos ailes vers les trônes éthérés. Notre hé-
ritage leur appartient ; notre droit d’aînesse est aboli, et le fils du sixième jour, sj semblable au père, porte la couronne. ,
Bientôt Ja jlouse colère de Lucifer éclate sans con. lrainte, Excité par ses Conscillers, séduit par les adulations des milliers d'anges Soumis à ses ordres, il ne Parle plus de Courber le front devant Dieu et de re- Mettre son Sceptre aux mains de l'homme : il veut, dans l'exaltation de SON Orgueil, lever l'étendard de Ja révolte, écraser l'homme et régner dans Je Ciel, « Oui, dit-il, c'en est fait, je placerai mon trône au plus haut de la voûte céleste, entre les sphères éthérées et les astres étincelants. Mon palais sera dans l'empirée et l'arc-en-cie] sera mon siége; les COnStellations orneront ma demeure, Ja lerre sera mon Marchepied. Assis sur les nuages rapides, fendant les airs et la
el le monde rentrera dans Je Chaos. »
La lutte est décidée. Les anges rebelles se rassemblent autour de Lucifer, les bons anges suivent l’étendard lumineux de Michel. Au moment où l'attaque va Commencer, Raphaël s'avance un lameau d’or à Ja Main, et tâche de Prévenir cette lutte funeste; ses paroles de paix, de miséricorde, Pénètrent dans le cœur de Lucifer et l'ébranlent. Un instant, le chef de la rébellion se sent ému, il hésite, il regarde en arrière : mais les cris de ses soldats et Ja voix de l'orgueil raniment sa résolution : il donne le signal du combat, et S'élance à Ja tête de ses troupes.
U Cinquième acte, Uriel vient laConter la bataille. Le récit de ce Combat céleste ressemble à celui d'un
st aboli, >, porte
ns cones adu- S, il ne derel veut, d de la . «Oui, 1s haut s et les rée et Orneepied.
> et la | pouhaut, . Oui, nt les sous drme,
sem- ‘tenle va à la ) paœur rébre :
aniet
le.
un
combat humain, mais il a cependant de la grandeur et de l'éclat. Trois fois Lucifer est revenu, avec le courage du désespoir, attaquer l’armée de Dieu, trois fois il a été repoussé. Après ces vains efforts, cerné, pressé, battu de tous les côtés, il abandonne le champ de bataille, il fuit, il se retire avec ses troupes éparses et meurtries dans une enceinte de nuages sombres, et là, pour se venger, il jure d’anéantir la félicité de l'homme. Bélial part pour accomplir ses ordres; Bélial va chercher le plus rusé des animaux, le serpent, et lui souffle son esprit satanique. Adam et Eve succombent, mais après leur chute on voit reparaître le chœur des anges, dont les regards plongent dans l'avenir, et le drame se termine par un chant d'espoir et de miséricorde: « Gloire à vous, Seigneur! un jour vous écraserez la tête du serpent, vous délivrerez le genre humain du péché héréditaire d'Adam, et une demeure splendide s'ouvrira dans le ciel pour les rejetons d'Eve. Nous compterons les siècles, les années, les jours, lesheures, jusqu’à ce que votre grâce se manifeste, que votre bonté infinie ranime et glorifie la nature languissante dans les corps comme dans les âmes, et replace de nouveaux anges sur les trônes qui viennent d'être abandonnés. »
Vondel avait composé cette pièce pour le théâtre d'Amsterdam. Elle fut jouée deux fois; à la troisième, le clergé protestant, qui la trouvait peu orthodoxe, en fit interdire la représentation. Cette défense fut plus utile que nuisible au poëte. Lucifer est une de ces pièces qu'il est difficile de mettre sur la scène, et qu'il faut lire dans une sorte de recueillement pour en comprendre l'imposant ensemble et les grandes et vraies beautés.
La vie de Vondel est une page de plus à ajouter à la douloureuse légende des hommes de génie. Son père était chapelier à Anvers et faisait partie de la secte des
anabaptistes. Effrayé des rigueurs que les Espagnols exerçaient envers tous ceux qui ne professaient pas ouvertement le catholicisme, il quitta sa ville natale et se retira à Cologne. Ce fut là que naquit, en 1587, l’auteur de Lucifer. Quelques années après, la puissance de l'Espagne étant déjà contre-balancée par l'énergie des Hollandais, le chapelier d'Anvers crut pouvoir, sans trop de danger, retourner dans sa patrie. Ilemploya le peu d’argent qu'il possédait à louer une charrette pour porter son jeune enfant et son bagage. Lui-même marchait à pied avec sa femme, priant et récitant des versels de la Bible, et l’honnète charretier qui les conduisait, touché de leur douceur, de leur piété, du visage riant et candide de leur fils, les comparait naïvement à saint Joseph et à la Vierge emmenant l'enfant Jésus en Égypte!
Debonne heure, Vondel se distingua par ses dispositions littéraires. À l’âge de quinze ans, on le comptait déjà parmi les meilleurs poëtes de la Hollande. II fut admis, peu de temps après, dans la chambre de rhétorique d'Amsterdam, puis se maria, et, tout en étudiant les auteurs latins et français, fit le commerce de la bonneterie. Sa première tragédie, intitulée /a Destruction de Jérusalem, date de 1620. C'était un essai timide et informe où brillait çà et là une lueur de vrai talent. Quelques années après, il en composa une autre qui produisit dans toute la Hollande une violente rumeur. Elle portait le nom de Palamède. C'était, sous un titre supposé, l’histoire touchante de ce noble et vertueux Olden Barneveld qui mourut victime de son patriotisme et de l'ambition de Maurice, prince d'Orange. Les amis de Maurice intentèrent un procès au poëte. Il prit la fuite et s’en alla d’abord chercher un refuge chez son beau-père, qui, dans son effroi, refusa