‹ En Amérique et en Europe [microforme]Chapitre 47 sur 76 · QE · texte numérisé non relu

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hospitaliers, et d'une politesse Parfaite envers l'étranser. Un crand nombre d'entre EUX, par les relations que leur crée leur industrie, par leurs Voyages en différentes contrées, ont acquis des Connaissances qu'on est Surpris de l'ouver parmi de simples paysans, Dans une auberge de Village, j'ai trouvé Cinq journaux littéraires d'Allemagne, ct un piano aVCC quelques-unes des meilleures Partitions de Meycrbeer, Dans une autre, une jolie bibliothèque, OÙ Étail la traduction des œuvres de Shakespeare Par Schlegel : Ja Description de | univers, de Mayer ; l'Histoire des révolutions de l'E urope, par Koch, les derniers romans de Gerstacker et de Hacklander, J'ai appris que celle collection appartenait à une assO= Ciation de PaySans qui, ici, comme en Norvése, se coli sent pour acheter des livres, se choisissent un bibliothécaire, €l vont tour à lour lui remettre fidèlement les ouvrages qu'ils ont lus et en l'éprendre d'autres.

[ya des écrivains qui s'amusent encore à Composer de superbes dissertations Sur l'ignorance et la misère des POpulations Catholiques. Voilà Pourtant un PAYS à peu près entièrement Catholique, très -instruit el rés-prospère, qui s’est créé de lui-même plusieurs grandes industries, Qui plaira à tous ceux qui le visileront, par ses vertus primitives el son d veloppement intellectuel, On y circule en pleine liberté, avec la cerlitude d'y trouver Parlout des gens COMplaisants et sensibles, On Y fait des eMpleltes sans C'ainte d'être dupé par un avide Marchand, et le long des routes ne rencontre Point de pauvres. Cependant 1: mendicité n’est Point nterdite par une Corporation de riches Municipaux, que le murmure d'une voix blaintive troublerait dans Ja jouissance de leur lortune ct, l’on De retranche point aUX pauvres les derniers biens que Dicu leur laisse : la lumicre du ciel et la liberté, On ne les enfcrme point dans des Workhouses, Pour les chà. tier de leur crime honteux, de leur crime de Pauvreté.

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La population de la Forèt-Noire est presque en entier disséminée dans des villages, des hameaux et des maisons éparses. Son unique cité un peu considérable est Fribourg. Après cette capitale, on ne trouve plus que de loin en loin quelques bourgades (Marktfleck) ou quelques petites villes de 1000 à 2000 âmes, telles que Stühlingen et Bonndorf, qui furent autrefois des chefslieux de comtés, Neustadt et Schœnwald, agrandies par leurs fabriques de chapeaux de paille et d'horlogerie.

Une de ces villes mérite une mention particulière. C'est Donaueschingen. Elle est bâtie sur un terrain plat, à une hauteur de plus de 2000 pieds au-dessus du niveau de la mer. L'irrégularité de ses constructions lui donne, au premier aspect, l'apparence d’un gros bourg plutôt que d’une ville. Mais il y à dans ses rues etses maisons une propreté et une élégance, qui bientôt révèlent son caractère nobiliaire. En effet, ce n’est pas une cité marchande, une cité bourgeoise, mais une cité aristocratique, la résidence du prince de Furstemberg, l'un des plus riches princes médiatisés. Le berceau de cette famille est à quelques iieues de là, dans la petite ville de Furstemberg. A en juger par cette possession, sa fortune première devait être fort modeste; mais d’âge en âge, par des alliances matrimoniales comme l’archiduché d'Autriche : Felix Austria! par des héritages, par divers contrats, les Furstemberg en sont venus à acquérir la plupart des anciennes seigneuries de la Forêt-Noire, à étendre leurs domaines dans toute cette province, depuis la vallée de la Kinzig jusqu'au lac de Constance.be plus, ilsontacquis de vastes terres en Bohème. On évalue les revenusde ces diverses propriétés à 1 200 000 fr., ce qui représente une des fortunes territoriales les plus notables de l'Europe.

Le prince actuel est un homme distingué, généreux, très-respecté et très-aimé de ceux qui, depuis l'acte de

médiatisation, ne sont plus que sestenanciers, mais qu'il

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se plaît à considérer encore comme ses sujets. I a, dans son ancienne capitale de Donaueschingen, un vaste château qu'il occupe une partie de l'année, à la grande joie des habitants de {a viile, et en face de ce château un parc des plus vastes, des plus beaux, des micux entretenus, où tout le monde circule librement.

Mais ce qui me déterminait surtout à m'arrêter à Donaueschingen, ce n'était point le plaisir de parcourir ce parc aux frais ombrages, ni celui de visiter la maison princière avec ses galeries de tableaux, sesserres, ses jardins. C'était, jele confesse, une petite curiosité particulière de voyageur, le désir de voir la source du fleuve sur lequel je m’embarquai il y a quelques années, dont j'ai suivi le cours majestueux depuis Linz jusqu’à la mer Noire.

Cette source est au pied du château, enfermée dans un bassin, entourée d’une balustrade en fer, à hauteur d'appui. De ses fenêtres, le prince plonge ses regards sur cette eau limpide qui de là va prendre un si rapide et si large accroissement, qui va devenir, entre tous les chemins qui marchent, comme dit Pascal, un des plus grands chemins du monde, un chemin ouvert à tant de peuplades différentes, marqué de tant de signes glorieux, ou de tant de traits sanglants, depuis les Romains et les Daces, jusqu'aux Turcs et aux valeureux soldats de Sobieski.

Il faut dire qu’à Donaueschingen se rejoignent deux rivières, la Brege qui descend des environs de Furtwangen, et la Brigach, qui sort de la colline de Saint- Gcorges. Ces deux rivières doivent être considérées comme les éléments essentiels du Danube, «insi que {e constate ce dicton populaire :

Brigach und Brege Bringen die Donau zu Wweg!

1, La Brigach et ja Brege mettent le Danube en marche.

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mière, nous devons dire qu'elle reste constamment à la mème hauteur, tandis que, dans les jours de chaleur, ses deux rustiques rivales baissent peu à peu, et quelquefois se dessèchent comme le Mançanarez, ou le torrent de Cédron.

De Donaueschingen, une belle route conduit à l'ancienne cité de Willingen, qui à successivement été soumise à la maison de Zachringen, à celle de Furstemberg, au royaume de Wurtemberg, et qui depuis 1806 appartient au duché de Bade. Elle a eu une certaine réputation de force belliqueuse, dort on ne se douterait guère aujourd’hui en voyantses fragiles remparts. Mais le fait est que, pendant la guerre de la succession d’Espagne, elle fut assiégée par le maréchal de Tallard, et se défendit si vaillamment, qu’elle l’obligea à se retirer. Le fait est qu’elle conserve encore sur ses fortifications la statue colossale en picrre d’un de ses anciens soldats, nommé Romeias, qui, comme un autre Samson, enleva un jour la porte de la ville de Rothweil, avec laquelle les gens de Willingen étaient en guerre. La ville catholique, comme presque toutes les villes de la Forèt-Noire, renfermait jadis, dans son enceinte, six couvents et une commanderie de Malte.

De ces couvents, on à fait des écoles et des hôpitaux. De ces anciennes dotations, il en reste une que je ne puis omettre de signaler. Elle est employée à donner chaque été une fète aux enfants, Je regrette ce n'avoir pas vu cette fête traditionnelle, mais j'espère bien qu’elle ne ressemble point à ces grotesques cérémonies que notre première République organisait pour les enfants, pour l’âge mûr et la vieillesse, dans le vertige de ses combinaisons, dans ses folles parodies de l'antiquité.

À deux lieues de là est une bourgade qui porte le nom catholique de Saint-Georges, qui a été fondée par

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des prêtres catholiques, qui, au xr siècle, grandissait autour d’un noble cloître de bénédictins et qui est devenue protestante. Cette bourgade, qui appartenait aux ducs de Zachring, tomba au pouvoir des princes de Wurtemberg, et à l'époque de la Réformation, comme les fermes bénédictins refusaient d'accepter le dogme de Luther, le duc Ulrich les chassa du village qu'ils avaient illustré par leur savoir, édifié par leurs vertus, et fit raser leur couvent.

Je dois dire que cette communauté protestante est très-industrieuse. Elle a des fabriques d’horlogerie qui répandent au loin des quantités de pendules et de boîtes à musique; mais elle reste isolée au milieu d’un centre de populations catholiques qui conservent fidèlement les coutumes religieuses de leurs aïeux. Le jour où j'ai passé là, le chemin était rempli d’une foule de pèlerins, hommes et femmes, qui se rendaient à la chapelle de Triberg, les femmes récitant à haute voix le chapelet, et les hommes murmurant avec elles la même prière.

La chapelle de Triberg est vénérée dans toute la Forêt-Noire. Une légende rapporte que des soldats autrichiens, qui, en 1692, campaient près de cette ville, entendirent résonner sur la lisière d’une forêt, des vibrations mélodieuses, dont ils ne purent s’expliquer la cause, car ils n’apercevaient pas le moindre musicien. Frappés de ce phénomène, ils se mirent à chercher de côté et d'autre, et finirent par découvrir, près d'une petite source tombant des cavités d’un roc, une statuette en bois de la Vierge, posée dans le creux d’un vieux sapin. Ils la prirent avec respect, lui firent une chàsse en plomb et lui érigèrent un petit oratoire. Mais bientôt la nouvelle de cette découverte attira une quantité de fidèles qui tous apportaient leurs offrandes à la Vierge des bois. Avec ces offrandes on bâtit une église où la sainte image fut placée en grande pompe au haut

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d'un autel de marbre. Là des princes se sont fait un honneur de déposer le tribut de leur piété ; là des miracles éclatants se sont accomplis. Depuis près de deux siècles, aux fêtes de la Vierge, de tous côtés des légions de pèlerins viennent se prosterner là. Quelle foule j'ai vue au 8 septembre en ce lieu vénéré : bourgeois et paysans, gens de toute condition et de tout âge, se pressant à la porte de l'église, s'agenouillant en masses serrées dans la nef trop étroite, faisant leurs dévotions, puis, après une première messe, attendant au dehors, sous les rameaux de sapins, que la cloche leur annoncât un autre office. En les voyant là, rangés en silence, dans la satisfaction de leur foi, avec leur calme et pieuse physionomie, je me rappelais ces mots du livre de l'Internelle consolation : « Bonnes simples gens qui ne pensent à nul mal sont bien heureux, car ils ont toujours paix du cœur. »

Si l'on ne fait point à Triberg un pèlerinage religieux, on pourrait bien, sans crainte de regretter le temps qu'on y emploiera, entreprendre du côté de ce mème Triberg un pèlerinage poëtique. Quelle charmante petite ville! Et quel ravissant chemin que celui par lequel on y arrive !

En quittant le village de Saint-Georges, on traverse d'abord un terrain plat ct aride, égayé seulement par les méandres de la Brigach. Puis bientôt on entre dans de hautes forêts de sapins, on descend par une pente rapide dans l& vallée de Nussbach, une vallée de plus de deux lieues de longueur, étroite, profonde, tortueuse, serpentant comme un ruban vert entre deux chaînes de montagnes, qui, de distance en distance, par un brusque contour, se resserrent dans ce frais bassin, de telle sorte qu'on n’entrevoit plus devant soi aucune issue, puis s’entr'ouvrent et déroulent aux regards une autre enceinte gigantesque, un autre amphithéâtre de rocs, de bois, au milieu desquels s'étendent

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de vertes clairières et des pâturages couronnés par un chalet rustique.

Dans le fond de la vallée, creusé comme un abtme, voltige, bondit, écume, le plus brillant, le plus léger, le plus alerte, le plus joyeux des ruisseaux. Les montagnes de là Forêt-Noire renferment tant de sources d’eau, qu'elles les répandent de tous côtés. Près du village de Blomberg est la ligne de séparation des flots, dont les uns vont au nord et les autres à lorient. Mais parfois, des flanes du même roc, du même réservoir aquatique, jaillit un flot impétueux, qui se divise en deux rameaux et s’en va par deux routes opposées, comme deux frères qui au sortir de la maison paternelle doivent avoir deux destinées difiérentes. Le Nussbach, qui se déroule comme un fil d'argent au pied de la route où nous cheminons avec tant de charme, est peut-être’ le frère d’un aventureux ruisseau qui va se jeter dans le Danube, visiter l'Autriche, la Hongrie, la Serbie et s'épancher dans la mer d'Orient. Plus modeste ou plus attaché au sol allemand, le Nussbach a d’autres idées de voyage. Il se dirige vers le Rhin, et, à le voir sauliller de roc en roc, on dirait qu'il est trèspressé d'y arriver. Mais il n’atteindra pas sitôt son but, l'agile et scintillant Nussbach. D'abord, les sinuosités des montagnes qui l’étreignent à droite et à gauche l'obligent à faire de longs détours; puis l’implacabie industrie de l’homme l'attend à de certains endroits et le condamne à tourner la roue d’une scierie ou d’un moulin ; puis, enfin, il est évident que ce gentil Nussbach a l'humeur capricieuse, folâtre et babillarde de la jeunesse. Car iantôt je le vois qui court comme un poulain effarouché, et tantôt il s'arrête tout à coup et se berce indolemment dans son lit, comme s'il ne songeait qu'à se dorloter au soleil ; puis, parfois, il ine semble aussi qu'il s'amuse à causer avec les enfants de meunier qui viennent jouer sur ses bords, avec la

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bergeronnette qui l'effleure de son aile. Ce qu'il leur dit, je voudrais bien le savoir. Je pense qu'il leur raconte les plus jolis épisodes de son voyage. Je voudrais bien savoir aussi ce que dit la bergeronnette, Que ne puis-je, comme Sigurd, humecter mes lèvres du sang du dragon pour comprendre le langage des oiseaux ! Ce brillant ruisseau, celte vaste prairie qu'il sillonne, ces rocs sauvages qui le dominent, ces grandes forêts qui y répandent leur ombre mystérieuse, forment l'un des tableaux les plus variés, les plus saisissants qu'il soit possible d'imaginer, Si je n'ai pas, au gré des Fribourgeois, suffisamment admiré le Hællenthal, en revanche, j'ai eu, plus que je ne puis le dire, les yeux et la pensée ravis par la vallée de Nussbach. À travers les interstices de cette vallée, s'élève la ville de Triberg (Dreiberg), dont le nom n'indique qu’un de ses trois attributs. Trois grandes routes S'y rejoignent, l'une qui va vers le Rhin, l’autre vers la Suisse, la troisième vers Furtwangen ; trois ruisseaux $’v réunissent en un mème ruisseau qu'on. appelle le Gutach; trois montagnes, arrondies comme un arc, l’embrassen‘ dans leur vaste circonférence; du fond de cette enceinte de montagnes , une cascade de six cents picds de hauteur y chante été et hiver son chant sauvage. A voir, au pied de ces cimes merveilleuses, les maisons régulières de Triberg s’allongeant en deux lignes parallèles, on dirait qu'elles sont descendues des carrières de pierres voisines, aux sons d'une lyre magique, d'une Iyre d’Amphyon, qui leur donnait leur forme symétrique. Le terrain qui environne cette ville n’est pas propice aux travaux agricoles. Sur les pentes de ces coteaux on ne voit que quelques faibles traces de culture et quelques pâturages. Eile n'existe que par son commerce et son industrie. Sur sa double rangée de maisons, on ne voit que des enseignes d'hôtels et d'auberges, d'ateliers d'horlogeries et de fabriques de

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chapeaux de pailles, des boutiques, et des maga- | sins. C’est un bazar et un caravansérail dans îïe : désert des bois. C'est l'une des stations principales de la route de Kehl à Schaffouse, et un entrepôt de denrées européennes. De plus, elle a par an huit foires auxquelles se rendent de toutes parts marchands de céréales, et marchands de bestiaux, fermiers et propriétaires, et, pour loger, hé:rger tout ce monde, il faut un bon nombre de Wirthschaften ct de brasseries. Dans la journée, c’est chose curieuse de voir le mouvement continuel de cette active cité, les horlogers as- : sis près d’une large fenêtre, ceux-ci découpant un rouage, ceux-là ciselant une caisse de pendule ou émaillant un cadran; les femmes circulant de côté et d'autre avec leurs tresses de paille à la main; les charreltes montant ou descendant la grande rue; les paysans avec leurs variétés de costumes traditionnels, tirant une vache par le licol ou lançant au galop, sous les yeux d’un amateur, un de leurs robustes chevaux, et les marchands et les maîtres d'hôtels très-affairés. Mais le soir, quand l'heure du repos est venue, quand l'atelier et la boutique sont fermés, quand toute cette population d'artisans, de spéculateurs et de manœuvres, est rentrée dans ses différents gîtes, quelle quiétude et quelles douces, mélancoliques promenades j'ai faites à cette heure nocturne sur la pente des montagnes! De toutes parts, l'ombre noire des bois ; au sein de cette ombre mystérieuse, quelques façades de la ville, éclairées par un rayon de la lune, se dessinent dans les ténèbres comme des dômes de marbre ; de toutes parts, | un profond silence, et, dans ce silence, la voix plaintive de la cascade pleurant dans la solitude comme une âme perdue, comme l’alma perdida, ce poétique oiseau de l'Amérique du Sud, et le ruisseau d'une source voisine tombant en petites perles sonores dans un lit pierreux, et les rameaux d’arbres frissonnant au

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