‹ En Amérique et en Europe [microforme]Chapitre 49 sur 76 · REASON EE UERS NT ES CRS PE · texte numérisé non relu

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souffle d’une légère brise. Oh! la magie du soir et de la retraite dans les grandes œuvres de la création! Oh! les montagnes! les chères montagnes !

My heart is in the highlands.

En allant de Triberg vers Offenbourg, on entre dans le Niederwasserthal, une vallée comme celle de Nussbach, aussi profonde, aussi étroite, parsemée de laborieuses scicries et de riants chalets, bordée de chaque côté par des masses de rochers pittoresques, ombragée par des arbres centenaires, un panorama d’une grâce et d'une grandeur indescriptibles, un enchantement perpétuel. À l'extrémité de cette vallée s'élève une colline surmontée d’un vieux château d’un aspect pittoresque comme ceux du Rhin. C’est le château de Hornberg, qui jadis, avec toutes ses dépendances, appartenait au riche cloître de Saint-Georges.

Ici commence le Gutachthal. Les deux chaînes de montagnes qui l’étreignent peu à peu s’écartent l’une de l’autre, s’abaissent graduellement, s’effacent à l’horizon et découvrent aux regards une vallée chargée de fruits et de moissons, qui se rejoint à la vallée de la Kinzig, plus belle encore et plus féconde. Sur un espace de quatre lieues, quel contraste! Toutes les zones diverses de végétation, tous les phénomènes de plusieurs latitudes lointaines. Là-bas, derrière moi, la nature sombre et austère, les terrains arides ou les maigres champs de seigle d’une contrée septentrionale, et ici les sillons fertiles, les arbres et la température des régions du Sud. D'abord aux noirs sapins succèdent les hètres et les chênes, puis les châtaigniers et les pèchers, et les grappes des vignes, et les tiges de maïs. Ciel clair, atmosphère pure, jardins fleuris. Quel délicieux pays! Je m'arrête dans la jolie petite ville de Hausach, dans celle de Haslach. Je suis tenté de m'arrèter à chaque village, à chacune de ces riantes habi-

talions qui m'apparaissent comme de si douces retraites au milieu de leur vert enclos, Le chemin de fer d'Offenbourg me semble trop près.

Il fau: pourtant que j'arrive au terme de cet heureux. voyage, et le soir je rentrais en France, et la première parole qui frappe mon oreille à mon retour dans ma chère patrie est celle d’un gendarme qui me demande mon passe-port.

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À Moscou, dans l’une des vastes salles du Kremlin, l'Oroujeinia palata (le palais des armes), on conserve les couronnes d’or et de perles des divers États que les izars de Russie ont successivement adjoints à leur primitif empire,

Parmi ces diadèmes des royautés vaincues, il en est un qui plus que tout autre rappelle aux Russes des U'aditions à jamais mémorables: c’est celui de Kasan.

C'est dan: cette cité de Kasan que les descendants du terrible Gengiskan avaient établi le siége de leur souveraineté, C’est là que, dans leur farouche orgueil, etleur sauvage brutalité, ils obligeaient les petits princes de Moscovie à venir leurrendre hommage, à leur apporter, comme d'humbles vassaux, un tribut annuel.C’est de là que les rapaces et cruels Tartares, les féroces lé-

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gions de la horde d'or menacçaient à tout instant de leurs déprédations la contrée moscovite qu'ils avaient, dès le xure siècle, plus d’une fois envahie, saccagée et terrifiée. C'était là l'aire de ces vautours avides de sang et de pillage. C'était la rade de ces pirates plus redoutables pour la faible Moscovie, divisée alors en une douzaine de petites principautés, que les Vikings du Nord pour les régions méridionales de l'Europe.

Pendant trois siècles, la citadelle construite par l'insaliable Baton Khan, le digne petit-fils de son aïeul Gengiskan, resta sur les rives du Volga comme un arsenal hostile, comme un nuage orageux à l'horizon de la Russie.

Au xiv° siècle, la horde d’or avait perdu l'unité de pouvoir et de direction qui avait fait sa force. Elle se scindait en plusieurs tribus, en mème temps que les principautés de Moscovie tendaient au contraire à se rejoindre et à se fondre peu à peu en un seul État sous le gouvernement d’un seul chef, sous le régime absolu des Velikii Knaes qui préparaient le règne des tzars.

En 1380, Démétrius Donski, que l’Église russe a canonisé, remportait une éclatante victoire sur ces armées de Tartares, qui jusque là avaient semblé invincibles.

Dix-huit ans après, l’effroyable Tamerlan, cet autre flfau de Dieu, arrivait des régions de l'Asie avec l’impétuosité du Simoun et se précipitait comme un torrent jusque dans les plaines de Moscou. Là, tout à coup, il s’arrêtait en face de ceux qu’il avait fait trembler, se retournait vers les Tartares et les écrasait.

Malgré cet affaiblissement continu de ses forces, malgré ces désastres, Kasani conservait sa hautaine altitude et son aspect belliqueux. Plus d’une fois asservie par les Grands-Ducs de Moscovie, réduite à une sorte de vasselage par les descendants de ceux qu’elle avait jadis courbés sous son joug, l’indomptable cité se révol-

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