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d'éclat. En station dans la Plata, il employait les loisirs de sa vie de bord à d’utiles travaux. Par ses propres efforts, sans le secours d'aucun maître, déjà il en était venu à parler parfaitement l'espagnol et l'anglais ; il se proposait d'apprendre de la mème façon l'allemand. En même temps, il se livrait à de sérieuses études de géographie et d'hydrographie. Il levait des plans, dessinait des cartes; il m'en a laissé une qui est un modèie de netteté et de précision. Dans la perpétuelle activité de son intelligence, il ne se reposait d’un travail que par un autre travail. Ses heures de lecture étaient ses heures de joie. Il fouillait avec un transport de bonheur dans la collection d'ouvrages que j'avais recueillis chemin faisant depuis Québec jusqu'à Buenos-Ayres, et chaque livre qu’il lisait donnait un nouvri élan à su pensée et devenait pour nous le sujet d'un nouvel entretien, dans les longues soirées que nous passions ensemble, nonchalamment assis sur la dunette, au souffle des brises attiédies, sous le ciel de l’Équateur. Je me disais, en l’observant dans ce contact perpétuel, qu’il se préparait un brillant avenir, qu'il honorerait un jour notre marine. Il devait bientôt payer cet honneur de sa mort!
Nous nous quittämes à Rochefort, en nous disant un cordial adieu, en échangeant quelques derniers souvenirs d'amitié. Trois mois après il arrivait à Paris, ra-
dieux de la résolution qu’il venait de prendre.
Condamné par les usages de la marine à rester peut-être longtemps inaëtif à Rochefort avant de pouvoir obtenir un nouvel embarquement, il avait écrit à lady Franklin pour lui offrir ses services ; il avait obtenu du ministre autorisation de partir sur le bâtiment que celte noble feinme armait à ses frais pour chercher encore son époux. Il partait avec l’allégresse d'un soldat qu'un généreux enthousiasme anime, qui va dans la mêlée, au péril de sa vie, conquérir ses épe-
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rons. Nul calcul vulgaire n’entachait sa détermination. Il avait refusé le traitement que lady Franklin lui offrait, en lui confiant l'emploi de second sur le Prim. Au milieu des Anglais, il voulait représenter digne- 1 ment son pays par son désintéressement comme par son courage.
En me parlant gaiement de sa perspective de voyage, il me la rendait séduisante. Quoique je connusse Île danger des explorations dans les mers polaires pour m'y être aussi quelque peu hasardé, je le regardais partir avec confiance, je le voyais revenir dans un ou deux ans avec la joie d’avoir accompli une tâche importante. Je ne devais plus le revoir.
IL y à quelque temps une dame en deuil est venue les larmes dans les yeux me serrer la main. C'était sa mère. A l'Angleterre appartient l'honneur d’avoir la première lancé sa marine vers les régions arctiques; à l'Angleterre l'honneur d’avoir poursuivi avec plus de ténacité que toute autre nation cette périlleuse entreprise, et celui d’y avoir, à diverses époques, employé ses meilleurs officiers, et celui d’y avoir, dans les dernières années, dépensé près de vingt millions de francs; à l'Angleterre devait appartenir l'honneur d’avoir enfin découvert le fameux passage, autant qu'il peut être découvert, c’est-à-dire comme la fin d’un calcul de ni. géographie physique, sans aucune utilité pratique. #" C'est ainsi qu'après l'avoir rêvé comme un chemin ra- ‘ Ta pide entre l'Europe et l’Orient, on en était venu depuis V longtemps à le considérer ; c'est ainsi qu'il se révèle h dans l’'émouvante narration de M. le capitaine Mac Clure, dont le nom reste attaché à cette découverte. Mais si, après ce mémorable événement, les navires d'Europe sont, comme par le passé, obligés de doubler le cap de Bonne-Espérance, ou le redoutable cap Horn pour se rendre dans les mers de Chine et des Indes, les efforts que l'Europe a faits pour trouver par
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le Nord une route plus courte vers Iles splendides régions décrites par Marco Polo, vers le merveilleux royaume de Cathay, n'en ont pas moins eu de nombreux et importants résultats.
Commencées avec une idée d’intérèt commercial, les expéditions dans les mers polaires ont peu à peu suscité d'autres ambitions, éveillé de généreuses ardeurs; elles occupaient l'esprit des savants, elles enflammaient à vingt ans la poétique imagination de Chateaubriand. Par ces expéditions, la carte du monde à été agrandie ; par ces expéditions, un nouvel espace a été ouvert aux études du naturaliste, du philosophe, de l'ethnographe. Dans les ténébreuses profondeurs de l'Océan, on a vu surgir des plages, des îles dont on ne soupçonnait pas mème l'existence. Sur un sol couvert d’une neige éternelle, on est entré en rapport avec des populations ignorées, dont le caractère et les mœurs sont un nouveau sujet d'observations. Des na-
i“ateurs se sont faits dans ces sombres contrées un «enom impérissable, et de simples baleiniers ont aussi à, par un favorable hasard, mérité d’être inscrits au nombre de ces heureux marins que l'Espagne du xvie siècle honorait du titre de descubradores.
Les relations des derniers voyages que les Anglais ont entrepris dans le but de retrouver les traces de Francklin, complètent sur quelques points le tableau des régions polaires et nous donnent sur quelques autres des documents tout nouveaux. Plusieurs de ces relations joignent aux images des scènes les "plus émouvantes, l'intérêt d’une révélation scientifique. En voici une entre autres, qui nous donne d'intéressants détails sur une peuplade fort peu connue. Nous voulons parler des Tschoukis.
Cook, que les Anglais appellent leur Christophe Colomb, aborda le premier sur la plage asiatique occupée par les Tschoukis. Il ne passa que quelques heures
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près de Tschukoi-Noss!, et n’y revint plus. L’illustre officier danois Behring, qui entra au service de la Russie sous le règne de Pierre le Grand et donna son nom au détroit qui sépare l'Asie de l'Amérique, s’approcha aussi en 1728 du Tschukoi-Noss, apprit par les indigènes qu'il y avait une île à l’ouest, et la découvrit le surlendemain. C’est l’île Saint-Laurent. Le capitaine Billings, qui avait fait un voyage avec Cook au nord de l’océan Pacifique, et qui fut chargé par Catherine IT de l'exploration de la mer glaciale, la vit aussi, et M. Saner, qui l’accompagnait en qualité de secrétaire-interprète, a inséré dans sa narration quelques pages sur celte tribu ?.
Plus détaillés, plus .instructifs sont les renseignements que M. l'amiral Wrangel a publiés sur les Tschoukis, dans le récit de son voyage le long des côtes de la Sibérie*, l’un des plus intéressants récits qui existent. Un des compagnons du savant et intrépide marin, M. Matinschkin, a vu dans une de ses excursions à la foire d'Ostronorje une nombreuse cohorte de Tschoukis de la pointe septentrionale de l'Asie. Ils arrivent par centaines à cette foire, avec leurs traîneaux attelés de rennes. Ils y amènent leurs femmes et leurs enfants. C'est un trajet d'environ trois cents lieues. Comme ils visitent encore chemin faisant deux autres marchés, et qu’en outre ils doivent faire plusieurs détours afin de trouver des pâturages pour leurs rennes, ils n’emploient pas moins de six mois à cette opération mercantile. La cargaison qu'ils viennent vendre à Ostronorje se compose en grande partie des denrées qu'ils ont été chercher dans leurs mauvaises barques,